Mais sans l'espèce
Par Berlol, mercredi 8 août 2007 à 23:50 :: General :: #724 :: rss
Grande baffe matinale, mais d'une douce litanie.
Tient en trois phrases :
« Ce qui n'est pas donné est perdu
ce que tu gardes est foutu
Ne retiens pas les chevaux de ta tendresse »
J'avais une heure de repassage devant moi, bonne occasion, enfin, pour le dévédé de Jean-Louis Murat, Parfum d'acacia au jardin
(2004),
acheté l'an dernier mais qui n'avait pas encore
trouvé son heure ici. Très
forte impression. Je ne peux pas mieux dire que Pierre Andrieu...
Camille était-elle déjà connue en 2003 ? Pas beaucoup, il me semble. Pour moi, ça devait être début 2005.
Fin de matinée au centre de sport (à sudalire en pédavélo). Occasion de révélations :
« Et : Et d'ailleurs, qu'est-ce que tu en as compris jusqu'à présent, mon dogue ? Mon cher dogue décrypteur et assassin ?
« Tu veux, proposa-t-il, ma toute-charmante, que je te résume ce que j'ai entr'aperçu an fond des bribes ?
— Oui, dit-elle. Un test d'intelligence pour mon dogue.»
Et lui :
Une sorte d'anthologie commentée de textes se rapportant à une époque imaginaire, la Renaissance. Une espèce de mise en relation de ces textes avec des personnages vivants, à un moment où la Renaissance traverse une crise aiguë d'identité.
La société que l'on peut deviner là-derrière est fondée sur une manipulation à grande échelle des souvenirs collectifs, sur un écrasement mutilant de la mémoire. On ignore tout, par exemple, des origines biologiques de l'homme de la Renaissance, comme s'il y avait eu quelque part une rupture organique, génétique, à la suite de laquelle il avait changé de nature. On ne sait rien de ses origines historiques, qui se perdent dans les tourbillons d'une guerre mythique, la guerre noire.
[...] Une construction politique de pure façade administre la société. Elle a été remise depuis des siècles entre les mains de dindons sociaux-démocrates qui exercent une sorte de totalitarisme idéologique de la nullité. Des classes sociales diverses, techniciens, ouvriers, manœuvres, aident à la mise en place de ce décor, tout en restant très en retrait. Ce sont peut-être elles, ces classes, qui lisent, pratiquent et alimentent la littérature des poubelles, uninimement stigmatisée par les communes d'écrivains ? Ce sont peut-être elles qui donnent une réalité militante à la mystérieuse subversion ?
En tout cas, pièce centrale dans l'édifice de la Renaissance, la police est vigilante, active et impunie. On découvre vite qu'elle n'est pas au service du pouvoir politique factice. En réalité, elle est dévouée corps et âme aux véritables maîtres de la Renaissance : les ruches. Qui a organisé la Renaissance, qui l'a structurée et peuplée, sinon les ruches ? Les ruches ont falsifié la mémoire de l'homme de la Renaissance, elles disposent à leur guise de son passé, de son devenir, de ses amnésies, de ses faux-semblants, de ses crimes, de ses succès, de ses lacunes, de ses mensonges. La police est l'instrument fidèle des ruches, mais de même que l'homme de la Renaissance elle ne peut avoir la plus petite notion des objectifs ou de la nature réelle des ruches.
C'est à peu près cela, pour l'instant, ma toute charmante ?
Elle se pendit à son cou. Mon dogue, Kurt, mon très cher, comme tu parles bien !
« Et alors, ça te plaît ? s'enquit-elle. Tu vois bien, il n'y a pas de quoi fouetter un chat !
— Ça ne me plaît pas du tout, protesta Kurt. Toutes les portes sont béantes pour que le BKA fonce jusqu'à toi, après m'avoir mis la main au collet.»
Et elle : Tu es de mauvaise foi, espèce de sale connard de flic tenace et sagace et décadent.
Et lui : Pauvre petite connasse de terroriste, depuis le temps que je me tue à te répéter qu'il faut que tu restes oubliée dans ton coin, le bec cloué et la pensée cadenassée.» (Antoine Volodine, Lisbonne dernière marge, p. 126-128)
J'y repense fortement quand, peu après, je déjeune avec David chez Downey et que nous commentons l'actualité politique du Japon, le théâtre que nous joue sa classe politique — de peu de classe, en l'occurrence — dans le seul but, dirait-on, d'occuper des gens qui de toute façon ne croient pas à la politique et s'accomodent très bien de ces distractions. On peut d'ailleurs remplacer Japon par d'autres noms de pays...
Long après-midi avec pas mal de travail à avancer. Et peu à en dire. Mais sans l'espèce de pesanteur d'hier.
Tient en trois phrases :
« Ce qui n'est pas donné est perdu
ce que tu gardes est foutu
Ne retiens pas les chevaux de ta tendresse »
J'avais une heure de repassage devant moi, bonne occasion, enfin, pour le dévédé de Jean-Louis Murat, Parfum d'acacia au jardin
Camille était-elle déjà connue en 2003 ? Pas beaucoup, il me semble. Pour moi, ça devait être début 2005.
Fin de matinée au centre de sport (à sudalire en pédavélo). Occasion de révélations :
« Et : Et d'ailleurs, qu'est-ce que tu en as compris jusqu'à présent, mon dogue ? Mon cher dogue décrypteur et assassin ?
« Tu veux, proposa-t-il, ma toute-charmante, que je te résume ce que j'ai entr'aperçu an fond des bribes ?
— Oui, dit-elle. Un test d'intelligence pour mon dogue.»
Et lui :
Une sorte d'anthologie commentée de textes se rapportant à une époque imaginaire, la Renaissance. Une espèce de mise en relation de ces textes avec des personnages vivants, à un moment où la Renaissance traverse une crise aiguë d'identité.
La société que l'on peut deviner là-derrière est fondée sur une manipulation à grande échelle des souvenirs collectifs, sur un écrasement mutilant de la mémoire. On ignore tout, par exemple, des origines biologiques de l'homme de la Renaissance, comme s'il y avait eu quelque part une rupture organique, génétique, à la suite de laquelle il avait changé de nature. On ne sait rien de ses origines historiques, qui se perdent dans les tourbillons d'une guerre mythique, la guerre noire.
[...] Une construction politique de pure façade administre la société. Elle a été remise depuis des siècles entre les mains de dindons sociaux-démocrates qui exercent une sorte de totalitarisme idéologique de la nullité. Des classes sociales diverses, techniciens, ouvriers, manœuvres, aident à la mise en place de ce décor, tout en restant très en retrait. Ce sont peut-être elles, ces classes, qui lisent, pratiquent et alimentent la littérature des poubelles, uninimement stigmatisée par les communes d'écrivains ? Ce sont peut-être elles qui donnent une réalité militante à la mystérieuse subversion ?
En tout cas, pièce centrale dans l'édifice de la Renaissance, la police est vigilante, active et impunie. On découvre vite qu'elle n'est pas au service du pouvoir politique factice. En réalité, elle est dévouée corps et âme aux véritables maîtres de la Renaissance : les ruches. Qui a organisé la Renaissance, qui l'a structurée et peuplée, sinon les ruches ? Les ruches ont falsifié la mémoire de l'homme de la Renaissance, elles disposent à leur guise de son passé, de son devenir, de ses amnésies, de ses faux-semblants, de ses crimes, de ses succès, de ses lacunes, de ses mensonges. La police est l'instrument fidèle des ruches, mais de même que l'homme de la Renaissance elle ne peut avoir la plus petite notion des objectifs ou de la nature réelle des ruches.
C'est à peu près cela, pour l'instant, ma toute charmante ?
Elle se pendit à son cou. Mon dogue, Kurt, mon très cher, comme tu parles bien !
« Et alors, ça te plaît ? s'enquit-elle. Tu vois bien, il n'y a pas de quoi fouetter un chat !
— Ça ne me plaît pas du tout, protesta Kurt. Toutes les portes sont béantes pour que le BKA fonce jusqu'à toi, après m'avoir mis la main au collet.»
Et elle : Tu es de mauvaise foi, espèce de sale connard de flic tenace et sagace et décadent.
Et lui : Pauvre petite connasse de terroriste, depuis le temps que je me tue à te répéter qu'il faut que tu restes oubliée dans ton coin, le bec cloué et la pensée cadenassée.» (Antoine Volodine, Lisbonne dernière marge, p. 126-128)
J'y repense fortement quand, peu après, je déjeune avec David chez Downey et que nous commentons l'actualité politique du Japon, le théâtre que nous joue sa classe politique — de peu de classe, en l'occurrence — dans le seul but, dirait-on, d'occuper des gens qui de toute façon ne croient pas à la politique et s'accomodent très bien de ces distractions. On peut d'ailleurs remplacer Japon par d'autres noms de pays...
Long après-midi avec pas mal de travail à avancer. Et peu à en dire. Mais sans l'espèce de pesanteur d'hier.
Commentaires
1. Le mercredi 8 août 2007 à 21:00, par vinteix :
"ce qui n'est pas donné est perdu" : ça, c'est un proverbe indien (de l'Inde)... Pour le reste, il me semble quand même que l'ami Jean-Louis a fait mieux... là, ça fait un peu litanie de sutra, à mon goût en tout cas...
2. Le mercredi 8 août 2007 à 23:01, par Berlol :
Ouh, mais t'es bien difficile, toi, aujourd'hui !
Non, non, moi, je trouve justement que c'est cet effet de litanie qui est excellent, avec ces deux voix qui se répondent, la progression de guitare, de percussions, etc. Du grand Murat + Camille !
3. Le mercredi 8 août 2007 à 23:39, par vinteix :
Difficile, oui, souvent, mon cher...
Mais je suis d'accord avec toi pour la progression de la guitare... je pensais d'ailleurs l'écrire... mais au final, cette litanie m'ennuie et m'endort un peu... la répétition incessante du refrain, ça fait vraiment répétition rituelle de mantra... "fais pas ci, fais pas ça..." Bon, j'exagère un peu...
"Dans le genre", je préfère nettement ce qu'avait fait Kat Onoma ("Cupid"), pour les guitares... ou le dernier album de Christophe, pour la voix...
Mais malgré tout, je l'aime bien notre Jean-Louis, encore plus depuis qu'il est hirsute et mal rasé...
4. Le jeudi 9 août 2007 à 00:25, par brigetoun :
il doit me manquer une case pour Murat, j'aime beaucoup, sans plus.
"on peut d'ailleurs remplacer Japon..." j'y pensais, comme vous le cherchiez je crois
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