Perdus dans un ciel enfin
Par Berlol, mardi 24 juillet 2007 à 23:59 :: General :: #709 :: rss
Me revient qu'hier — ça doit être le
choc Volodine, ou alors parce que ça s'est passé
très simplement — on nous a installé le
téléphone à fibre optique, avec
l'accès internet en même temps. Sont venus
à trois, deux hommes et une femme, rôles bien
répartis, la dame pour le contact et les explications
générales, tarifaires, un jeune en salopette qui
change boîtiers, fils,
vérifie avec un ordinateur, ne s'occupe que de
téléphonie, puis un homme plus
âgé, avec un autre portable, chargé lui
de reconfigurer l'accès internet du réseau local,
que ça fonctionne sur nos ordinateurs, puis que l'imprimante
en réseau marche. On ne voit pas
trop la différence. C'était
déjà 100 Mbps. Faudrait qu'on regarde trois ou
quatre flux vidéo en même temps...
Hélas, je ne passe par encore par la fibre optique pour quitter T. — et aller au bureau, à 350 km. Reprise du shinkansen, donc, et du cadrage narratif de Colomba (ce que le narrateur livre de lui-même, ses parti-pris non dits). Jusqu'à ce que je m'endorme, les yeux perdus dans un ciel enfin bleu.
Un examen à surveiller avec deux de mes collègues. On fait un peu les pitres ; nos ouailles apprécient.
Puis cascade de joies : 1. livraison de l'appui-tête adaptable à mon fauteuil de bureau (montage pas trop galère); 2. une étudiante qui revient d'Aix m'offre un petit paquet d'olives en chocolat de La Picholine ; 3. la NRF de juin est à la bibliothèque et j'en photocopie les pages de Volodine ; 4. l'apothéose : trouvé, installé (version d'essai) et mis en marche, le logiciel ABBYY FineReader 8.0 transforme en un quart d'heure en texte, sous mes yeux éberlués, le pdf-image de Fumée de Tourgueniev (traduit par Mérimée dans les années 1860, trouvé sur Gallica). Avec un taux d'erreur relativement faible, plusieurs centaines d'images de pages deviennent du texte, tout bonnement cherchable, indexable, éditable, etc., sans aucune action humaine, et sans même scanner puisque c'est du pdf récupéré. C'est qu'à part une ou deux pages par-ci par-là avec notre imprimante-scanner de Tokyo, j'en étais resté, en matière d'OCR, à l'usage intensif que j'en avais fait dans les années 1989-1991 — préhistoire durant laquelle j'avais numérisé, des mois durant, tout Claude Simon. Ceci dit, aujourd'hui comme dans les années 80, la numérisation d'un livre ancien demande des heures de relecture pour traquer les erreurs du scanner. Il se trouve qu'avoir un texte impeccable n'est pas mon objectif de cette année. Je veux juste pouvoir repérer quelques emplois d'une petite liste de mots, et s'il m'en manque 5 % à cause de taches, craquelures ou lettres mal encrées, ça n'a aucune importance. Si besoin, il sera toujours temps de fignoler a posteriori.
« Le préposé à l'idéologie, Balkachine, n'était plus là pour vérifier la férocité des impacts, et, au fond, l'interrogatoire se déroulait sans grande casse. En raison du grade de l'accusé, qui était tout de même commissaire, Balkachine s'était déplacé, mais pour s'éclipser au bout d'un quart d'heure, après un discours sur la morale prolétarienne qui avait endormi tout le monde. C'était une séance d'autocritique bâclée, une de plus : un moment théâtral qui avait eu sa raison d'être autrefois, deux ou trois cents ans plus tôt, au temps où les guerres contre les riches n'étaient pas toutes perdues, mais qui aujourd'hui, à la fin de l'histoire — pour ne pas dire à la fin de tout —, avait dégénéré en pure sottise rituelle.
— Je mesure l'étendue de mon abjection... Je ne mérite pas qu'on me confie des responsabilités, dit Berberoïan dans un murmure.
En réalité, il savait qu'après le blâme que lui décernerait l'assemblée, tout redeviendrait comme avant. Il appliquerait du mercurochrome sur sa plaie et il irait se réinstaller derrière son bureau de commissaire, par exemple pour fumer une cigarette en compagnie de Mevlido, et tout deux se pencheraient de nouveau sur les dossiers criminels abandonnés depuis le matin. Rien n'aurait changé dans la société ni dans les mœurs de la police. On serait simplement allé ensemble un peu plus loin dans la défiguration des valeurs révolutionnaires. On aurait fait à contrecœur un petit pas supplémentaire vers la barbarie et la mort de tout espoir.
— J'ai trahi la confiance de la classe ouvrière, souffla encore Berberoïan.» (Antoine Volodine, extrait de Songes de Mevlido, paru dans la Nouvelle Revue Française, juin 2007.)
Hélas, je ne passe par encore par la fibre optique pour quitter T. — et aller au bureau, à 350 km. Reprise du shinkansen, donc, et du cadrage narratif de Colomba (ce que le narrateur livre de lui-même, ses parti-pris non dits). Jusqu'à ce que je m'endorme, les yeux perdus dans un ciel enfin bleu.
Un examen à surveiller avec deux de mes collègues. On fait un peu les pitres ; nos ouailles apprécient.
Puis cascade de joies : 1. livraison de l'appui-tête adaptable à mon fauteuil de bureau (montage pas trop galère); 2. une étudiante qui revient d'Aix m'offre un petit paquet d'olives en chocolat de La Picholine ; 3. la NRF de juin est à la bibliothèque et j'en photocopie les pages de Volodine ; 4. l'apothéose : trouvé, installé (version d'essai) et mis en marche, le logiciel ABBYY FineReader 8.0 transforme en un quart d'heure en texte, sous mes yeux éberlués, le pdf-image de Fumée de Tourgueniev (traduit par Mérimée dans les années 1860, trouvé sur Gallica). Avec un taux d'erreur relativement faible, plusieurs centaines d'images de pages deviennent du texte, tout bonnement cherchable, indexable, éditable, etc., sans aucune action humaine, et sans même scanner puisque c'est du pdf récupéré. C'est qu'à part une ou deux pages par-ci par-là avec notre imprimante-scanner de Tokyo, j'en étais resté, en matière d'OCR, à l'usage intensif que j'en avais fait dans les années 1989-1991 — préhistoire durant laquelle j'avais numérisé, des mois durant, tout Claude Simon. Ceci dit, aujourd'hui comme dans les années 80, la numérisation d'un livre ancien demande des heures de relecture pour traquer les erreurs du scanner. Il se trouve qu'avoir un texte impeccable n'est pas mon objectif de cette année. Je veux juste pouvoir repérer quelques emplois d'une petite liste de mots, et s'il m'en manque 5 % à cause de taches, craquelures ou lettres mal encrées, ça n'a aucune importance. Si besoin, il sera toujours temps de fignoler a posteriori.
« Le préposé à l'idéologie, Balkachine, n'était plus là pour vérifier la férocité des impacts, et, au fond, l'interrogatoire se déroulait sans grande casse. En raison du grade de l'accusé, qui était tout de même commissaire, Balkachine s'était déplacé, mais pour s'éclipser au bout d'un quart d'heure, après un discours sur la morale prolétarienne qui avait endormi tout le monde. C'était une séance d'autocritique bâclée, une de plus : un moment théâtral qui avait eu sa raison d'être autrefois, deux ou trois cents ans plus tôt, au temps où les guerres contre les riches n'étaient pas toutes perdues, mais qui aujourd'hui, à la fin de l'histoire — pour ne pas dire à la fin de tout —, avait dégénéré en pure sottise rituelle.
— Je mesure l'étendue de mon abjection... Je ne mérite pas qu'on me confie des responsabilités, dit Berberoïan dans un murmure.
En réalité, il savait qu'après le blâme que lui décernerait l'assemblée, tout redeviendrait comme avant. Il appliquerait du mercurochrome sur sa plaie et il irait se réinstaller derrière son bureau de commissaire, par exemple pour fumer une cigarette en compagnie de Mevlido, et tout deux se pencheraient de nouveau sur les dossiers criminels abandonnés depuis le matin. Rien n'aurait changé dans la société ni dans les mœurs de la police. On serait simplement allé ensemble un peu plus loin dans la défiguration des valeurs révolutionnaires. On aurait fait à contrecœur un petit pas supplémentaire vers la barbarie et la mort de tout espoir.
— J'ai trahi la confiance de la classe ouvrière, souffla encore Berberoïan.» (Antoine Volodine, extrait de Songes de Mevlido, paru dans la Nouvelle Revue Française, juin 2007.)
Commentaires
1. Le mardi 24 juillet 2007 à 08:40, par F :
hé hé, Melvido suis dedans, j'en ai 461 pages, avec fin écrite on dirait par Soudaieva elle-même !
REVE MILLE ANS ! REVE MILLE ANS SANS CROIRE QUE LE SONGE EXISTE !
suis vraiment impressionné par la façon dont il embarque tous les registres les uns avec les autres, de la SF à la poétique toute nue, plus toute une cinétique urbaine
2. Le mardi 24 juillet 2007 à 14:39, par Berlol :
pfffff !
3. Le mardi 24 juillet 2007 à 15:12, par christine :
pfffff ... aussi : ça donne envie mais il va falloir patienter quelques semaines !
et merci pour le conseil logiciel, berlol : j'ai téléchargé et j'essaie dès que j'ai un moment - ça a l'air magique
4. Le mardi 24 juillet 2007 à 19:35, par F :
oui j'ai mérité les pff pff mais c'était pas de l'esbroufe, un vrai bouquin à lire avec les dents, plus âpre que les précédents Volo, un côté politique direct comme le vieux "Lisbonne..." et la même santé - il m'a vraiment happé - ça n'empêche pas que la bonne vieille NRF avant-sorte des textes costauds, il y avait eu Sevestre* et la suite en 4 numéros des petites nécrologies fictives de Stéphane Audeguy l'an dernier, à rendre jaloux à bien autre échelle que les pff pff de berlol (il devrait faire plus de vélo, peut-êtrre)
*
au fait c'est lui qui est derrière
www.synapse-fr.com/typogr...
?
5. Le mardi 24 juillet 2007 à 20:46, par Berlol :
Attends ! je reviens du sport où j'ai lu Lisbonne dernière marge ! C'est de la télépathie, là !...
Mais qui est derrière Synapse ?
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