« Il s'est passé quelque chose à Carnac,
Il y a longtemps.

Quelque chose qui compte
Et tu dis, lumière,

Qu'il y a lieu
D'en être fier.»
(Eugène Guillevic , Carnac, Gallimard, 1961, p. 13)

T. souhaitant renouveler son stock de maillots rayés, Henri et moi l'accompagnons au marché, juste à côté de la maison. Découvrons d'autres marques qu'Armor Lux ou Saint James. Mais c'est un peu la fin de saison et les marchands n'ont plus le coloris ou la taille, ou la coupe. Nous passons aux boutiques du bourg, autour de l'église du saint des bêtes à cornes où c'est d'ailleurs l'heure de la messe. T. trouve chez Leminor le maillot marin de ses rêves, et un beau pull bleu clair en sus.
En voiture chez un ostriculteur du Pô pour quelques douzaines d'huîtres et un tourteau, ça nous assurera le dîner.

Faisons à quatre et en voiture, pour une vue d'ensemble, le tour des sites d'alignements de pierres levées (menhirs). D'ailleurs, il fait très chaud autour de la Maison des mégalithes et l'on n'a guère envie de se lancer dans une randonnée pédestre. C'est surtout la notion d'alignement qui domine et fait mystère, en effet. Au tumulus Kercadio, entre Carnac et La Trinité, il faut se baisser pour pouvoir entrer. On se trouve alors dans une salle, sous d'énormes dalles, avec le poids d'au moins sept mille ans de motivation au-dessus de la tête. Puis dans le dédale des bras de la rivière de La Trinité jusqu'au lieu dit Le Lac (et / ou Le Latz), connu pour une digue munie de vannes par lesquelles passait, selon la marée, l'eau qui actionnait la roue d'un moulin, maintenant transformé en maison particulière, l'axe de la roue pourrissant maintenant sous quelques centimètres d'eau verdâtre.
Enfin Saint-Cado, sa chapelle, son pont construit par le diable floué (Saint Cado voulait un pont, le diable lui proposa son aide contre la première âme qui passerait dessus, le saint accepta et, quand le pont fut achevé, y jeta un chat qui en fut le premier piéton...). Repérons d'étranges ectoplasmes noirs et gluants au bord de l'eau. Renseignements pris auprès d'autochtones, ce sont des limaces de mer, signes de beau temps...

Ce soir encore, je suis trop fatigué pour me connecter ou écrire mon journal. On peut dire que ce sont les activités et l'air marin, mais depuis quelques mois, se dessine progressivement un autre mode de vie, autour de trois nouvelles constantes. Plus d'herpès ni presque d'acnée d'une part, plus de maux de tête lors d'une consommation raisonnable d'alcool d'autre part, plus de soirées prolongées jusqu'à une ou deux heures du matin. Ça n'a l'air de rien, chaque chose prise séparément mais toutes ensemble, ça me fait une nouvelle tête.
Je ne suis plus le même homme. Cela suffit-il à expliquer mon piètre appétit pour cette rentrée littéraire ?