Maintenant, c'est sûr : la lecture augmente le rythme cardiaque...
Ça fait des semaines que j'observe le phénomène en allant pédalire au centre de sport. Je choisis un programme progressif et la pince à l'oreille qui mesure les pulsations du cœur fait diminuer la force dans le pédalier quand ça dépasse 132 par minute. Si bien qu'après une petite dizaine de minutes, ça se stabilise à 130 battements pour 105-110 watts pendant que je lis — aujourd'hui Bayard, mais ça change chaque semaine, ou presque. Or, quand j'arrête de lire, vers 30-35 minutes, le compteur redescend systématiquement de 130 à 124-125 pulsations par minute, et ça, chaque fois, je le vérifie chaque semaine. Et je ne pédale ni plus ni moins vite.
Quelle explication donner à ce supplément de 4 % du rythme cardiaque durant la lecture ? Que l'activité cérébrale de lire, comprendre, etc., agit directement sur le rythme cardiaque ? Ou que la concentration modifie imperceptiblement la respiration, qui, elle, agit alors sur le cœur ? Autre chose ?

« Tissé des fantasmes propres à chaque individu, et de nos légendes privées, le livre intérieur individuel est à l'œuvre dans notre désir de lecture, c'est-à-dire dans la manière dont nous recherchons puis lisons des livres. Il est cet objet fantasmatique en quête duquel vit tout lecteur et dont les meilleurs livres qu'il rencontrera dans sa vie ne seront que des fragments imparfaits, l'incitant à continuer à lire.
On peut imaginer aussi que c'est à rechercher et mettre en forme son livre intérieur que travaille tout écrivain, perpétuellement insatisfait des livres qu'il rencontre, y compris les siens, aussi aboutis soient-ils.» (Pierre Bayard, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, p. 83)

Recevant le fil rss du blog En direct de Second Life depuis quelques temps, j'observais les messages, de plus en plus intrigué. J'ai franchi le pas tout à l'heure, après le retour du sport et m'y suis inscrit : création d'un compte, téléchargement du logiciel d'interface, première connexion... Premiers mouvements, c'est pas terrible ! Et puis j'ai trouvé le bouton pour voler ; me voilà parti dans les airs... Je me suis posé sur une terrasse, n'importe où, pour sortir pour de vrai et aller déjeuner avec mes collègues, à 5. On a parlé de trucs super sérieux (budgets de recherche, détails de la convention pour le voyage à Orléans, etc.), mais vers la fin des sandwichs du Downey, j'ai quand même dit ce que je venais de commencer et qu'on pourrait peut-être ouvrir une antenne de notre fac, un jour. À ma grande surprise, il y a eu un mouvement de curiosité et d'intérêt.
Après, de retour au bureau, je me suis reconnecté et ai trouvé le moyen d'entrer dans la Bibliothèque francophone. J'ai laissé mon avatar dans un coin pour aller prendre le shinkansen, dans lequel je me suis furieusement remis à la lecture de Pierre Bayard.

« Tout écrivain qui a discuté un peu longuement avec un lecteur attentif, ou lu un article assez long à son sujet, connaît cette expérience d'inquiétante étrangeté où il se rend compte de l'absence de correspondance entre ce qu'il a voulu faire et ce qui en a été compris. Écart qui n'a rien d'étonnant si l'on pense que, leurs livres intérieurs différant par définition, celui que le lecteur a superposé au livre de l'écrivain n'a guère de chance d'être identifié par lui.
Cette expérience, désagréable avec un lecteur n'ayant rien compris au projet du livre, est peut-être paradoxalement plus douloureuse encore quand le lecteur est bien intentionné et l'a apprécié, et prend toute sa force quand il se met à en parler dans le détail. Car, ce faisant, il recourt aux mots qui lui sont le plus familiers et, loin de se rapprocher du livre de l'autre, se rapproche de son propre livre idéal, d'autant plus déterminant dans son rapport au langage et aux autres qu'il est unique et ne peut être transcrit en aucune autre langue. La désillusion risque alors d'être encore plus grande pour l'auteur, puisqu'elle naît de la découverte et de la distance insondable qui nous sépare des autres.» (Ibid., p. 93)

Toutes ces pages de Bayard renforcent ma décision de ne pas aller à l'Institut pour la conférence de Sylvie Germain, à 19 heures...
Au Miura-ya de la gare d'Iidabashi pour quelques courses quand soudain... Je me dépêche de sortir mon enregistreur pour immortaliser ça : l'air des Pêcheurs de perles, version centre commercial. Un grand moment du post-moderne !


Après le dîner, pendant que je regarde un feuilleton policier sur TV5 Monde, T. fait des confitures d'abricots.