Je m'inscris tout de suite, avant de revenir sur ma journée, parmi les cinq personnes intéressées pour aller Vers un Internet de littérature, de François Bon. Dans ce JLR, depuis bientôt quatre ans, j'ai maintes fois accusé éditeurs, libraires, distributeurs, voire auteurs d'être de dangereux aveugles — ou de prendre sciemment le risque de noyer la littérature avec l'eau du livre. Des échoppes aux ministères, on crie haro sur le Net, et on continue joyeusement la gabegie du réseau de distribution physique (de gros intérêts en jeu). Aussi me sens-je moins seul de lire quelqu'un qui postule la possibilité de chemins séparés entre créateurs de littérature, d'un côté, et chaîne du livre, de l'autre. Alea jacta est.

Tour des blogs, au matin. Trous d'air avec la pelle du large. Dans le courrier, une alerte Google disposée il y a plus d'un an sur l'expression Nouveau Roman, qui produit deux ou trois messages par semaine. Ça vient cette fois de Wikipédia, où je n'avais pas encore eu la curiosité de voir ce qu'on en dit, il est vrai. C'est indigent, monstrueux. Ça commence par : « Le Nouveau roman littéraire fut créé en 1950.» J'en reste sidéré. Une version précédente, archivée, proposait même 1885 ! (Je ne suis pas remonté plus loin...) Moi qui voulais monter au bureau tôt, là, il y a urgence. Comme j'ai déjà un profil pour contribuer, je m'identifie et vais modifier tout de suite cet intitulé. Ce que je mets n'est pas parfait, juste un radeau de fortune, pour qu'un surfeur de passage ne ramasse pas cette daube, en attendant de voir si on peut faire mieux. Et puis dans l'après-midi, je vire quelques noms de jeunes auteurs du XXIe siècle, semble-t-il, qui avaient été mis avec le groupe historique (des années 50-70), comme si l'expression n'avait pas de majuscules, que tout le monde pouvait s'y inscrire avec son nouveau roman (problème du titre, en effet). Bref, voici la version actuelle, qui tient un peu mieux la route.
Et si les nouveaux romans, c'est ça, alors même l'Internet de littérature sera pourri ! (Je ne comprends même pas que La Feuille s'en fasse l'écho.)

Dernier mardi de cours (du semestre) — enfin !
Quand on sort, il pleut. Je donne mon parapluie à deux étudiantes qui n'en ont pas et qui vont jusqu'au métro (il reviendra).

Vinteix m'écrit sur Jean-Louis Murat, pour me faire voir son coup de gueule, enfin quelqu'un qui dénonce quelque chose, et comment c'est récupéré (à côté de Murat agité, on peut voir Catherine Angot et Élisabeth Guigou). Ce que Vinteix ne sait pas, de ce genre de coïncidences qui favorise l'amitié, c'est que depuis quelques jours, j'ai réécouté trois disques de Murat (je les ai presque tous, depuis le début, même les derniers, achetés alors que je n'écoutais plus de musique, preuve de confiance s'il en est), et suis très content de pouvoir réentendre l'épaisseur de sa voix, les travaux rustiques et sonores autour du silence.

Pas comme la coïncidence d'hier. Moi qui ne suis d'habitude jamais là le lundi, j'y étais quand est passé un collecteur NHK, qui voulait percevoir la redevance télé, avec son appareil électronique autour du cou. Oui, ça existe aussi ici, cette arnaque. J'ai dit que je ne regardais pas la télé, lui ai fermé la porte au nez. J'ai toujours mieux à faire que la télé.

« En adoptant le pseudonyme d'Anna Moï, j'usurpai une nouvelle identité qui me rendit doublement libre, presque hérétique : moï signifie sauvage — bon sauvage ou mauvais sauvage selon les cas. Aujourd'hui, le mot est politiquement incorrect et il est remplacé par la locution « minorité ethnique ». Au Vietnam, l'origine ethnique est précisée sur les CV et les pièces d'identité. Nationalité : vietnamienne. Ethnie : Kinh (terme vernaculaire pour l'ethnie viet).
Je revendique, de moï, la qualité ou la tare, les défauts de couleur de peau et d'appartenance. Je suis consanguine des sauvages et des étrangers sur touts les sols piétinés et n'échangerais ma condition contre aucune autre.
De mon enfance, je conserve le souvenir ébloui de deux étés sur les hauts plateaux du Vietnam, où la terre rouge était cultivée par des moï Jaraï et Xedang. Je bus leur miel et mangeai leurs patates douces grillées sur un feu de bois. Je suis reconnaissante.
An signifie « tranquillité ». Nam, « sud » ; an-nam-moï, « tranquillité-sud-sauvage » ; anna moï : anna sauvage. Anne, de l'hébreu Hannah, ou la grâce.» (Anna Moï, Espéranto, désespéranto, p. 43-44)