J'avais mis mon réveil exprès à six heures moins le quart pour sortir dans le typhon. Que personne ne s'inquiète, je suis de nature prudente. Mais c'est tellement excitant de s'avouer fétu dans la tourmente, d'avoir le vent et l'eau qui entrent de partout. Rien que l'idée, ça me rappelle Dieppe. Enfant, les jours de tempête, ma grand-mère m'équipait et j'allais sur l'esplanade, sur les galets, sans trop m'approcher de l'eau, pour voir les vagues sauter la digue. J'étais fasciné, hébété par cette force sans cesse. Quand je rentrais, j'étais saoul, suffoqué et j'allais me coucher un long moment pour absorber tout ça et m'en sortir.
Ce matin, on était loin de Dieppe. Du ciel bleu commençait à apparaître, il n'y avait plus de vent. Je me suis recouché illico.
Même si l'université a pris la décision qui s'imposait hier en annulant la manifestation d'aujourd'hui, le beau temps qu'il a fait, finalement, fera regretter. Et l'arrivée de la chaleur d'été d'ici, lourde et enveloppante d'humidité.

Je rêve d'un monde où QuickTime n'existerait pas. Chaque fois que des amis mettent en ligne quoi que ce soit destiné à QuickTime, c'est un crève-cœur de savoir à l'avance que ça ne va pas marcher, et ce, sur chacun de mes ordinateurs. Je ne sais pas comment ça se passe pour les autres sous Windows ; je crois que ça vient de Total Recorder qui gère tout le son et qui ne doit pas apprécier QuickTime. Or, pour moi, entre Total Recorder et QuickTime, y'a pas photo.
C'est le cas à nouveau ce matin avec les mises en ligne de la Nuit Remue | 2 qu'a effectuées François Bon. Je clique sur un lien, par exemple Dominique Dussidour, 1, et ça ne rate pas : ouverture d'une petite fenêtre et la barre QuickTime qui vient dedans, le curseur qui bouge et... pas de son. Heureusement, le code n'est pas trop sophistiqué, je peux récupérer l'adresse du lien, l'ouvrir dans une nouvelle fenêtre dont je demande le code source pour trouver le nom du mp3, l'ajouter dans la barre d'adresse et le faire ouvrir dans Real Player pour entendre DD lire Béatrice Rilos. Et la manip est à refaire pour chaque lien... Autant dire que je ne vais pas tout écouter aujourd'hui ! D'ailleurs ça se déguste (un peu comme, pour une fois en écrivant dans la nuit, ce Glen Deveron qui a l'âge de mes étudiants).

D'autant que j'ai déjà eu mon compte, avec trois épisodes de Combray et la moitié de Pour un oui ou pour un non — même en mauvaise qualité vidéo, c'est toujours magnifique de voir et d'entendre la finesse 100% sarrautienne de Trintignant et Dussollier. D'ailleurs, c'est aussi Dussollier qui lit les épisodes de Proust écoutés ce matin. Le Sacripan qui met ces choses en ligne, j'aimerais bien lui serrer la main...

Je sors faire du vélo, dans ce cocktail tournant de nuages blancs, de vent tiède et de soleil brûlant. Deux heures tranquilles par les rues de Nagoya-Est. Je vais jusqu'à Ikeshita, je remonte sur Imaike, je tourne dans les rues de Kakuozan, je regarde les gens, où sont les supermarchés, les entrées de métro, les écoles, je respire les quartiers — pour choisir celui où j'habiterai peut-être en 2009.
J'essaie de retrouver la boulangerie aperçue l'autre jour en passant en voiture, elle doit être fermée le dimanche. À la place, sur une autre avenue, je trouve une petite pâtisserie nommée Le Chapon fin. J'y achète une part de clafoutis (très bon, pas trop sucré, avec des cerises qui ne sortent pas d'une boîte de conserve) et deux cannelés (étonnants, les meilleurs mangés au Japon — d'ailleurs, je n'en ai mangé qu'au Japon...)

De retour au bureau, après séchage sous la clim, je travaille, puis je lis.

D'une part, il est rare que je m'empresse de finir un livre, d'autre part, j'en commence toujours un ou deux autres avant (Moï et Di Folco). De sorte que je ne suis jamais sans un livre ou deux en cours de lecture. Les fils RSS procurent, je m'en rends compte maintenant, le même genre d'infinitude. Sur cent et quelques fils automatiquement tenus à jour, il y a toujours moyen de trouver pitance. Ce qui m'amène à prendre conscience que le JLR n'est peut-être pas qu'une expérience destinée à vivre littérairement les nouvelles technologies, ou un exutoire de mes petites misères, mais sans doute aussi un exorcisme contre la mort, un engin magique destiné à conjurer les forces qui, en nombre, tapies, voudraient me faire disparaître. Consciemment ou pas, je me dis que ça doit être le cas pour un bon nombre d'entre nous.
C'est peut-être ça qui manque à mon article dans Glottopol. Quoique... (Les amateurs y retrouveront les frites du Saint-Martin, — où T. est allée sans moi hier, entre parenthèses — et le sudavélo, mais je recommanderais surtout les grés, p. 182-185)

« Mais qu’'est-ce qu'’une dépendance, ou une addiction, sinon une impérative nécessité de continuité, au sujet de quelque chose qui peut être jugé nuisible dans les cas d’'excès de continuité. L'’individu sujet à cette emprise est fermement convaincu que son identité et sa survie sont intimement liées à sa pratique (tabac, alcool, travail, internet, etc.). De plus, il se trouve privé, si intelligent soit-il, des facultés de jugement qui lui permettraient de mesurer l'’empire du vice ou du toxique, et le danger pour sa survie. L'addiction agit à la façon d'’un virus doté d'’un leurre de continuité (l'’individu pense que ce besoin est une part de lui-même) pendant que la sape que mène ce virus vers le discontinu va bon train dans l'’ombre (le virus produit l'’infection, la maladie ou un processus létal tout en travaillant lui aussi à sa continuité en tant qu'’espèce). C'’est donc un cas de mouvements inverses et simultanés, vers le continu en conscience, vers le discontinu en inconscience : continu sensationnel, discontinu métabolique.» (Patrick Rebollar, (Dis)continuités d'un lieu d'écriture virtuelle, Glottopol, n°10, juillet 2007, p. 178)