Des billets d'Assouline, je ne lis habituellement que les trois premières lignes. Pour me dire le plus souvent que ce n'est pas la peine de continuer. Et me demander quand je vais l'enlever de ma liste de fils de lecture. Ce matin, j'ai lu chez cet homme qui a été l'animateur de radio le plus soporifique qu'il m'ait été donné d'entendre (quand il faisait les Matins de France Culture), un billet d'une grande mauvaise foi et d'une méchanceté qui ne peut être que vengeresse. Parlant de Répliques d'hier et sachant ce qu'on pense tous de Finkielkraut, Assouline attaque Guillaume Durand et plus encore Frédéric Taddeï, les accusant notamment de ne parler que d'eux. Assouline n'a rien dit des dizaines de Ce soir ou Jamais dans lesquels Taddeï parle peu et seulement pour guider ses invités, pour dire que dans Répliques, où Finkielkraut l'interroge sur lui, Taddeï, et son émission, Taddeï parle de lui et de son émission. Si ce n'est pas de la mauvaise foi, je ne vois pas comment appeler ça !
Sans parler des commentaires qui, chez Assouline, sont à l'avenant, indigents.
Je préférerais donc, à l'avenir, qu'Assouline ne regarde plus la télévision. Qu'il reste dans les livres.
Quant à Finkielkraut, autre maître ès entourloupes, il fait le procès de Ce soir ou Jamais, par l'exemple, soi disant, de la seule dernière émission et en se focalisant sur la seule Houria Bouteldja, avec qui il a eu lui-même, Finkielkraut, maille à partir, ailleurs.
Taddeï répond que cette dernière émission de la saison a justement fait apparaître que le retour de certains invités pouvait être une impasse à éviter à l'avenir, ces invités récurrents devenant en quelques sortes les chroniqueurs que Taddeï a toujours voulu éviter — comme quoi, il avait raison.
Et avec tout ça, l'émission est TRÈS intéressante... Par exemple quand Durand et Taddeï piègent Finkielkraut sur Littell (après la mi-temps, vous verrez pourquoi). Et puis un bon 40 % de l'émission est quand même consacré à débattre de la valeur (culturelle, artistique, etc.), quand Finkielkraut laisse parler ses invités — qui ont finalement peu le temps de parler d'eux-mêmes, je trouve.
N'écoutez pas, si vous voulez faire les autruches ! De toute façon, je garde tout.

Depuis des mois qu'on avait reporté et annulé, pour mille raisons, ça arrive enfin : T. et moi allons déjeuner avec Laurence et Christian au Chalet Swiss Mini, restaurant de fondue savoyarde sis près de Nippori, en bordure du quartier de Yanaka, où nos amis ont la joie visible d'habiter. C'est un véritable chalet, entièrement boisé, en plein Tokyo, entouré d'un jardin où verdoient des centaines de variétés d'herbes, de fleurs et même de fruits puisqu'il y a des mûres on ne peut plus mûres et succulentes (on a le droit d'en manger). J'y trouve aussi plusieurs sortes de menthe, de florissants artichauts.
Après une mise en bouche, une petite salade verte sur laquelle paît une tête de vache en carotte, accompagnés d'un fendant de là-bas, nous nous tapons un caquelon de fondue sans que personne n'y perde son morceau de pain. On y trempe nos trois piques quand Christian cesse, pour manger, ses grands mouvements touillants... Tout le monde est très détendu, aux autres tables aussi. Il y a des objets suisses un peu partout, et même des pains et des viennoiseries. On en achète. À la sortie, on ne se sent pas lourd.

Et nous voici partis pour un tour de Yanaka, temples, petites boutiques-galeries, ruelles et passages couverts. Je n'y étais pas revenu depuis la visite du quartier en accompagnant des sandiens en 2004, alors que T., elle, ne connaît tout simplement pas ce quartier. C'est toujours aussi agréable. Et il y a toujours des portes inaperçues la fois précédente, des recoins où sourient des temples qu'on n'avait jamais vus, comme un qui a un bassin de lotus, ce que fait remarquer le doigt de Laurence, un autre dont un pin étayé pousse à 45 °... Et celui, siamois, d'un seul grand toit abritant un temple bouddhiste et un sanctuaire shintoïste.
Troisième et quatrième côtés de notre promenade carrée, en bas de la colline puis la remontant à nouveau, une rue commerçante et automobile puis la rue piétonne très animée, dite Yanaka Ginza — le petit Ginza de Yanaka.

De temps en temps, Laurence ressemble à Jeanne Balibar, et Christian à Jean-Pierre Darroussin. C'est toujours amusant de saisir d'infimes ressemblances, toujours dans de fugaces attitudes, donc effacées à la seconde qui suit. Sauf que parfois une photographie les fixe.

Ayant de surcroît acheté une tourte aux pommes pour le goûter, nous revenons chez nos amis pour un thé final, admirant le sourire et la sagesse de leur petite A., fillette de deux ans qu'une nounou gardait depuis notre arrivée matinale.
Je reconnais avec amusement ce style de maison qu'habitent au Japon quelques couples d'étrangers avec enfants parmi ceux que j'ai connus, le premier ayant été, vers 1992-1993, celui d'un collègue de Waseda nommé John Collick, qui ne resta que trois ans et que je vis repartir avec tristesse, épouse et fillette, pour son Angleterre natale (et chez qui il y avait aussi ce genre de poupée).

Au final une excellente journée — sans pluie malgré les nuées tournoyantes — que nous finissons, après retour, repos et Poulet au vinaigre sur TV5 (Chabrol, 1985), par une soupe de tomate d'été (légère, aillée et au céleri) et rien à la télé.
Une journée sans lecture, aussi. En contradiction avec la promesse que je m'étais faite pour juillet. Il faudra dès demain y remédier.