Langue de loup en bonnet de grand-mère (ou l'inverse).
Tandis que j'enregistrais Répliques d'hier d'une oreille blasée, ayant déjà entendu cent fois ces arguties finkielkrautiennes, habilement fourrées de mélasse philosophique, et n'ayant pour effet, sinon pour fin, que de brouiller définitivement les pistes d'inassumables quoiqu'évidentes positions réactionnaires, Cusset et Taguieff à leur tour englués volontaires, je me suis aperçu que deux séries fort intéressantes des Belles captives littéraires étaient venues s'ajouter depuis mai, sur le canal des Sentiers de la création, à celle sur Quignard, déjà enregistrée. Il s'agit de deux émissions sur et avec Lydie Salvayre et de deux autres sur et avec Charles Juliet.
J'ai vite changé le micro d'angle.

Rendez-vous à 13 heures — pluie légère mais persistante — dans un restaurant chinois de Jimbocho avec Kazuo Kiriu et une bonne dizaine de ses anciens étudiants pour un déjeuner post-festivités — où il n'est cependant question ni de Balzac ni de Sand, ce que je regrette un peu, tout de même. Mais très bonne ambiance, T. et moi nous amusons bien, en évitant les excès d'un excellent menu.
On se translate de deux centaines de mètres pour le café, au Klein Blue Gallery and Café, où l'expresso n'est pas fameux et l'extracteur de fumée défaillant (ce qui est très dangereux pour les sinus de T.).

Marche digestive tous les deux jusqu'à Korakuen, en passant devant le Tokyo Dome et des salles où l'on voit — je n'y avais jamais prêté attention — des dizaines d'enfants et de parents tester des jeux (une idée pour un dimanche, Manu ?). Ah, la rêverie de ce père en chemise claire pendant que son fils assemble du train !
Nous faisons quelques courses au Seijo Ishii (camembert, confiture, céréales, mangues, ce qu'on ne trouve pas dans un supermarché de quartier) et rentrons vite fait.

Inspecteur Lavardin (Chabrol, 1986) sur TV5, que je regarde pour la quatrième ou cinquième fois, toujours avec le même plaisir.

« Le père se montre préoccupé depuis quelque temps, il tient de longs conciliabules avec la mère, ou avec certains de leurs amis tout aussi rembrunis. L'enfant est tenu à l'écart de ces conversations dont il saisit cependant des bribes. Parmi les mots qui reviennent souvent dans les discussions, il y en a un qui l'intrigue et l'inquiète : typhus. Les malades que soigne le docteur Dunkeltal succombent par milliers à cette infection.
[...] Clemens Dunkeltal, lui, ne confond rien et il prend avec une aigre lucidité la mesure du danger qui croît. De jour en jour lui et ses amis perdent de leur superbe, il leur vient une nervosité croissante, un air traqué et hargneux. [...] tous changent soudain leur façon de s'habiller, de se saluer, de se comporter. Ils abandonnent leurs uniformes si imposants, leurs saluts bruyants et solennels, ont le verbe moins haut et la démarche moins martiale.» (Sylvie Germain, Magnus, p. 25-26)

Le point de vue de l'enfant, donc. Par définition, il est anhistorique et apolitique. Les différences qu'il perçoit n'ont pas de sens absolu, social, humain. Les mots sont presque neutres et il faut relire ces quelques pages plusieurs fois pour comprendre qui pouvaient être ses parents. L'aspect distant et juste nominatif des gens et des choses, sans entrer dans les détails, me gênait. J'en comprends maintenant la nécessité.
Et pour un point de vue d'enfant, et entrant dans le détail jusqu'au fond, il y a quand même dans ma mémoire L'Opoponax, indépassable introspection de Monique Wittig... Quand est-ce que Minuit le ressortira en collection Double, celui-là ?