Des centaines de kilomètres de shinkansen dans le brouillard. Heureusement que le train suit des rails !
J'y corrige des copies puis passe à Magnus, en accord avec les nuées.

« Depuis quelques temps, il souffre de vertiges, sa vue décline, sa voix s'essouffle vite. Magnus lui propose, lors de ses visites, de lui faire la lecture. "Désormais, dit Lothar, je ne peux plus rester en tête à tête avec l'auteur d'un livre, il me faut chaque fois un lecteur, ou une lectrice, et ainsi nous sommes trois. Les inflexions de la voix de l'intermédiaire entre l'auteur et moi se répercutent sur le texte, et alors j'entends des nuances que je n'aurais peut-être pas su déceler en lisant en silence, solitairement. Cela réserve parfois d'étranges surprises..." Pour mieux être surpris, il lui arrive de demander à chacun de ses médiateurs de lui lire les mêmes pages d'un livre — pages qu'il finit par connaître par cœur, mais de façon polyphonique, et du coup ce "par cœur" devient tremblé, il se distend et s'emplit d'échos, de questions, de murmures inattendus.» (Sylvie Germain, Magnus, p. 184)

Retour dans le monde actuel...
Des présentations de régions françaises proposées cet après-midi par mes quatre groupes d'étudiantes, je retiendrai surtout leur étonnement à comparer les densités de population. Entre régions françaises, déjà (le Limousin, très peu peuplé). Puis avec des régions japonaises de même surface, très variables aussi, selon que c'est en plaine ou en montagne.
Sans doute que certains de ces chiffres avaient été appris à un moment ou à un autre de leur scolarité (pour le Japon, notamment), mais jamais comme aujourd'hui compris.

J'ai reçu le beau volume en hommage à Henri Béhar — qui sera cet été au colloque Dali de Cerisy..
Mesures et Démesure dans les lettres françaises au XXe siècle. Hommage à Henri Béhar, professeur à la Sorbonne Nouvelle / études recueillies par Jean-Pierre Goldenstein et Michel Bernard .— Paris : Honoré Champion, 2007 .— 525 p.
Avec évidemment des morceaux d'études littéraires informatisées dedans.
Et dire que je n'y suis pas ! Je m'occupais alors de préparer Cerisy et n'avais pu mener les deux de front. Tant pis pour moi.

Petit ping-pong avec David. Je crois qu'on n'a joué qu'une fois, depuis la rentrée d'avril. Ayant eu plusieurs articles à rédiger ces derniers mois, il n'était pas souvent disponible pour ce rendez-vous qui allie pourtant balle ronde, parole libre et zygomatiques débridés, un cocktail bien efficace après les cours.

En dînant, Ce soir ou Jamais du mercredi 20, principalement autour du film Persepolis et de Marjane Satrapi. (D'excellents propos que je voudrais recopier, si j'en trouve le temps...)

L'écrivain Valère Novarina se confie à voix nue sur France Culture
Auteur, metteur en scène et peintre, Valère Novarina a grandi dans les Alpes, et il reconnaît volontiers sa dette à l'égard de la montagne, de ses paysages et de son histoire traversée de conquêtes et de langues multiples. Cette année, son oeuvre trouve une large reconnaissance : il est l'un des rares auteurs vivants à entrer au répertoire de la Comédie-Française, avec sa pièce L'Espace furieux ; il met en scène son texte L'Acte inconnu dans la Cour d'honneur du Palais des papes au Festival d'Avignon (à partir du 7 juillet).
France Culture lui consacre son émission À voix nue : chaque jour, de lundi à vendredi, il s'entretient avec la critique de théâtre Odile Quirot, qui connaît et aime suffisamment l'œuvre de Valère Novarina pour lancer des questions subtiles et laisser la parole à ce maître des mots.
Né en 1947, près de Genève, d'un père architecte et d'une mère comédienne, Novarina parle, dès la première émission, des paysages dans lesquels il a grandi et de la trace qu'ils ont laissée en lui. Son écriture, dit-il, est "un paysage parlé". Et le voici lisant au micro une liste de noms de communes situées autour du lac Léman, parce que leur variété et leurs sonorités rappellent les multiples influences linguistiques de la région. Ainsi, dès l'enfance, "l'oreille a été nourrie de paysages". L'auteur de Vous qui habitez le temps, L'Origine rouge ou Le Discours aux animaux (P.O.L.) a commencé à écrire à l'âge de 8 ans. Jusqu'à 19 ans, il cache ses textes : "J'avais honte d'écrire ; la honte est un sentiment alpin."
Adulte, il arpente ses montagnes. Une fois, il marche du Léman à Nice : le voyage prend trois ans. Dans la solitude, il compte — "comme le font les prisonniers" —, et cet art des chiffres se retrouve dans ses livres. Il dénombre 2 587 personnages dans Le Drame de la vie. Il convoque souvent le 3 et le 8, et ces bombardements de chiffres participent de ce qu'Odile Quirot appelle son "travail de déstabilisation et d'enrichissement de la langue". Il aime l'accumulation, la litanie. "Je suis attiré par les derviches tourneurs. Je suis allé les voir à Konya, en Turquie. Je suis fasciné par un tel tournoiement. Dans l'écriture, je recherche un tournoiement des mots."
Au théâtre, cet aventurier du langage, qui aime le côté physique des mots, du souffle, des voix, trouve un espace à sa mesure. "Les spectacles que j'essaie de faire, ce sont des cathédrales de souffle. Mon père a beaucoup construit. Moi, je construis des architectures d'un soir." Le corps-à-corps de l'acteur avec le texte, mais aussi avec le public, lui est essentiel. "Le théâtre est un lieu de don, de part et d'autre du plateau. Le spectateur est assis, il reçoit, mais c'est aussi un aventurier intérieur, dont le voyage peut aller très loin. Le public construit la pièce."
France Culture consacre de nombreuses émissions au Festival d'Avignon. Du 25 juin au 20 juillet, le critique de théâtre Bruno Tackels fait revivre l'histoire de la manifestation, qui fête son 60e anniversaire, avec Le Feuilleton d'Avignon (publié aussi dans Les Voix d'Avignon, livre et CD, Le Seuil).
Du 7 au 15 juillet, la radio sera en direct de la Cité des papes, pour une série de lectures originales. Elle a commandé des écrits à plusieurs metteurs en scène marquants de cette année, dont Valère Novarina. En hommage au dramaturge allemand Heiner Müller, Jeanne Moreau et Sami Frey liront sa pièce Quartett, dans la Cour d'honneur du Palais des papes. 
"A voix nue", du lundi 25 au vendredi 29 juin, à 11 h 30. Émission disponible pendant une semaine sur le site de France Culture.» (Catherine Bédarida, Le Monde du 24/06/2007)