Dans la tiédeur estivale de l'après-midi, promenade à pied par Edogawabashi, jusqu'au complexe hôtelier dominant la falaise de la rivière d'Edo, le Four Seasons et le Chinzan-so. Ces hôtels très chics et très kitschs accueillent, notamment le dimanche, des dizaines de mariages, qui constituent l'essentiel de leurs revenus (banquets, boutiques pour listes de mariage, etc.), alors qu'en semaine et en passant par une agence de voyage on peut y résider pour un prix raisonnable, un peu comme ce que nous avions fait, T. et moi, à Yokohama, quand nous étions allés nous occuper de son père à l'hôpital.
Déambuler dix minutes dans ces galeries trop lourdement luxueuses, entre ces gens guindés et maladroits, à la recherche des toilettes, tout simplement, finit par nous peser et nous nous empressons d'en ressortir pour entrer à quelques mètres de là dans ce qui était notre objectif de la journée, le magasin de jardinage, plantes, graines et pots, pour des idées. Et il y a de quoi faire, car c'est très grand. Pour ceux que ça intéresse, c'est donc à côté des hôtels et en face de la cathédrale de Tokyo. Puis continuons la promenade jusqu'à Mejiro, en passant devant l'université Gakushuin, que T. et moi connaissons bien. Nous sustentons un peu au Denmark Cafe avant de rentrer à la maison.

Il faudra dater de ce dimanche quelques changements... Discutant de notre situation complexe et quasi précaire (entre deux villes, l'un titulaire l'autre pas, etc.), nous faisons, T. et moi, des projets qui pourraient à terme, d'ici un an ou deux, favoriser Nagoya au détriment de Tokyo. L'augmentation régulière des impôts et prélèvements — ce qu'on appelle communément la pression fiscale — oblige à réfléchir à la nécessité d'être imposables tous les deux. La défaveur extrême du taux de change m'amène à penser que des revenus en euros ne seraient pas une mauvaise chose — mais quoi faire ? Lancer de bouteilles.
À la suite d'une discussion avec un ami avisé (qui en vaut bien deux), je décide de passer dès aujourd'hui à l'action, en commençant par la prescription d'ouvrages via Amazon, dont il était d'ailleurs question hier dans Masse critique, avec Xavier Garambois. Point de bandeaux ou d'icones dans les billets du JLR, rien de tape-à-l'œil ni de systématique, mais des liens qui mènent clairement à la librairie, celle que j'utilise depuis des années, et dont je suis très content, livraisons à l'étranger comprises. J'attends d'ailleurs qu'on vienne me donner des leçons de civisme sur la défense de la petite librairie. Je renverrai des coups de chapeau.
En guise de test, j'ai mis des liens partenaires dans les pages d'avant-hier et d'hier, sur Catherine Malabou, Laurent Quintreau et Jean-Daniel Pollet. Ça marche, je crois. J'aurai quelques centimes d'euro pour chaque achat effectué par ces liens. Et à mon avis, ça va pas faire lourd.

Dans le bain et après, je finis d'ailleurs le Quintreau, avec le même plaisir que j'ai eu à le commencer, et pendant. J'avais souhaité que ce soit plus copieux, puis compris que ça ne pouvait l'être pour des raisons de vraisemblance. Je sais maintenant que c'est aussi une limite structurelle du procédé. Si cela se prolongeait encore, le systématisme du flux de conscience et le taux de redondance des informations dans le circuit fermé de la réunion de cadres deviendraient ennuyeux. L'auteur a donc atteint le point paroxystique qu'il s'était fixé, je suppose, en sortant symboliquement par le paradis de la conscience d'Alighieri.

Saluons la parution d'une intéressante revue de critique génétique, Rectoverso. Ainsi qu'un billet engagé, encore un, de François Bon, sur l'édition en passant par le Marathon des mots. Si on veut parler d'avenir et de réseaux, comme tout dans ce billet, on peut aussi écouter la très très intéressante émission Terre à Terre de samedi matin, sur les équivalents japonais des Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne (AMAP). Nous qui avons un contrat teikei pour recevoir chaque semaine des produits alimentaires, nous pouvons dire qu'en effet ça marche.