Après une surveillance d'examen matinale et sans problème, je parcours mes étagères en quête du livre à emporter au sport et, m'étant auto-gendarmé contre l'aigreur envieuse, je me tourne vers l'enfilade des Minuit pour attraper le Volodine jauni mais pas encore lu. C'était le premier Volodine acheté, avant même de m'exiler au bout du monde, resté intouché comme une ultime promesse au bout du totem horizontal, après les solides Beckett, les Pinget, les Robbe-Grillet, les Simon, sur lesquels tranchent les plus jeunes, les Bon, les Chevillard, les Deville, les Échenoz, les Toussaint, et même des très récents, des Clémençon, des Laurrent, des Mauvignier, des NDiaye, des Ravey...
C'est donc en plein Portugal que je pédale et sue. Et quelque part très loin pendant ce temps, sans connaître mon choix, François poste cet étonnant commentaire sur le lien Mevlido / Lisbonne...

« Puis, longeant la ligne de tramway, ils gagnèrent la rue de São Paulo, presque déserte. Je me rappelle ma première visite ici, en 1975, dit-elle. Et lui : Oui, le Sicherheitsgruppe a loupé alors une splendide occasion de mettre ses fichiers à jour. Toute votre racaille a grouillé ici pendant les mois chauds de 75. Et vous aviez relâché votre vigilance. On aurait pu moissonner des renseignements à la pelle. Et elle : Sale connard de flic, sale dogue, tu n'as en tête que ta mission de tueur, fils pourri de la flicaille et de l'impérialisme, valet des Américains, sale garde-chiourme des esclaves bedonnants, sale chien, tueur à gages des sociaux-traitres, social-vendu toi-même, sale dogue, mon dogue. Et lui : Sale petite connasse de terroriste.» (Antoine Volodine, Lisbonne dernière marge, Paris : Minuit, 1990, p. 12)

« Ma nouvelle carapace, songea-t-elle. Elle se tortillait, ensanglantée et grumeleuse, à la frange de l'abîme, sans oser habiter cette identité étrangère, qui allait coller à son corps jusqu'à sa mort, et même au-delà. Elle n'osait pas regarder non plus en direction du précipice. La violence de l'arrachement à soi-même n'a pas d'équivalent dans l'arsenal des tortures. Kurt l'avait prévenue : dès qu'il serait retourné à Bonn, il s'emparerait du premier cadavre non identifiable pour aider à brouiller les pistes derrière elle et pour refermer, avec son cercueil, le dossier d'Ingrid Vogel. Il ramasserait, dans une quelconque carcasse de voiture carbonisée, une quelconque petite conne que personne n'aurait réclamée à la morgue, et il en ferait le double en cendres d'Ingril Vogel ; sous son influence, la mère d'Ingrid, dépressive et impressionnable, signerait l'acte d'identification des restes racornis. Et : l'inhumation sous la pluie, la poignée de sympathisants tous déjà fichés et re-fichés, membres, au sens large, de la nichée en voie d'extermination. Et elle, là-bas, sur une côte chinoise ou coréenne ou pire encore, à des distances infinies, ignorant tout de son présent, censurant sans cesse sa mémoire.» (Ibid., p. 19)

Réunion d'après-midi, juste le temps de lire le catalogue des nouveautés du Seuil. Je commanderai Salvayre, bien sûr, et peut-être Fournel... On verra.
Sous la houlette de David, j'assiste ensuite en observateur critique à la première session chez nous du TCF. Quatre étudiantes s'y sont inscrites et l'épreuve est intelligemment faite. Il n'y a guère que la qualité du son de l'épreuve orale, sur CD, qui soit à pointer. Les voix masculines, en effet, sont assourdies et parfois difficiles à saisir, surtout pour des oreilles étrangères. On essaie de diminuer les basses, la résonance, mais on n'améliore qu'à peine un son mauvais à la base. Sans doute un mauvais microphone...

Excellent dîner indonésien, en haut du centre commercial La Chic, à Sakae. Sophie y a déjà ses habitudes, y connaît un serveur sympathique, que nous découvrirons originaire d'Ubud quand Andreas montrera des photos de Bali sur l'ordinateur portable qui ne le quitte jamais.
Quelques précisions à ajouter, mais pas le temps...