Entendu au 20-Heures de France 2 : « Nicolas Sarkozy [...] continue à se démultiplier [...] », en faisant allusion à son déplacement en Algérie juste après les institutions européennes. L'emploi de ce verbe en politique est assez récent ; T. me l'avait fait remarquer dans un article de presse qu'elle préparait pour sa classe, il y a quelques semaines. Un personnage est partout, il se multiplie ou il multiplie ses activités ou ses déplacements. L'ajout du dé- intensif ambiguïse, sauf si l'on se réfère au pédalier des coureurs cyclistes : la pente est rude et pour la monter il faut disposer d'un choix de petites vitesses (qui démultiplient l'effort). Démultiplier est alors synonyme de s'adapter, savoir choisir le bon rythme, et donc pouvoir être partout puisqu'on a su tenir. Multiplier son action peut d'ailleurs se faire en se démultipliant comme en passant la surmultipliée... L'important, en fait, c'est la répétition du multiple, c'est-à-dire du nombre : à lui tout seul, il fait nombre, il est plusieurs à la fois, il est partout et remplace tous les autres, c'est le surhomme dans tout son non-dit. De plus, il donne l'exemple à tous les fainéants et à tous les vauriens qui ont déjà du mal à être UNE personne, à avoir UN boulot et UNE place dans le monde. En même temps, il fascine et fait rêver tous ceux qui voudraient zapper, faire mille choses en très peu de temps, sans les approfondir, peut-être, et plutôt que d'en bien faire ne serait-ce qu'une seule.
On pourrait comme cela trouver de nombreuses phrases des journaux télévisés qui, depuis quelques semaines, soutiennent, littéralement, l'action du président de la République. Doit-on n'y voir que leur désir naïf d'une réussite (en attendant d'éventuels problèmes) par simple dynamisme ? N'est-ce pas teinté d'un cocorico bien nationaliste (NS va résoudre en quelques heures les problèmes que l'Europe affronte depuis des années...), qui s'affiche d'ailleurs dans l'évidence affirmée que la présidence du FMI aille à Strauss-Kahn.
La séduisante démultipliée française pourrait ainsi se nommer arrogance dans d'autres pays, hyperactivité mégalomaniaque chez un psy, voire saupoudrage et poudre aux yeux chez un sceptique — où l'on perçoit que le sème du nombre est négativement orienté par la très faible taille des grains.

Tout ça par jalousie de ne pas pouvoir, du fait de la pluie, faire de vélo moi-même. Ni même aller suer au centre de sport puisque je sors ce soir, après deux réunions, avec Sophie, Benoît et ma collègue C., jusqu'à pas d'heure (retour avant minuit, comme la semaine dernière, en fait...). Dans le quartier de Fushimi, près du centre et au croisement des deux lignes de métro qui nous rendent service à tous les quatre, on dîne d'abord dans un restaurant de spécialités de Nagoya (ailes de poulet grillé, brochettes au miso, etc.) avant d'aller boire un coup dans un... bar à tapas, où l'on se promet de revenir s'en taper.
J'aime ces discussions où alternent et se mêlent sujets sérieux et légers, brèves narrations d'anecdotes, échanges de goûts et de références allant de nos domaines de spécialisation aux succès les plus largement populaires, voire ineptes mais amusants.
Il a ainsi été question de nos vies dans différents pays, de certains de nos cours, des situations et fonctionnements universitaires, de la violence, des médias, mais aussi de l'intérêt de la série Lost, d'Adb Al Malik et de Grand Corps Malade, et même d'Alizée revue par Benassi, c'est dire !... Sophie a évoqué une jeune comique américaine très talentueuse dont elle n'avait pas le nom. Elle nous le dira...
(Sur Alizée, je sais parfaitement à quoi m'en tenir, mais il se trouve que c'est en phase avec nos étudiants qui ont entre 18 et 22 ans et que nous voyons presque tous les jours, ce qui nous met dans l'obligation professionnelle de connaître ce qui est de leur âge en France, même s'il nous incombe après d'élargir et de faire découvrir d'autres choses.)