La communication de Scott Carpenter sur les fantômes est d'une grande puissance intellectuelle, alliée à une judicieuse et envoutante scénographie. Tandis qu'il évoque les vampires dans l'œuvre de Mérimée, il sort un pichet de sous lui et se verse d'un liquide rouge dont il ne boira qu'au moment opportun de son exposé. C'est la repartie, dit-il, à mon déballage, mardi, d'un carton de bière et d'un paquet de pâtes de marque Colomba. Certains diront, lors de la discussion, que, pensant à du jus de tomate, ils ne pouvaient tout de même s'empêcher d'y voir du sang... Restant d'un grand sérieux, Scott démontre les relations spéculaires entre vampires et fantômes dans les intrigues et vampirisme de l'écriture elle-même, puisant à son milieu, sa biographie, la littérature, le lecteur — alliances du sang et de l'encre, le rouge et le noir...
On dira que c'était trop court, on lui demandera de reboire du sang pour la photo, on ira en pause hilares.
Antonia Fonyi fait ensuite une synthèse d'une petite heure en retraçant les lignes de force du colloque, les thématiques nouvelles pour les études mériméennes. S'il est bon que Mérimée ait eu son Cerisy, il ne faut pas que cette belle entente de chercheurs s'arrête là et je relance, comme un ballon dans la mêlée, l'idée d'établir et d'exploiter ensemble un vrai corpus numérique complet. C'est aussi le moyen de ne pas finir, de ne pas vraiment se quitter. Et tout de suite questions et propositions fusent (comment numériser, dans quel ordre de priorité, avec quelle technologie, etc.). En moins de dix minutes, un comité de pilotage est nommé, qui sera mis en marche dans les prochaines semaines. On peut déjeuner et partir.

Le café servi sur la terrasse sera le moment des adieux. Mots laissés sur le livre d'or, poignées de mains, embrassades, promesses de prompte revoyure, échanges de numéros de téléphone, descente et traînage de sacs ou de valises sur le gravier jusqu'au car pour la gare ou jusqu'aux voitures individuelles, c'est la grande scène qui se (re)joue et rares sont ceux qui y sont indifférents. Mais personne n'en pleure non plus et comme le soleil s'est levé, ce sont de radieux adieux.

À 14 heures, T. et moi mettons le cap de notre 407 sur la Bretagne : Villedieu-les-Poëles, Rennes, Vannes, Auray (bref arrêt à une coopérative de produits bretons où je trouve un pull), et hop ! 18 heures, voilà Carnac, où je retrouve sans trop de difficultés (sinon qu'il y a des travaux juste devant) la maison de nos hôtes, où je ne suis venu que deux fois, il y a dix-huit et treize ans.
Illico à la plage avec T. et Henri, l'eau est froide mais l'on s'y baigne. Après, on ne sent plus rien, comme anesthésiés, séchant dans le soleil couchant.

« Ne jouerons-nous jamais
Ne serait-ce qu'une heure,
Rien que quelques minutes,
Océan solennel,

Sans que tu aies cet air
De t'occuper ailleurs ? » (Eugène Guillevic, Carnac, Gallimard, 1961, p. 13)