C'est l'été ! Le jour de Flore !
Ça me fait toujours penser à Cléo de 5 à 7, à Varda, à la rencontre, au nouvel amour...

Modestement, j'ai eu moi aussi cet enthousiasme du piou-piou pour le jour le plus long. J'ai gaillardement animé le cours de première année sur le calendrier, habituellement plat, en partant de l'été, des saisons, de leurs dates à retrouver sur un calendrier (et totalement ignorées des étudiants), des climats inversés selon l'hémisphère, après avoir dessiné une planète sommaire, puis en traitant des fuseaux horaires, de la ligne de changement de date, des saints et des fêtes du calendrier français. Et, sans remonter jusqu'au dur lit d'ennuyeuse pensée de Charles d'Orléans, au chant d'Ophélie sur la virginité (Hamlet, IV, 5) ni au mystérieux poème de Poe, j'ai fait parler les étudiants de ce qu'ils et elles connaissent : la Saint-Valentin au Japon, la folie dans les grands magasins, la chocolaterie sonnante et trébuchante que c'est devenu, avec un jour de réciproque, un mois plus tard, quand, de celles qui lui ont fait un cadeau, le jeune garçon n'offre de présent qu'à sa préférée...

« Ces vers sont écrits pour celle dont les yeux lumineux,
Aussi brillamment expressifs que les jumeaux de Léda,
Trouveront son tendre nom niché au creux
De cette page, masqué à tout lecteur.
Fouillez attentivement ce morceau, qui contient un trésor
Divin — un talisman — une amulette
Qui sur le coeur se doit porter. Scrutez bien la mesure,
Les mots, les lettres elles-mêmes. N'omettez pas
Le plus futile détail ; votre peine sinon serait perdue.
Pourtant il n'y a pas, ici, de noeud Gordien,
Qu'on ne saurait trancher sans coup de sabre,
Si l'on entend seulement le secret dessein.
Enchâssé dans les mots de cette page que scrutent
Des yeux impatients, gît, perdu, dis-je
Un nom familier, souvent prononcé, à portée
Des poètes, par des poètes : car le nom est celui d'un poète aussi.
Ses lettres, bien qu'elles mentent naturellement
Comme le chevalier Pinto (Mendez Ferdinando),
Sont pourtant synonymes de Vérité. Ne cherchez plus !
Vous ne résoudrez pas l'énigme, même en faisant de votre mieu »
(Edgar Allan Poe, Pour la Saint-Valentin, in Poèmes, traduits par Charles Baudelaire)

Mais, après mes trois cours, dans la tranquillité vespérale du campus, c'est un autre film que j'ai regardé. Et qui, de justesse et de force, m'a scotché. Chaos, de Coline Serreau (2001), entrelace divers problèmes contemporains et les traite tous en même temps — comme on est obligé de faire dans la vie. La vie absurde de frénésie affairiste que mène un couple aisé, oui, ça me parle. Et l'intrusion de la honte et de la culpabilité qui déstabilise l'assiette des égoïsmes toujours plus hypocrites, oui, ça me parle aussi. Il est certes tiré par les cheveux qu'une jeune femme tout juste bachelière, évitant de justesse le mariage forcé pour tomber prisonnière d'un réseau de prostitution, acquière ensuite des compétences dans la finance, gruge ses geôliers et s'en venge avec succès — mais l'idée est tellement belle, tellement romanesque, et tellement imposée par le rythme du film, qu''il vaut mieux n'y pas résister. Me plaît aussi que ce soit un film engagé, partial, féministe !

Rien pu faire, après ça. Que dîner léger, regarder le pénible Ce soir ou Jamais de mardi et aller me coucher (à la télé japonaise, n'ayant pas eu la force de lire, je zappe un énième film de paramilitaires allant sauver je ne sais qui dans je ne sais quelle jungle industrielle, je ne finis même pas, je dors déjà...)