Peu à dire sur ce jour calme. Ici, tout au moins.

Avec T., je vais enfin chez l'opticien, dans la grande librairie Maruzen d'OAZO, en face de la gare de Tokyo, pour faire réaliser des lunettes. J'avais déjà mentionné quelques problèmes de vue et je savais que ça viendrait un jour. Ce qui m'a poussé à le faire maintenant, c'est d'une part que j'ai de plus en plus de difficulté à lire les furiganas, ces petits hiraganas qui sont parfois à côté des kanjis pour en indiquer la lecture, et d'autre part qu'il devient visuellement scabreux de faire l'appel en classe, accommodant de moins en moins vite à chaque nom successivement sur la feuille et sur la personne appelée.
C'est la première fois que je passe ainsi tous les contrôles optiques qui déterminent les caractéristiques des verres à porter. T. m'aide un peu pour savoir s'il faut dire que la croix est dans le rond, ou si c'est flou ou pas. Ensuite, c'est l'effarant choix des montures, parmi au moins 500 modèles en exposition. Après vingt bonnes minutes durant lesquelles j'admire la patience de T., pas besoin de lunettes pour ça, nous sommes d'accord sur celles qui me vont le mieux. J'ai hésité parce qu'on va se moquer de moi : elles sont de la marque Porsche. Et en effet, je suis le premier à me moquer de ceux qui n'ayant pas les moyens de se payer les voitures s'offrent les accessoires. Ceci dit, ça me permettra sûrement de lire plus vite.

On déjeune au Tsubame Grill, deux étages au-dessus. L'agneau est très bon, léger comme de l'hirondelle. Puis, nous nous séparons dans le train, T. va au centre de sport pour nager et je rentre pour Mérimée. Entre autres, je travaille sur ceci, à en tirer tout le suc :

« Je n'aime dans l'histoire que les anecdotes, et parmi les anecdotes je préfère celles où j'imagine trouver une peinture vraie des mœurs et des caractères à une époque donnée. Ce goût n'est pas très noble ; mais, je l'avoue à ma honte, je donnerais volontiers Thucydide pour des mémoires authentiques d'Aspasie ou d'un esclave de Périclès ; car les mémoires, qui sont des causeries familières de l'auteur avec son lecteur, fournissent seuls ces portraits de l'homme qui m'amusent et qui m'intéressent.» (Prosper Mérimée, Chronique du règne de Charles IX, préface de 1829)

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