La très faible taille des grains
Par Berlol, mercredi 11 juillet 2007 à 23:46 :: General :: #696 :: rss
Entendu au 20-Heures
de France 2 : « Nicolas
Sarkozy [...] continue à se démultiplier
[...] », en faisant allusion
à son déplacement en Algérie juste
après les institutions européennes. L'emploi de
ce verbe en politique est assez récent ; T. me
l'avait fait remarquer dans un article de presse qu'elle
préparait pour sa classe, il y a quelques semaines. Un
personnage est partout, il se multiplie
ou il multiplie ses
activités ou ses déplacements.
L'ajout du dé-
intensif ambiguïse, sauf si l'on se
réfère au pédalier des coureurs
cyclistes : la pente est rude et pour la monter il faut
disposer d'un choix de petites vitesses (qui démultiplient
l'effort). Démultiplier
est alors synonyme de s'adapter,
savoir choisir le
bon rythme, et donc pouvoir être partout
puisqu'on a su tenir. Multiplier son action peut d'ailleurs se faire en
se
démultipliant comme en passant la surmultipliée...
L'important, en fait, c'est la répétition du
multiple, c'est-à-dire du nombre : à lui
tout seul, il fait nombre, il est plusieurs à la fois, il
est partout et remplace tous les autres, c'est le surhomme dans tout
son non-dit. De plus, il donne l'exemple à tous les
fainéants et à tous les vauriens qui ont
déjà du mal à être UNE
personne, à avoir UN boulot et UNE place dans le monde. En
même temps, il fascine et fait rêver tous ceux qui
voudraient zapper, faire mille choses en très peu de temps,
sans les approfondir, peut-être, et plutôt que d'en
bien faire ne serait-ce qu'une seule.
On pourrait comme cela trouver de nombreuses phrases des journaux télévisés qui, depuis quelques semaines, soutiennent, littéralement, l'action du président de la République. Doit-on n'y voir que leur désir naïf d'une réussite (en attendant d'éventuels problèmes) par simple dynamisme ? N'est-ce pas teinté d'un cocorico bien nationaliste (NS va résoudre en quelques heures les problèmes que l'Europe affronte depuis des années...), qui s'affiche d'ailleurs dans l'évidence affirmée que la présidence du FMI aille à Strauss-Kahn.
La séduisante démultipliée française pourrait ainsi se nommer arrogance dans d'autres pays, hyperactivité mégalomaniaque chez un psy, voire saupoudrage et poudre aux yeux chez un sceptique — où l'on perçoit que le sème du nombre est négativement orienté par la très faible taille des grains.
Tout ça par jalousie de ne pas pouvoir, du fait de la pluie, faire de vélo moi-même. Ni même aller suer au centre de sport puisque je sors ce soir, après deux réunions, avec Sophie, Benoît et ma collègue C., jusqu'à pas d'heure (retour avant minuit, comme la semaine dernière, en fait...). Dans le quartier de Fushimi, près du centre et au croisement des deux lignes de métro qui nous rendent service à tous les quatre, on dîne d'abord dans un restaurant de spécialités de Nagoya (ailes de poulet grillé, brochettes au miso, etc.) avant d'aller boire un coup dans un... bar à tapas, où l'on se promet de revenir s'en taper.
J'aime ces discussions où alternent et se mêlent sujets sérieux et légers, brèves narrations d'anecdotes, échanges de goûts et de références allant de nos domaines de spécialisation aux succès les plus largement populaires, voire ineptes mais amusants.
Il a ainsi été question de nos vies dans différents pays, de certains de nos cours, des situations et fonctionnements universitaires, de la violence, des médias, mais aussi de l'intérêt de la série Lost, d'Adb Al Malik et de Grand Corps Malade, et même d'Alizée revue par Benassi, c'est dire !... Sophie a évoqué une jeune comique américaine très talentueuse dont elle n'avait pas le nom. Elle nous le dira...
(Sur Alizée, je sais parfaitement à quoi m'en tenir, mais il se trouve que c'est en phase avec nos étudiants qui ont entre 18 et 22 ans et que nous voyons presque tous les jours, ce qui nous met dans l'obligation professionnelle de connaître ce qui est de leur âge en France, même s'il nous incombe après d'élargir et de faire découvrir d'autres choses.)
On pourrait comme cela trouver de nombreuses phrases des journaux télévisés qui, depuis quelques semaines, soutiennent, littéralement, l'action du président de la République. Doit-on n'y voir que leur désir naïf d'une réussite (en attendant d'éventuels problèmes) par simple dynamisme ? N'est-ce pas teinté d'un cocorico bien nationaliste (NS va résoudre en quelques heures les problèmes que l'Europe affronte depuis des années...), qui s'affiche d'ailleurs dans l'évidence affirmée que la présidence du FMI aille à Strauss-Kahn.
La séduisante démultipliée française pourrait ainsi se nommer arrogance dans d'autres pays, hyperactivité mégalomaniaque chez un psy, voire saupoudrage et poudre aux yeux chez un sceptique — où l'on perçoit que le sème du nombre est négativement orienté par la très faible taille des grains.
Tout ça par jalousie de ne pas pouvoir, du fait de la pluie, faire de vélo moi-même. Ni même aller suer au centre de sport puisque je sors ce soir, après deux réunions, avec Sophie, Benoît et ma collègue C., jusqu'à pas d'heure (retour avant minuit, comme la semaine dernière, en fait...). Dans le quartier de Fushimi, près du centre et au croisement des deux lignes de métro qui nous rendent service à tous les quatre, on dîne d'abord dans un restaurant de spécialités de Nagoya (ailes de poulet grillé, brochettes au miso, etc.) avant d'aller boire un coup dans un... bar à tapas, où l'on se promet de revenir s'en taper.
J'aime ces discussions où alternent et se mêlent sujets sérieux et légers, brèves narrations d'anecdotes, échanges de goûts et de références allant de nos domaines de spécialisation aux succès les plus largement populaires, voire ineptes mais amusants.
Il a ainsi été question de nos vies dans différents pays, de certains de nos cours, des situations et fonctionnements universitaires, de la violence, des médias, mais aussi de l'intérêt de la série Lost, d'Adb Al Malik et de Grand Corps Malade, et même d'Alizée revue par Benassi, c'est dire !... Sophie a évoqué une jeune comique américaine très talentueuse dont elle n'avait pas le nom. Elle nous le dira...
(Sur Alizée, je sais parfaitement à quoi m'en tenir, mais il se trouve que c'est en phase avec nos étudiants qui ont entre 18 et 22 ans et que nous voyons presque tous les jours, ce qui nous met dans l'obligation professionnelle de connaître ce qui est de leur âge en France, même s'il nous incombe après d'élargir et de faire découvrir d'autres choses.)
Commentaires
1. Le mercredi 11 juillet 2007 à 11:37, par Dom :
"L'ajout du dé- privatif ambiguïse".
Non, c'est l'autre dé-, perfectif en latin et intensif en français, comme dans démanger, débattre, défaillir, dégoutter, délaisser, découper, démener, dénombrer, départager, dépasser, détailler, détenir, dévisager, déperdition, décadence, etc. (TLF). Parfois il y a les deux formes, comme desservir.
Ah, ça fait du bien de soulever des problèmes de fond.
2. Le mercredi 11 juillet 2007 à 14:11, par Berlol :
En effet, merci du correctif (que je corrige). Par bonheur, je n'ai pas été tenté de bâtir d'argumentation sur ce privatif. Et ça fait du bien de voir qu'il y a des lecteurs attentifs !
3. Le mercredi 11 juillet 2007 à 21:20, par brigetoun :
ne vous risquez pas à dire à un membre de cette belle équipe qu'ils donnent une certaine impressiond'arrogance, ils s'en offusquent, ne comprenant pas
4. Le jeudi 12 juillet 2007 à 16:27, par Berlol :
« Image d'Épinal, comme une étape du Tour de France... Derrière les barrières, les spectateurs, pressés, pour voir surgir le vainqueur de l'étape du jour, Nicolas Sarkozy. Pour l'Élysée, pas de hasard mais un symbole : Épinal...» [puis reportage sur De Gaulle...] (au 20-Heures, France 2, 12 juillet)
Beau filage de métaphore ! Voilà une preuve de plus, s'il en fallait, de l'ingénieuse persévérance de fourmi avec laquelle un/les média(s) travaille(nt) une image jour après jour, en petites touches, qui enfoncent le concept dans les cerveaux sans que personne ne le voit entrer. Personne ? Vraiment ?...
5. Le vendredi 13 juillet 2007 à 01:17, par Berlol :
La jeune comique américaine dont Sophie parlait se nomme Anjelah Johnson. Voir par exemple ici. (Et en plus j'arrive à comprendre.)
6. Le vendredi 13 juillet 2007 à 03:50, par m sonnet :
A propos d'Epinal : dans Libé d'hier, 43 % des électeurs de gauche portent un jugement favorable sur le vainqueur de l'étape, ça laisse rêveur quand même presqu'un sur deux, et ça fait peur pour la suite des événements
Combien d'indéboulonnables resterons-nous dans les 20 % en ayant une opinion "très négative" comme ils disent ???
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