Après avoir fini Magnus au lit, j'ai mal dormi, de mauvaise humeur. J'étais très déçu de cette eau de boudin mystico-gnan-gnan. Je le sentais venir après le dernier accident du hasard, quand le Magnus adulte et heureux bousille sa vie en croyant faire peur à un ancien nazi. Je le sentais venir mais je ne le croyais pas. Et cette écriture qui garde toujours ses distances de sécurité, qu'est-ce que ça m'énerve ! Pas une fois elle n'arrive à atteindre la mosaïque de discours indirects libres de quoi sont faits les romans que j'aime. Même quand il y a des bouts de dialogue, ils sonnent creux d'artifice. Faut dire aussi que lire ça juste après Flaubert, c'était un peu casse-gueule...

Au réveil, c'est oublié. D'ailleurs, je n'ai pas vraiment le temps de m'attarder : trois cours m'attendent, et non des moindres. Comme on approche des examens, les étudiants sont fébriles et réclament de savoir comment ça va se passer, un programme de révision. Je leur mets le holà, que je leur donnerai ça la dernière semaine.
Côté profs, on l'a mauvaise. Dans le programme d'il y a encore deux ans, c'était déjà les révisions, justement. Mais comme on nous a rallongé de deux semaines la durée des cours, on entre dans la période des chaleurs moites en plein passé composé, futur proche, possessifs et démonstratifs, etc.
Médiologiquement parlant, c'est l'installation de la climatisation qui ouvre la possibilité de l'allongement des sessions. Hélas !

Ayant vu la Fracture du myocarde, les étudiants (3e et 4e année) posent des questions sur l'amant de la mère décédée, l'absence du père, la DDASS et les orphelins, l'âge de la majorité. On revient aussi sur ce que c'est que la confiance (faire confiance qui diffère d'avoir confiance ou d'inspirer confiance), sur ce qu'on confie dans la confiance, par exemple un secret, puis jusqu'à sa vie — et comment les adultes balaient tout ça au prétexte que la société est responsable des mineurs...

Tellement cassé après ça que je m'endors un quart d'heure. Puis j'appelle David et on va se manger une glace. Trois minutes de grosses gouttes quand on revient à nos bureaux mais ça ne démarre pas, la pluie. Demain, peut-être...

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Nico Shark tire sa révérence par une pirouette, "sans censure"

Un émoi a saisi, mardi 19 avril, les lecteurs de Nico Shark, quand ils ont découvert une page presque blanche, en lieu et place du blog qu'ils aimaient. Ce jour-là, pas de nouvel épisode narrant en bande dessinée la vie de ce chef du personnel très "requin", et clairement inspiré de Nicolas Sarkozy. Au lieu de cela, un message énigmatique "error/gouv/rg/halt.htm". Un œil de fan — ou de paranoïaque — pouvait  y lire des références au gouvernement et aux renseignements généraux, voire la signature d'un piratage informatique.
La rumeur sur l'arrêt troublant de la série satirique lancée le 6 mai par le blogueur Frantico a vite gonflé. D'autant plus que Kek, hébergeur et complice, a raconté dans l'après-midi que ses serveurs avaient connu "plusieurs attaques" informatiques, "apparues après l'ouverture du blog de Nico Shark". "D'ailleurs, le blog est terminé. (...) Je vais pas trop m'étendre sur le sujet mais [l'auteur] aurait reçu des menaces, et donc préfère arrêter tout ça", ajoutait-il.
Las ! Contacté en fin de journée, Frantico a mis fin aux spéculations qu'il avait lui-même suscitées : "J'aurais pu continuer pendant cinq ou dix ans. Mais à un moment, c'est décourageant de remettre le couvert sur ces types intouchables", justifie-t-il. Frantico, derrière lequel se trouve le dessinateur Lewis Trondheim, estime avoir rempli deux de ses objectifs dans l'aventure Nico Shark : "Tenter d'exorciser mon rejet de Sarkozy sans cramer des poubelles" et "voir si j'étais capable de faire dessinateur politique". L'auteur de la série "Lapinot" reconnaît par contre son échec, au moins provisoire, dans sa tentative de "créer un gigantesque mouvement pour déstabiliser le gouvernement".
L'arrêt "brusque" de la carrière de Nico Shark visait à éviter une "routine", même agréable, analyse Frantico. "Ça me semblait logique, donc, de couper la chique à cette histoire, par une mise en abyme entre l'univers de Shark et celui de Sarkozy", dit-il.
"Quant à l'histoire de la censure, il n'y en a, bien sûr, pas eu", précise, à bon entendeur, Frantico. En revanche, il "jure" qu'il y a bien eu deux attaques inexpliquées sur les serveurs de son hébergeur. Cela n'a pas empêché Nico Shark de faire un retour mardi soir, dans un petit jeu potache que certains internautes connaissaient déjà : Nicoprout. Le chef du personnel pète en courant dans ses bureaux, quand l'internaute tape sur son clavier.

Au bout du compte, les déçus de Nico Shark pourront méditer cette maxime de Frantico : "Le blog est un matériau agréable, malléable, ouvert. Il faut savoir jouer avec." (Alexandre Piquard, Le Monde, du 20/06/2007)

Autre article sur le site de Libération, avec la bonne nouvelle d'un album à paraître un jour...