Moi, je n'aurais même pas consacré deux lignes à Roger-Pol Droit...

Surtout pas ces jours-ci — à peine le temps d'écouter un bout d'émission radio qu'il faut se préparer pour les rendez-vous du jour, sachant qu'il ne nous reste plus qu'aujourd'hui et demain. J'en profite pour présenter mes excuses aux amis et connaissances que je n'appelle pas ou auxquels je ne parviens pas à fixer rendez-vous. Il n'y en a pas des centaines, non plus, mais dès que les rendez-vous s'accumulent, j'ai l'impression de marchandiser et de consommer l'Autre, sans respect de sa spécificité ni sas de considération de notre relation. Alors ce sera pour une prochaine fois, on va s'écrire, se dire que c'était dommage, je ferai valoir que nous n'avions, T. et moi, que trop peu de temps à Paris, cette fois. D'ailleurs nous ne sommes allés ni au cinéma ni à aucune exposition ni rien...

Quelques affaires qui peuvent rester en France dans un sac et nous partons à Choisy-le-Roi pour déjeuner en famille. C'est maintenant comme si ma sœur cadette nous recevait chez elle. Elle refait l'appartement familial et notre mère, plus souvent à la campagne qu'en région parisienne, ne retrouve plus ses plats. Jeu de générations, qui chez nous se passe plutôt bien. La première sœur est maintenant à Lyon, moi au Japon. Il devient de plus en plus difficile de se voir tous ensemble. Mais c'est normal. En revanche, je suis plus inquiet pour notre grand-mère qui a perdu son chien il y a deux ans. Elle s'ennuie. Elle en voudrait un autre. On le lui refuse jusqu'à maintenant au prétexte qu'après sa mort (celle de ma grand-mère), on se retrouverait avec le chien sur les bras. Je proteste mais suis à l'évidence mal placé puisque ce n'est de toute façon pas moi qui m'en occuperai...

Brèves courses rue Mouffetard. Puis Pyramides (et re rive droite, que de folies !), rue des Petits-Champs, chez Kioko, Alimentation japonaise, où Titine et sa fille J. nous rejoignent. T. conseille et prépare en même temps pour le dernier dîner, qui sera japonais. Au restaurant Taishoken, puisque nous passons devant, T. signale un passage de L'Élégance du hérisson, quand M. Ozu invite sa concierge à manger une soupe de nouille et des gyozas. J'ajoute qu'une affiche du film Tampopo serait aussi du meilleur effet...
Marche tranquille jusqu'au Louvre, traversée du Pont des Arts, envahi d'avachis buveurs bien sapés. Des qui-s'y-croivent, comme on disait... Même pas des qui-se-la-pètent, ce n'est pas le lieu, mais qui croient du dernier chic mondial de squatter la passerelle dans le couchant en picolant une bouteille de vin rouge. Sans doute des Américains, dira Alain.

Car c'est bien à la rencontre improbable et merveilleuse de T. et d'Alain Sevestre que je participe au Mazarin. Le JLR l'avait eu comme lecteur, commentateur virtuel qui franchit ensuite la barrière du réel en m'envoyant un livre, qui me plut et m'incita à en lire d'autres, citer et commenter, jusqu'à se voir, un jour, près de l'Odéon, timidement.
Mais ce qu'on attend de la littérature n'a rien à voir avec la réalité des personnes qui écrivent. Et plus l'on est exigeant avec le style, moins on est capable d'apprécier que l'auteur soit n'importe qui, un(e) beauf, un dragueur, un vieux beau, un suffisant, ou leur version au féminin, un(e) hystérique, etc. Et si la personne déçoit, sa littérature déchoit — en tout cas, pour moi, c'est comme ça que ça se passe. Et la réciproque, ce que c'est pour lui de me rencontrer, ce n'est pas à moi d'en parler.
Mais rencontrer T., c'est aussi rencontrer un personnage du JLR et traverser l'illusion d'un miroir textuel.
Au vin, nous avons brisé la glace avant de dîner, beaucoup parlé de littérature, un peu de blog, puis beaucoup de Japon, notamment de la difficulté de cerner par l'exemple le champ lexical du kawai — beau, brillant, mignon, mou, kitsch, rose, plastique, voire attendrissant à contre-emploi, comme on peut parfois dire d'un sumo ou d'un vieillard.

« Sur la piste de ce que je viens faire ici, sur ou dans votre blog, aujourd'hui, dimanche, après avoir voté comme vous (non mais !) arrivèrent quelques raisons douteuses, évidemment. Ne nourrissant nul journal de mon côté, je me disais depuis plusieurs jours allons écrire ce que je fais ou ne fais pas ici, c'est un bon endroit, digne, chaleureux, plein d'intelligence partagée. Chaque jour, je serais venu parasiter ces pages, comme un sous-blog qui, avec les semaines (je m'en exagérais tout de suite l'impact), aurait épaissi, gangréné l'ensemble. Bon, je ne sais pas.
Le temps me manquerait. Je vais continuer de lire et de vérifier vos scores au ping-pong, pour le moment.
Bon dimanche » (commentaire signé « Alain », le 29 mai 2005)