Pas très beau temps, ce matin. Il pleuvra même une bonne partie de la journée. Petit déjeuner à l'intérieur mais lecture sur la terrasse. Dans le Nouvel Observateur du 16 au 22 août (prélevé dans l'avion), nécessaire article de Bruno Birolli, intitulé Japon : assez de repentance ! (p. 30-33). Il résume parfaitement l'attitude de la classe politique actuelle et la rattache à son exacte origine, le militarisme nationaliste des années 1930. Mais il souligne surtout le danger d'une active réécriture de l'histoire qui a pour but de blanchir le Japon de ses crimes, ce qui semble être, plus que le bonheur du peuple japonais, l'objectif principal de la clique que dirige logiquement Shinzo Abe :
« [...] à travers sa famille Abe [...] incarne une sorte de continuité entre le Japon militariste d'avant-1945 et celui d'aujourd'hui. Petit-fils de Kinosuke Kichi, ministre de l'Armement jusqu'en 1945, il est aussi le petit-neveu du ministre des Affaires étrangères Yosuke Matsuoka, signataire de l'alliance avec l'Allemagne nazie. Depuis 1978, l'"âme" de Matsuoka est à Yasukuni. Il est l'un des 14 criminels de guerre "divinisés" après avoir été condamnés à mort ou à la prison à vie au procès de Tokyo.» (p. 32)
Après ça, les articles d'effroi de ceux qui découvrent que Wikipédia est aussi un lieu de réécriture permanente des histoires individuelles et collectives me font bien rire. Au lieu de s'attaquer au principe d'une encyclopédie collaborative au prétexte que des imbéciles ont accès à sa rédaction, il serait plus instructif d'apercevoir l'évolution de ce nouvel encyclopédisme vers la possibilité d'avoir enfin une histoire qui ne soit pas écrite par les scribes des dominants, dans quelque domaine que ce soit.
D'où l'intérêt aussi — de ma retraite à 40k, je lis encore — des articles de François Bon quand il historicise sur le thème de l'internet littéraire, cette fois pour traiter de Facebook. Deux amis m'ont invité sur cette plateforme ces dernières semaines. Je m'y suis rendu, inscrit et en ai parcouru rapidement les méandres. Irrité sans cesse d'être dans une coquille américaine, de devoir cliquer sur les liens d'une terminologie débile, et déçu de voir qu'il s'agissait surtout de faire tapisserie, je n'y ai plus guère remis les pieds. Je ne demande qu'à changer d'avis, mais il faudra plus que du trop à la mode réseau social pour me convaincre...

Alors que je fignolais le billet d'hier — comme hier, en somme — arrive l'heure d'aller faire des courses à Saint-Florent. Même quand il pleut, ce centre ville si kitsch, car on ne peut pas le dire beau, devient une horreur tant voitures et motos prennent de place, mobilisent en permanence l'attention, pourrissent déplacements et conversations. Je voterais volontiers pour une transformation en zone piétone, et comme d'habitude les commerçants ne seraient pas d'accord.

C'est vrai que c'est dommage qu'il pleuve en Corse, mais d'un autre côté, ça nous permet de nous reposer, de reconstituer nos réserves énergétiques avec des siestes et des bons petits plats. Certaines font du yoga, un autre gratte la rouille d'un portique de hamac. On lit. On s'occupe, on mange du nougat. Jusqu'à ce qu'un soleil piteux se jette dans l'eau.
Le soir, T. prépare un dîner japonais avec divers ingrédients amenés à cet effet. Le reste de pêche de Michel sert au bouillon de base. Il y aura de l'omelette à la japonaise, de la soupe aux grains de sésame et des sobas au nori. La fille de nos amis, J., mange absolument tout avec les baguettes d'entraînement que nous lui avons rapportées (baguettes liées par une articulation, anneaux pour deux doigts et cran de position du pouce), même des corn flakes...

Les deux tours de table de lecture amènent notre salon littéraire à la page 85 de L'Élégance du hérisson. On trouve que ça patine un peu, l'histoire ne démarre pas vite, on alterne de la marginalité de la concierge à la marginalité de la surdouée. La convergence semble approcher.