Au milieu d'une botte de penseurs
Par Berlol, mercredi 22 août 2007 à 23:57 :: General :: #738 :: rss
Petite
vie tranquille au milieu du paysage.Ici, sur la terrasse, comme marchant dans un sentier du maquis, nous me faisons penser aux tableaux de Poussin, leurs vastes espaces sauvages de verdure, de forêts, de montagnes, dans lesquels de minuscules personnages progressent à vitesse réduite dans une hypothétique direction.
Toujours dans le Nouvel Observateur du 16 au 22 août :
« Deux choses [...] me frappent.
La première, c'est que lorsque le créateur ou le chercheur a été un théoricien essentiellement, ses disciples sont restés homogènes et continuent son travail. C'est particulièrement frappant pour les élèves de Foucault. Au contraire quand le créateur a été avant tout un écrivain, même s'il a cherché à théoriser ce qu'il faisait, et c'est le cas de Barthes, les disciples se sont évaporés. Cela a donné selon les cas, soit une fidélité affectueuse mais condescendante, soit un retournement pur et simple, soit la révélation que, sortis de ce qu'ils répétaient, ils étaient idiots.
La seconde remarque que je ferai, c'est que certains journalistes créent maintenant la confusion en qualifiant de "philosophe" quiconque émet une idée générale ou une opinion quelconque. Moyennant quoi, à les lire, on voit des philosophes partout, à propos d'écrits qui ne sont en rien philosophiques. Dire cela n'est pas une insulte, c'est viser une remise en place. Par exemple on peut écrire sur un philosophe en racontant sa vie, comment il s'est trouvé mesuré aux événements et présenter ses idées : ce n'est pas un travail absurde, c'est faire de l'Histoire de la pensée, mais ce n'est pas faire de la philosophie.» (François Wahl, "Les Voyages de la pensée" in Les Débats de l'Obs, p. 54)
J'ajouterai même que la confusion entretenue vise avant tout à discréditer globalement la philosophie, de même que la littérature et d'autres arts, par la même méthode des faux créateurs qui occupent médiatiquement le terrain. Le but ultime étant de pouvoir faire disparaître ces disciplines dangereuses derrière des rideaux de simulacres. Et après, allez chercher une épingle de philosophie au milieu d'une botte de penseurs de foin !
C'est d'ailleurs dans l'air du temps. Les propos sur le travail, pas la pensée de notre actuelle ministre de l'économie ont clairement montré la ligne générale du bonapartisme sarkozien.
Après la sieste, sentier
jusqu'à la plage avec Michel (une demi-heure). J'ai mis mes
chaussures bleues parce que celles que je croyais bonnes pour la marche
ne l'étaient pas tant que ça. On va devoir y
remédier. Baignade rapide — elle n'est
pas chaude et il y a des vagues qui nous mettent plein d'algues dans le
maillot.
Tout le monde s'accorde d'ailleurs sur le fait que ce temps couvert
n'est pas normal
pour la Corse en août...Marche à pied d'une heure jusqu'au prochain dépôt de pain (à Patrimonio). Le long de la route, pas très agréable avec des voitures qui poussent des pointes à 110-120.
On remonte, enfin tranquilles, par des chemins entre les vignobles, puis sur une route où passent très peu de voitures. On croise un coureur à pied qui nous double puis redescend et un bel âne dans un pré. Arrivée pile au coucher du soleil, pour mettre les pieds sous la table — une table chargée de courgettes farcies à la brousse...
Lecture de Barbery. Nous sommes d'accord sur le fait que c'est agréable, instructif et même parfois amusant. Nous sentons cependant qu'il y a plus une organisation textuelle autour de quelques préceptes à illustrer, des concepts philosophiques à mettre en scène qu'une véritable — et impérieuse pour l'auteur — création littéraire.
« On frappe doucement à la porte de la loge. C'est Manuela, à laquelle on vient de donner son congé pour la journée.
— Le Maître est mourant, me dit-elle sans que je puisse déterminer ce qu'elle mêle d'ironie à la reprise du lamento de Chabrot. Vous n'êtes pas occupée, nous prendrions du thé maintenant ?
Cette désinvolture dans la concordance des temps, cet usage du conditionnel à la forme interrogative sans inversion du verbe, cette liberté que Manuela prend avec la syntaxe parce qu'elle n'est qu'une pauvre Portugaise contrainte à la langue de l'exil, ont le même parfum de désuétude que les formules contrôlées de Chabrot.» (Muriel Barbery, L'Élégance du hérisson, p. 90)
Commentaires
1. Le vendredi 24 août 2007 à 11:40, par christine :
j'ai toujours été un peu (voire beaucoup) sceptique quant à l'impériositude (impériosité ne s'emploie je crois que concernant l'incontinence urinaire) de la création littéraire
quant à la météo sur la France cet été (pas de raison que la Corse fasse exception), elle n'est pas normale et elle est même clairement pourrie : après un magnifique mois d'avril, j'ai le sentiment que depuis le 6 mai il pleut
mais les nuages font de très beaux couchers de soleil (consolation classique en Bretagne, moins en Corse)
2. Le vendredi 24 août 2007 à 12:43, par Berlol :
Certes, il est vrai qu'être sous l'empire de l'écriture ne signifie pas qu'elle sera bonne. Je te l'accorde.
Pour le temps, c'était aussi un peu comme ça à Tokyo, cette année.
Ajouter un commentaire