Pour enquête climatologique, j'ai relu mes 25 juin de 2004, 2005 et 2006. Il pleuvait en 2004, pas en 2005. Quant à 2006, on ne peut pas le savoir, sauf à se fier à la photo, parce que l'attention était détournée par des événements intra-réticulaires... Ce qui amène à une autre étude d'atmosphère, celle du journal lui-même, dans une période de forte houle. Un an après — longue période pour l'évolution de l'internet — on peut peut-être constater les changements...
Quand j'écrivais que « dès que vous êtes connu dans un réseau social et que votre situation dépend d'un état d'équilibre entre des personnes, vous ne pouvez plus vous exprimer librement », je n'imaginais pas à quel point ça pouvait se vérifier. Jusqu'en 2004-2005, la parole jouissait encore d'une certaine indépendance vis-à-vis de l'identité : vous pouviez vous exprimer librement ici ou là en tant que vous-même ou sous pseudo, et le contenu avait l'air d'importer au(x) lecteur(s) plus que la signature. Mais dès 2005-2006, avec la généralisation du courrier électronique, son accès au rang de courrier officiel des administrations, avec le développement massif des blogs professionnels, institutionnels, journalistiques et médiatiques, avec le développement des inscriptions préalables et des accès aux commentaires par identification du pseudo, un double mouvement s'amorce : d'une part les commentateurs vont où ça rapporte en terme d'image (et où les centaines de messages qui déferlent en quelques heures produisent leur propre illisibilité) et ne vont plus où ça ne sert à rien (comme ici, et je ne m'en plains pas), et d'autre part les identités deviennent des informations sensibles que l'on n'engage plus à la légère (avec ou sans pseudo, puisque même le pseudo comporte des risques).
Sur tout cela, je ne peux rien. Sauf le constater. Pas même juger. Et me demander si je fais les bons choix épistémologiques en interprétant d'une façon plutôt que d'une autre... Mais dans tout cela, comment a évolué mon projet initial ?

Finalement, c'est un temps d'octobre, frais, humide, gris, sans intérêt.

Mes retards : nouvelle émission des Mardis littéraires sur Hélène Bessette, avec son éditrice (salut, Laure !). Une moitié de Ce soir ou Jamais de jeudi dernier, la première, excellente, avec Edgar Morin discutant avec de jeunes intellectuels (mieux qu'en octobre dernier avec Finkielkraut, dont Frédéric Taddeï repasse exprès une séquence du 5) — pour la seconde moitié, pas le temps, et comme on m'a prévenu, je me la réserve pour un soir de la semaine (on va d'ailleurs avoir le temps d'en revoir quelques-unes...). Deux Du jour au lendemain : avec Jacques Dupin (15 juin) et avec Philippe Bonnefis, sur Maupassant (19 juin). Enfin, un beau Contresens poétique surpris par la nuit...
Entre les enregistrements, plus ou moins écoutés, un peu de ménage et de rangement, la préparation du déjeuner avec T. qui surveille en même temps les travaux d'installation de la fibre optique dans l'immeuble (tout arrive !), une bonne dose de lecture du lapidaire Magnus, une sortie entre les gouttes jusqu'à l'agence de voyage pour payer et prendre nos billets d'avion (ils sont beaux !). Et une surferie décousue : par Bakelith où je retrouve des informations sur l'opération Estuaire 2007 que j'espère aller voir, par Grapheus tis revenu à terre, par Blogofil qui annonce Saint-Simon et par le Tiers Livre qui publie des chroniques au format e-Book (surprise, d'ailleurs, d'y trouver feu mon chapelier élevé au rang de syndrome — merci, François !).

Il y a LA nation et LA nationalité
Il y a L'Assemblée nationale
Il y a LE passeport national
Il y a LE territoire national
Il y a L'hymne national
Il y a LA Fête nationale
Et même LE Mobilier national
Il y avait LE Service national
Il y a LA carte nationale d'identité
Mais il y a DES routes nationales
DES musées nationaux
DES Archives nationales
DES Écoles nationales
DES Célébrations nationales
DES Haras nationaux
DES Parcs nationaux
DES quotidiens nationaux.
— Et toutes ces choses ont été construites
selon les cas au singulier ou au pluriel
Il est maintenant question de fondre plus de 60.000.000 d'identités nationales
en UNE SEULE identité nationale
dont on attend la définition...
Mais n'oublions pas que de tels mouvements nationalistes ont déjà eu lieu.

« Adam cependant découvre au fil des jours les dessous de la famille Schmalker, et, par extension, la face cachée de ce Reich que célébrait sa mère et que son père a servi avec une abjection zélée. C'est Lothar qui l'instruit progressivement des faits, étonné de constater à quel point l'enfant a été maintenu dans l'ignorance de presque tout, et aussi combien il s'est complu dans cette fausse ingénuité, même s'il en devine la cause. Le temps des fables est révolu [...]
La réalité le rattrape donc enfin au collet, dans une ville étrangère, au sein d'une famille émigrée meurtrie en profondeur par la cruauté forcenée qui a sévi dans leur pays d'origine, et à laquelle certains de ses propres membres ont collaboré.» (Sylvie Germain, Magnus, p. 55-56)
Le temps des fables est certes révolu pour l'enfant, mais il ne l'est par pour le lecteur. Car le texte qui nous est donné à lire, tout intéressant qu'il soit, reste une fable, et pas un roman. Parce que l'écriture de la nomination des gens, des choses et des événements, en gardant cette distance de la fable qui interdit l'accès direct soit au vécu (fictif mais ressenti), soit au discours intérieur des personnages, ne met pas le lecteur en position d'acteur des transformations.
Et c'est vraiment dommage parce que je trouve l'intrigue formidable !