Lui et mon corps — il est difficile de les séparer
Par Berlol, vendredi 15 juin 2007 à 23:59 :: General :: #671 :: rss
« Je
comprends aujourd'hui que le concept de plasticité m'est apparu comme apte
à nommer un certain arrangement d'être que j'ai
accepté au départ sans le comprendre : l'organisation
spontanée des fragments.
Organisation dont le système nerveux, on le verra, offre
aujourd'hui sans doute le modèle le plus net, le plus
frappant.» (Catherine Malabou,
La plasticité au soir de l'écriture
, p. 21)
« Penser, c'est toujours schématiser, passer du concept à l'existence en portant à l'existence un concept transformé.» (Ibid., p. 34)
« Un schème moteur, image pure d'une pensée — plasticité, temps, ou écriture — est une manière d'outil capable de prélever la plus grande quantité d'énergie et d'information dans le texte d'une époque. Il rassemble et élabore des significations et des tendances qui imprègnent la culture à un moment donné à titre d'images flottantes, lesquelles constituent, à la fois vaguement et sûrement, une sorte d'« air des choses » ou de Stimmung (« humeur », « tonalité affective ») matérielle.» (Ibid., p. 34)
Voici donc quelques pépites de ce que je lisais en pédalant ce matin, au centre de sport. Tandis que j'œuvrais à la plasticité de mon corps, en tentant joyeusement et danaïdesquement d'en évacuer le surplus de graisse, d'eau ou de je ne sais quoi, mon cerveau recevait une leçon abymée puisque ce qu'il recevait et qui le transformait était précisément au sujet de sa capacité physico-matérielle de se transformer, lui et mon corps — il est difficile de les séparer.
J'avais commencé il y a quelques mois ce livre de Catherine Malabou, l'avais mis de côté pour des lectures plus urgentes jusqu'à m'en souvenir récemment — presqu'à m'en frapper le front, et qu'il fallait le reprendre urgemment !
Je monte au bureau pour rejoindre David et aller déjeuner. Notre collègue cinéphile a un autre rendez-vous mais il me prête le dévédé des Amitiés maléfiques, d'Emmanuel Bourdieu. Dans ma boîte à lettre, j'ai aussi trouvé, déposé hier, un petit sac contenant le coffret de Jean-Daniel Pollet
,
prêté à un autre
collègue, qui me le rendait en y ajoutant une copie de Méditerranée
(Pollet, 1963) — qu'il en soit ici
remercié ! La cinéphilie est aussi une
forme de famille.
Quand j'arrive sur le quai du shinkansen, l'agitation est inhabituelle. Deux trains sont à quai, un de chaque côté, allant tous deux à Tokyo, et les panneaux horaires qui les concernent affichent une heure déjà passée de quelques minutes. Sans doute un retard, incident, ou quelque chose comme ça quelque part. Je me mets tout de suite dans une file d'attente où il n'y a que cinq personnes et je n'en bouge plus. Il faut dire que je suis en train d'écouter, depuis la fac, la suite récente (14-18/05/07) des Chemins de la connaissance avec Georges Didi-Huberman, et que c'est beaucoup plus intéressant que tous les messages et sonneries diverses du quai. D'ailleurs, quelques minutes après, un message défile sur le panneau en indiquant un incident grave à Shin-Yokohama. Ça va durer une heure, pendant laquelle je vois s'accumuler, une à une, sur ces vingt mètres d'extrémité du quai, une quantité phénoménale de personnes, toutes anxieuses, certaines s'essuyant le visage et le cou, les yeux hagards, passant et repassant, se mettant en queue pour différentes portes des trains à venir, les queues finissant par se rejoindre, se croiser, se développer en parallèle, les nouveaux arrivants n'y comprenant plus rien, remontant une file pour savoir où se mettre, etc. Au détour de différents propos très intéressants, Didi-Huberman indique qu'il existe un film russe de la libération des camps et qu'il se trouve en bonus sur un récent dévédé de Christian Delage — je le note dans mon agenda et vérifie le soir qu'il s'agit sans doute du Procès de Nuremberg
, une justice en images...
Après une cinquantaine de minutes, les deux trains à quai partent, le shinkansen qui attendait à un kilomètre d'ici, dans une courbe en face de moi, approche et s'arrête (el tren llega y se para en la estación a été ma première phrase d'espagnol, quand j'étais en 4e — je rêvais de l'écrire un jour).
Dans le train et après le dîner, je relis les derniers chapitres d'Emma Bovary pour demain...
« Penser, c'est toujours schématiser, passer du concept à l'existence en portant à l'existence un concept transformé.» (Ibid., p. 34)
« Un schème moteur, image pure d'une pensée — plasticité, temps, ou écriture — est une manière d'outil capable de prélever la plus grande quantité d'énergie et d'information dans le texte d'une époque. Il rassemble et élabore des significations et des tendances qui imprègnent la culture à un moment donné à titre d'images flottantes, lesquelles constituent, à la fois vaguement et sûrement, une sorte d'« air des choses » ou de Stimmung (« humeur », « tonalité affective ») matérielle.» (Ibid., p. 34)
Voici donc quelques pépites de ce que je lisais en pédalant ce matin, au centre de sport. Tandis que j'œuvrais à la plasticité de mon corps, en tentant joyeusement et danaïdesquement d'en évacuer le surplus de graisse, d'eau ou de je ne sais quoi, mon cerveau recevait une leçon abymée puisque ce qu'il recevait et qui le transformait était précisément au sujet de sa capacité physico-matérielle de se transformer, lui et mon corps — il est difficile de les séparer.
J'avais commencé il y a quelques mois ce livre de Catherine Malabou, l'avais mis de côté pour des lectures plus urgentes jusqu'à m'en souvenir récemment — presqu'à m'en frapper le front, et qu'il fallait le reprendre urgemment !
Je monte au bureau pour rejoindre David et aller déjeuner. Notre collègue cinéphile a un autre rendez-vous mais il me prête le dévédé des Amitiés maléfiques, d'Emmanuel Bourdieu. Dans ma boîte à lettre, j'ai aussi trouvé, déposé hier, un petit sac contenant le coffret de Jean-Daniel Pollet
Quand j'arrive sur le quai du shinkansen, l'agitation est inhabituelle. Deux trains sont à quai, un de chaque côté, allant tous deux à Tokyo, et les panneaux horaires qui les concernent affichent une heure déjà passée de quelques minutes. Sans doute un retard, incident, ou quelque chose comme ça quelque part. Je me mets tout de suite dans une file d'attente où il n'y a que cinq personnes et je n'en bouge plus. Il faut dire que je suis en train d'écouter, depuis la fac, la suite récente (14-18/05/07) des Chemins de la connaissance avec Georges Didi-Huberman, et que c'est beaucoup plus intéressant que tous les messages et sonneries diverses du quai. D'ailleurs, quelques minutes après, un message défile sur le panneau en indiquant un incident grave à Shin-Yokohama. Ça va durer une heure, pendant laquelle je vois s'accumuler, une à une, sur ces vingt mètres d'extrémité du quai, une quantité phénoménale de personnes, toutes anxieuses, certaines s'essuyant le visage et le cou, les yeux hagards, passant et repassant, se mettant en queue pour différentes portes des trains à venir, les queues finissant par se rejoindre, se croiser, se développer en parallèle, les nouveaux arrivants n'y comprenant plus rien, remontant une file pour savoir où se mettre, etc. Au détour de différents propos très intéressants, Didi-Huberman indique qu'il existe un film russe de la libération des camps et qu'il se trouve en bonus sur un récent dévédé de Christian Delage — je le note dans mon agenda et vérifie le soir qu'il s'agit sans doute du Procès de Nuremberg
Après une cinquantaine de minutes, les deux trains à quai partent, le shinkansen qui attendait à un kilomètre d'ici, dans une courbe en face de moi, approche et s'arrête (el tren llega y se para en la estación a été ma première phrase d'espagnol, quand j'étais en 4e — je rêvais de l'écrire un jour).
Dans le train et après le dîner, je relis les derniers chapitres d'Emma Bovary pour demain...
Commentaires
1. Le samedi 16 juin 2007 à 14:35, par christine :
j'aime beaucoup les livres de Catherine Malabou : elle a une façon très fructueuse de mêler science, philosophie et littérature qui me parle
pour ceux de tes lecteurs qui auraient envie de lire d'autres extraits, je l'ai citée là :
consciences.blogspirit.co...
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