Je m'enfuis presque du sport
Par Berlol, vendredi 20 juillet 2007 à 23:41 :: General :: #705 :: rss
« En colorant un texte, on veille
à la
limpidité et on fait attention, identiquement, au dosage des
nuances et des tons, du brillant et de la matité.
Mais la véritable parenté entre l'art de la laque et celui du langage est dans la préparation du fond et la superposition des couches. Quand je regarde un artiste étaler sa première couche de laque avec un pinceau en cheveux humains, j'ai une impression de déjà vu, même si je n'ai jamais écrit au pinceau. Quand il ponce la laque séchée au papier émeri extra-fin et ensuite à l'os de seiche, j'ai le sentiment d'avoir accompli les mêmes gestes de polissage. Quand je le vois traquer une poussière ou un cheveu perdu au milieu du tableau, je me vois gommer, raturer, apurer.
Les strates de ma langue invisible sont multiples. On décomptera : les langues que je connais, les cultures qui ont dessiné le paysage de ma vie, les aléas de mon destin. Des couches légères et d'autres plus pesantes que je mis des années à décaper et à polir.
Ultimement, quand la surface est parfaitement lisse, elle reçoit les couches de laque décoratives, les plus délicates et les plus belles. L'ultime opération de ponçage s'effectue avec une poudre végétale rouge extrêmement fine appelée bôt chu, qu'on étale avec la paume de la main.
Les couches de laque superposées, transparentes, sont invisibles une fois l'œuvre terminée. Elles sont imperceptibles à l'œil, qui distingue seulement de la profondeur.» (Anna Moï, Espéranto Désespéranto, p. 48-49)
C'était ce que je voulais recopier hier...
La fin du livre d'Anna Moï m'a moins convaincu de sa nécessité. Des idées fortes et que je partage en partie sur la francophonie, notamment sur l'hypocrisie des Français dans ce jeu collectif, mais pas correctement cousues entre elles, débouchant sur des impasses discursives, pas spécialement poétiques.
En
selle statique, ce matin, je lisais Catherine Malabou. Encore, oui,
toujours pas fini, c'est que la philo et moi, ça fait deux...
Cependant, les idées rentrent et agissent tout de suite. Je ne suis pas sûr de les comprendre tout à fait, tant il me manque de contexte, mais elles déclenchent un mécanisme dans mon cerveau au sujet de tout autre chose. Lisant donc sur la plasticité des concepts, quelque part entre Hegel et Heidegger, j'ai d'un seul coup le cerveau qui se met en marche au sujet de Mérimée (il y aura une Colomba, lundi, sur TV5 Monde). J'entrevois quelque chose, une piste à explorer, une relation à un autre voyageur, amateur d'art, un peu plus ancien, lui aussi prestigieux et innovateur. Je ne dis pas qui, secret défense. Je finis mes exercices gymnastiques par cent abdominaux mais je m'enfuis presque du sport pour coucher ça sur du papier-écran...
Depuis, je lis. Au bureau. Dans le train.
Sauf le temps du déjeuner, avec David, un collègue japonais et Maxime, un étudiant français entré cette année dans notre faculté d'économie (phénomène rarissime car il faut d'une part maîtriser le japonais et d'autre part avoir choisi de ne pas finir ses études en France). Au Downey, on retrouve trois de nos étudiantes... qui devraient être en train de réviser.
Après, c'est bon, l'idée est bien posée, je peux passer une soirée tranquille avec T. retrouvée. Elle a fini ses examens, doit noter ses copies, a fait beaucoup de piscine, est en pleine forme.
Mais la véritable parenté entre l'art de la laque et celui du langage est dans la préparation du fond et la superposition des couches. Quand je regarde un artiste étaler sa première couche de laque avec un pinceau en cheveux humains, j'ai une impression de déjà vu, même si je n'ai jamais écrit au pinceau. Quand il ponce la laque séchée au papier émeri extra-fin et ensuite à l'os de seiche, j'ai le sentiment d'avoir accompli les mêmes gestes de polissage. Quand je le vois traquer une poussière ou un cheveu perdu au milieu du tableau, je me vois gommer, raturer, apurer.
Les strates de ma langue invisible sont multiples. On décomptera : les langues que je connais, les cultures qui ont dessiné le paysage de ma vie, les aléas de mon destin. Des couches légères et d'autres plus pesantes que je mis des années à décaper et à polir.
Ultimement, quand la surface est parfaitement lisse, elle reçoit les couches de laque décoratives, les plus délicates et les plus belles. L'ultime opération de ponçage s'effectue avec une poudre végétale rouge extrêmement fine appelée bôt chu, qu'on étale avec la paume de la main.
Les couches de laque superposées, transparentes, sont invisibles une fois l'œuvre terminée. Elles sont imperceptibles à l'œil, qui distingue seulement de la profondeur.» (Anna Moï, Espéranto Désespéranto, p. 48-49)
C'était ce que je voulais recopier hier...
La fin du livre d'Anna Moï m'a moins convaincu de sa nécessité. Des idées fortes et que je partage en partie sur la francophonie, notamment sur l'hypocrisie des Français dans ce jeu collectif, mais pas correctement cousues entre elles, débouchant sur des impasses discursives, pas spécialement poétiques.
En
selle statique, ce matin, je lisais Catherine Malabou. Encore, oui,
toujours pas fini, c'est que la philo et moi, ça fait deux...Cependant, les idées rentrent et agissent tout de suite. Je ne suis pas sûr de les comprendre tout à fait, tant il me manque de contexte, mais elles déclenchent un mécanisme dans mon cerveau au sujet de tout autre chose. Lisant donc sur la plasticité des concepts, quelque part entre Hegel et Heidegger, j'ai d'un seul coup le cerveau qui se met en marche au sujet de Mérimée (il y aura une Colomba, lundi, sur TV5 Monde). J'entrevois quelque chose, une piste à explorer, une relation à un autre voyageur, amateur d'art, un peu plus ancien, lui aussi prestigieux et innovateur. Je ne dis pas qui, secret défense. Je finis mes exercices gymnastiques par cent abdominaux mais je m'enfuis presque du sport pour coucher ça sur du papier-écran...
Depuis, je lis. Au bureau. Dans le train.
Sauf le temps du déjeuner, avec David, un collègue japonais et Maxime, un étudiant français entré cette année dans notre faculté d'économie (phénomène rarissime car il faut d'une part maîtriser le japonais et d'autre part avoir choisi de ne pas finir ses études en France). Au Downey, on retrouve trois de nos étudiantes... qui devraient être en train de réviser.
Après, c'est bon, l'idée est bien posée, je peux passer une soirée tranquille avec T. retrouvée. Elle a fini ses examens, doit noter ses copies, a fait beaucoup de piscine, est en pleine forme.
Commentaires
1. Le vendredi 20 juillet 2007 à 20:34, par brigetoun :
si toute écriture était aussi exigeante que la sienne. Mais aussi si tout ce qui passe pour de la laque était le résultat de ce travail.
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