On sent que la rentrée littéraire approche. Le fait qu'elle soit médiatiquement mondialisée (Cf. article de 2000, quelques surprises...) ne l'empêche pas d'être toujours aussi germanopratine, de prime abord, en tout cas, au vu de quelques blogs, sites d'éditeurs, etc. Ça pourrait commencer très bas, comme d'habitude chez Assouline, avec Mazarine Pingeot. Mais je n'irai pas dans ce sens et je ne finis même pas son billet. Heureusement pour moi, j'ai d'abord vu la rentrée par le haut, hier, quand je cherchais de nouveaux liens sur Patrick Deville, en voyant dans le toujours aussi catastrophique site du Seuil qu'il y aura un nouvel ouvrage d'Antoine Volodine (23 août), Songes de Mevlido. Ai copié le pdf du catalogue de rentrée, pour lecture des autres nouveautés, de toute façon, il n'y a que ça qui marche dans le site, que ce soit avec Firefox ou IE.
Ça ferait dans les 460 pages. Ici, quelqu'un dit l'avoir déjà lu. Quelques pages en sont reproduites dans la NRF de juin. L'auteur en lisait des bouts à Aix, début juillet. Deuxième dans la sélection de Technikart, entouré de Chevillard, Darrieussecq et Olivia Rosenthal, que du beau monde ! Si en plus la liste s'allonge, va falloir que je fasse tourner la planche à billets...

« Une guerre longue et généralisée, de tous contre tous, a ravagé le monde. Une nouvelle société s’est mise en place, qui peine à panser ses plaies et reproduit sans y croire les discours moraux de l’avant-guerre. La plus grande confusion idéologique règne, ce qui permet aux anciens génocideurs de s’accaparer le pouvoir politique.
Mevlido, policier dépressif, hanté par les images de sa femme que des enfants-soldats ont assassinée vingt ans plus tôt, est invité par sa hiérarchie à suivre un traitement psychiatrique. C’est un homme qui approche la cinquantaine. Il vit avec Maleeya Bayarlag, une faible d’esprit, dans un ghetto où se côtoient miséreux, réfugiés, drogués, malades mentaux et vieilles mendiantes qui entretiennent encore le mythe de la révolution mondiale et du Parti. À cette population se mêlent des chamanes coréennes ou « mudangs » qui dansent et chantent pour les morts, et aussi des oiseaux mutants dont la présence envahissante a donné un nom au ghetto : Poulailler Quatre. Jour et nuit à Poulailler Quatre résonnent les caquètements des volatiles, les chants sorciers et les slogans bolcheviques des mendiantes, prononcés dans une langue que nul ne peut à présent décrypter.
Rêves éveillés ? Mémoire d’une vie antérieure ? Naufrage dans la folie ? Mevlido se sent investi d’une mission dont pendant son sommeil une corneille géante vient régulièrement lui rappeler les exigences. Sous les pluies torrentielles et la chaleur, dans la nuit que peuplent oiseaux et araignées, il mène une enquête sur un attentat terroriste dont il a été à la fois témoin et complice. Autour de lui, que ce soit dans ses cauchemars ou dans la réalité, toutes les femmes qu’il aime disparaissent. Et justement, une des victimes de l’attentat ressemble à Verena Becker, dont il n’a jamais fait le deuil. Cette ressemblance l’accable.
Au cours d’une nuit terrifiante, Mevlido s’affronte à un ennemi personnel, un vautour semi-humain. Le combat dégénère et il perd la vie. Commence alors pour lui une plongée dans un univers obscur où ses propres souvenirs sont mis en scène de façon déformée, parfois sous la forme d’un récit qui confirme qu’il a bel et bien vécu une existence de moine-soldat avant de naître. Seul le chant des mudangs, entendu de loin en loin, lui permet de ne pas sombrer dans une totale amnésie. Les années se succèdent, sa mémoire se délite, mais l’image de Verena Becker reste en lui. C’est vers cette image qu’il va, c’est là qu’il désire se fixer à jamais.» (Extrait du pdf Rentrée littéraire 2007 des Éditions du Seuil)

En attendant ces joies-ci, je me livre à celles du XIXe siècle, avec Mérimée et le volumineux corpus que j'ai maintenant fini d'ordonner — en attendant de voir, ce soir, étonnante coïncidence, sur TV5 Monde... Colomba ! Adaptation de Laurent Jaoui, coproduction Arte et France 3, 2005.
T. le regardera avec moi, pour s'imprégner de l'ambiance avant décollage...

Dans l'après-midi, nous allons marcher jusqu'à Ichigaya pour des cartouches. D'encre, pour imprimante.
Dans une librairie, T. achète une énième revue de natation et moi un énième livre de lecture facile en japonais, sur les mythes grecs, cette fois. Jusqu'à maintenant, T. a mieux profité de ce genre d'achat que moi.
Puis je me fais une heure de sofa dans la Rue des boutiques obscures...

« — Voulez-vous que je joue quelque chose de particulier, mesdames, messieurs ? demanda-t-il d'une voix froide où perçait un léger accent américain.
Le Japonais, à côté de moi, ne réagit pas. Il était immobile, le visage lisse, et je craignis de le voir basculer de son fauteuil au moindre courant d'air, car il s'agissait certainement d'un cadavre embaumé.
Sag warum, s'il vous plaît, lança la femme du fond, d'une voix rauque.
Blunt eut un petit hochement de tête et commença à jouer Sag warum. La lumière du bar baissa, comme dans certains dancings aux premières mesures d'un slow. Ils en profitaient pour s'embrasser et la main de la femme glissait dans l'échancrure de la chemise du gros rougeaud, puis plus bas. Les lunettes cerclées d'or du Japonais jetaient de brèves lueurs. Devant son piano, Blunt avait l'air d'un automate qui tressautait : l'air de Sag warum exige qu'on plaque sans cesse des accords sur le clavier.» (Patrick Modiano, Rue des boutiques obscures, Gallimard, 1978, p. 57)