Promesse au bout du totem
Par Berlol, mercredi 25 juillet 2007 à 23:56 :: General :: #710 :: rss
Après une surveillance d'examen matinale et sans
problème, je parcours mes étagères en
quête du livre à emporter au sport
et, m'étant auto-gendarmé contre
l'aigreur envieuse, je me tourne vers l'enfilade des Minuit pour attraper le
Volodine jauni mais pas encore
lu. C'était le premier Volodine acheté, avant
même de m'exiler
au bout du
monde, resté intouché comme une
ultime promesse au bout du totem horizontal, après les
solides Beckett, les Pinget, les Robbe-Grillet,
les Simon, sur lesquels tranchent les plus jeunes, les Bon,
les Chevillard, les Deville, les Échenoz, les Toussaint, et même des très
récents, des Clémençon, des Laurrent,
des Mauvignier, des NDiaye, des Ravey...
C'est donc en plein Portugal que je pédale et sue. Et quelque part très loin pendant ce temps, sans connaître mon choix, François poste cet étonnant commentaire sur le lien Mevlido / Lisbonne...
« Puis, longeant la ligne de tramway, ils gagnèrent la rue de São Paulo, presque déserte. Je me rappelle ma première visite ici, en 1975, dit-elle. Et lui : Oui, le Sicherheitsgruppe a loupé alors une splendide occasion de mettre ses fichiers à jour. Toute votre racaille a grouillé ici pendant les mois chauds de 75. Et vous aviez relâché votre vigilance. On aurait pu moissonner des renseignements à la pelle. Et elle : Sale connard de flic, sale dogue, tu n'as en tête que ta mission de tueur, fils pourri de la flicaille et de l'impérialisme, valet des Américains, sale garde-chiourme des esclaves bedonnants, sale chien, tueur à gages des sociaux-traitres, social-vendu toi-même, sale dogue, mon dogue. Et lui : Sale petite connasse de terroriste.» (Antoine Volodine, Lisbonne dernière marge, Paris : Minuit, 1990, p. 12)
« Ma nouvelle carapace, songea-t-elle. Elle se tortillait, ensanglantée et grumeleuse, à la frange de l'abîme, sans oser habiter cette identité étrangère, qui allait coller à son corps jusqu'à sa mort, et même au-delà. Elle n'osait pas regarder non plus en direction du précipice. La violence de l'arrachement à soi-même n'a pas d'équivalent dans l'arsenal des tortures. Kurt l'avait prévenue : dès qu'il serait retourné à Bonn, il s'emparerait du premier cadavre non identifiable pour aider à brouiller les pistes derrière elle et pour refermer, avec son cercueil, le dossier d'Ingrid Vogel. Il ramasserait, dans une quelconque carcasse de voiture carbonisée, une quelconque petite conne que personne n'aurait réclamée à la morgue, et il en ferait le double en cendres d'Ingril Vogel ; sous son influence, la mère d'Ingrid, dépressive et impressionnable, signerait l'acte d'identification des restes racornis. Et : l'inhumation sous la pluie, la poignée de sympathisants tous déjà fichés et re-fichés, membres, au sens large, de la nichée en voie d'extermination. Et elle, là-bas, sur une côte chinoise ou coréenne ou pire encore, à des distances infinies, ignorant tout de son présent, censurant sans cesse sa mémoire.» (Ibid., p. 19)
Réunion d'après-midi, juste le temps de lire le catalogue des nouveautés du Seuil. Je commanderai Salvayre, bien sûr, et peut-être Fournel... On verra.
Sous la houlette de David, j'assiste ensuite en observateur critique à la première session chez nous du TCF. Quatre étudiantes s'y sont inscrites et l'épreuve est intelligemment faite. Il n'y a guère que la qualité du son de l'épreuve orale, sur CD, qui soit à pointer. Les voix masculines, en effet, sont assourdies et parfois difficiles à saisir, surtout pour des oreilles étrangères. On essaie de diminuer les basses, la résonance, mais on n'améliore qu'à peine un son mauvais à la base. Sans doute un mauvais microphone...
Excellent dîner indonésien, en haut du centre commercial La Chic, à Sakae. Sophie y a déjà ses habitudes, y connaît un serveur sympathique, que nous découvrirons originaire d'Ubud quand Andreas montrera des photos de Bali sur l'ordinateur portable qui ne le quitte jamais.
Quelques précisions à ajouter, mais pas le temps...
C'est donc en plein Portugal que je pédale et sue. Et quelque part très loin pendant ce temps, sans connaître mon choix, François poste cet étonnant commentaire sur le lien Mevlido / Lisbonne...
« Puis, longeant la ligne de tramway, ils gagnèrent la rue de São Paulo, presque déserte. Je me rappelle ma première visite ici, en 1975, dit-elle. Et lui : Oui, le Sicherheitsgruppe a loupé alors une splendide occasion de mettre ses fichiers à jour. Toute votre racaille a grouillé ici pendant les mois chauds de 75. Et vous aviez relâché votre vigilance. On aurait pu moissonner des renseignements à la pelle. Et elle : Sale connard de flic, sale dogue, tu n'as en tête que ta mission de tueur, fils pourri de la flicaille et de l'impérialisme, valet des Américains, sale garde-chiourme des esclaves bedonnants, sale chien, tueur à gages des sociaux-traitres, social-vendu toi-même, sale dogue, mon dogue. Et lui : Sale petite connasse de terroriste.» (Antoine Volodine, Lisbonne dernière marge, Paris : Minuit, 1990, p. 12)
« Ma nouvelle carapace, songea-t-elle. Elle se tortillait, ensanglantée et grumeleuse, à la frange de l'abîme, sans oser habiter cette identité étrangère, qui allait coller à son corps jusqu'à sa mort, et même au-delà. Elle n'osait pas regarder non plus en direction du précipice. La violence de l'arrachement à soi-même n'a pas d'équivalent dans l'arsenal des tortures. Kurt l'avait prévenue : dès qu'il serait retourné à Bonn, il s'emparerait du premier cadavre non identifiable pour aider à brouiller les pistes derrière elle et pour refermer, avec son cercueil, le dossier d'Ingrid Vogel. Il ramasserait, dans une quelconque carcasse de voiture carbonisée, une quelconque petite conne que personne n'aurait réclamée à la morgue, et il en ferait le double en cendres d'Ingril Vogel ; sous son influence, la mère d'Ingrid, dépressive et impressionnable, signerait l'acte d'identification des restes racornis. Et : l'inhumation sous la pluie, la poignée de sympathisants tous déjà fichés et re-fichés, membres, au sens large, de la nichée en voie d'extermination. Et elle, là-bas, sur une côte chinoise ou coréenne ou pire encore, à des distances infinies, ignorant tout de son présent, censurant sans cesse sa mémoire.» (Ibid., p. 19)
Réunion d'après-midi, juste le temps de lire le catalogue des nouveautés du Seuil. Je commanderai Salvayre, bien sûr, et peut-être Fournel... On verra.
Sous la houlette de David, j'assiste ensuite en observateur critique à la première session chez nous du TCF. Quatre étudiantes s'y sont inscrites et l'épreuve est intelligemment faite. Il n'y a guère que la qualité du son de l'épreuve orale, sur CD, qui soit à pointer. Les voix masculines, en effet, sont assourdies et parfois difficiles à saisir, surtout pour des oreilles étrangères. On essaie de diminuer les basses, la résonance, mais on n'améliore qu'à peine un son mauvais à la base. Sans doute un mauvais microphone...
Excellent dîner indonésien, en haut du centre commercial La Chic, à Sakae. Sophie y a déjà ses habitudes, y connaît un serveur sympathique, que nous découvrirons originaire d'Ubud quand Andreas montrera des photos de Bali sur l'ordinateur portable qui ne le quitte jamais.
Quelques précisions à ajouter, mais pas le temps...
Commentaires
1. Le jeudi 26 juillet 2007 à 14:51, par christine :
à propos de Volodine, et parce que vous présentez implicitement, FB et toi, "Lisbonne dernière marge" comme son premier roman (ce qui me rappelle que c'est l'exemple que choisit toujours un mien collègue amateur de SF pour stigmatiser le snobisme des amateurs de Minuit), est-ce que vous avez lu ? et si oui qu'est-ce que vous en pensez ? et si non savez vous comment lui même en parle ? ses premiers romans, publiés sous couverture SF dans la collection Présence du futur ? (je précise que je ne les ai pas (encore) lus moi-même)
2. Le jeudi 26 juillet 2007 à 14:55, par Berlol :
Je sais que ce n'était pas son premier roman. J'ai acheté le volume Denoël de 2003, avec ses 4 premiers romans, et j'ai la ferme intention de l'emporter sur la plage cet été...
3. Le jeudi 26 juillet 2007 à 15:25, par christine :
j'attends tes conseils avisés, alors ... je précise que "le snobisme des amateurs de Minuit" n'était absolument pas un reproche : mon collègue m'inclus (par taquinerie) et surtout je m'inclus moi-même dans cette étrange tribu (avec deux étagères à paris et quelque chose comme 3 ou 4 dans ma bibliothèque annexe de province!) ... donc j'aime beaucoup ton titre et l'idée du totem
4. Le jeudi 26 juillet 2007 à 23:37, par Berlol :
Il y a certainement un snobisme Minuit, tant de la part d'auteurs, flattés d'être auprès des "solides", et pas toujours à tort, que chez les lecteurs collectionneurs parmi lesquels je revendique d'être inclus. La qualité du papier fait que la collection tourne — hélas — du beige au jaune puis au marron en moins de trente ans, même pour les volumes tenus à l'écart de la lumière. Mais l'attachement, le mien en tout cas, est dans l'immatériel : l'histoire de la maison d'édition, l'importance et la qualité littéraire de ses auteurs des années 50-70 provoquent une sensation d'appartenance qui est moins liée aux livres eux-mêmes qu'à leur contenu et à leur entourage historique et humain, une sorte de culture Minuit (sans aller jusqu'au culte). Sensation qui n'existe pas du tout chez moi avec "la blanche" de Gallimard, trop éclectique, trop floue, j'allais dire trop banale. Idéologiquement, la plus proche serait peut-être "fiction & Cie" du Seuil...
5. Le vendredi 27 juillet 2007 à 00:53, par brigetoun :
j'aime bien votre échange. S'ajoute pour nous les petits un petit snobisme du désir insatisfait, de l'envie et d'une petite culpabilité dans l'achat du fait d'une rareté des parutions en "poches"
6. Le vendredi 27 juillet 2007 à 02:04, par Berlol :
D'où l'intérêt, tout de même, de la nouvelle politique Minuit avec le développement de la collection "Double", même si ce n'est pas à un aussi "petit" prix que d'autres poches....
7. Le vendredi 27 juillet 2007 à 02:20, par christine :
je suis aussi très attachée à mes collections POL et Verticales, même si elles sont moins anciennes
le grand intérêt des Minuit pour ceux qui comme moi ont toujours du mal à trouver de la place pour tous leurs livres, c'est que ceux-ci aident à optimiser le remplissage des bibliothèques en se rangeant sur des étagères de petite hauteur, comme les livres de poche (à quelques exceptions près comme le Méridien de Greenwich d'Echenoz, de plus grande taille et que je ne sais jamais où ranger - mais qui mérite d'être exceptionnel aussi par son format!)
8. Le vendredi 27 juillet 2007 à 02:30, par Berlol :
Oui, je pense aussi à L'Île atlantique de Tony Duvert. Embêtants, avec des étagères plus hautes, quand on veut en poser d'autres dessus...
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