Le fascisme progresse.
Ne le voyez-vous pas venir, citoyens français ?
À pas de loup mais... précisément.
Le pouvoir en place parle d'e-ffi-ca-ci-té.
Le Parlement, les savants ne pensent que
Science, caméras, traces...
Et quotas. Et délais. Ça les connaît.
Oui, la génétique est efficace, nous le savons !
Mais...
L'efficacité a toujours été le pied de biche avec lequel les fascistes ont fracturé la dignité humaine.
Alors...
Qui inventera le compteur d'indignité ?
L'appareil qui grésillera sur l'humain baffoué
Comme un compteur Geiger
Comme de la peau qu'on incinère ?
Pour faire sentir l'indignité.
Et...
Quand les parlementaires, ceints de toute leur efficace, vous diront...
— Bientôt —
Qu'il est plus sûr d'éliminer les clandestins que de les renvoyer chez eux.
Que direz-vous, citoyens français ?
Ou bien, c'est que vous l'avez déjà, la maladie de A.
Le trou béant dans votre histoire.

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Photos pour le colloque Mérimée. Comment faire la mise en ligne — il y en a près de 150 — sans y passer des dizaines d'heures ? J'essaie une page html classique, avec un grand tableau à plein de cases. Mais le chargement des photos d'environ 2,2 Mo chacune prendrait des heures... J'en reviens à la galerie photo que propose mon fournisseur, en php, mais qui n'accepte pas de photos de plus de 2048 Kb. Il faut donc les réduire une par une ? Ah, voilà un logiciel qui automatise l'opération pour une sélection de photos. Bon, on approche. Restera à télécharger sur le serveur, trois par trois, je n'ai pas le choix, et mettre des descriptifs. On verra demain si je peux finir...

Projection de presse à l'Institut : Ne touchez pas la hache (Jacques Rivette, 2007), que j'écrivais, encore plus proche de moi, touche pas la hache.... Plongée merveilleuse dans le XIXe siècle. Je ne croyais guère à la reconstitution historique, à l'adaptation d'un énième Balzac, ni à Guillaume Depardieu. En moins d'un quart d'heure, j'ai été aspiré en 1818, scotché par ce choc d'un survivant de l'Empire contre les manières Restauration, autre avatar du survivant qui n'a plus sa place, comme l'était le colonel Chabert. La puissance de la reconstitution provient de la façon dont les comédiens habitent le décor autant que leur rôle. Les cartons, les dialogues, les lumières, toute la mise en scène renforce l'incarnation.

Sortant de la salle mais pas encore du film, j'aperçois, dans la médiathèque, Christine — qui n'est pas sans faire penser à Jeanne Balibar... Nouvelles bonnes et nombreuses. Sur une future naissance. Sur l'exposition Antonin Raymond qu'elle préparait depuis plusieurs années et qui a commencée à Kamakura.

La Gloire de mon père, sur TV5 Monde. La première fois que T. et moi regardons un film en direct sur TV5 par l'écran de l'ordinateur... Film agréable, amusant, mais sans plus. On alors, c'est qu'on est fatigué.

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« Ce fut, dit-il, l'un des plus grands chagrins de sa vie. Honoré de Balzac était tombé amoureux de la marquise de Castries, qui recevait amis et hommes de lettres dans son hôtel du faubourg Saint-Germain. Abusé par les faveurs que lui accordait cette allumeuse, Balzac se vit un jour brutalement opposer "une froideur inouïe", et en fut mortifié. Consolé dans les bras de Mme Hanska, il dépeignit sa "cruelle aventure" dans une nouvelle, Ne touchez pas à la hache, qui se transforma en un récit, La Duchesse de Langeais. Et qui fut déjà adapté au cinéma en 1941, par Jacques de Baroncelli, avec Edwige Feuillère et Pierre Richard-Willm. Décidé à "transposer en termes cinématographiques l'écriture de Balzac : longues phrases coupées par des incidentes, changements de vitesse surprenants, façon de dire presque en passant les choses les importantes", Jacques Rivette filme ici, fidèle donc à l'esprit mais aussi à la lettre, l'histoire de ce drame passionnel en quatre actes.
1. Mariée à un duc invisible, Antoinette de Langeais attire le général de Montriveau dans ses filets de sainte-nitouche, attise son désir par des regards expressifs, câlineries de voix, gestes de coquette, tout en prétextant la bienséance mondaine pour se refuser à lui. 2. Rendu fou par ses dérobades, Montriveau kidnappe la duchesse au sortir d'un bal, la séquestre et menace de la marquer au fer rouge pour la punir, puis la libère sans passer à l'acte. 3. Emue d'être épargnée, la duchesse s'avoue éprise et prête à se déshonorer, mais c'est l'officier qui la snobe, persuadé qu'elle continue à l'ensorceler, pour ne rien lui céder. 4. Après s'être heurtée à la porte close de son virtuel amant, Antoinette de Langeais se cloître dans un carmel d'où Montriveau, repentant, va tenter de l'arracher...
Entre Rivette et Balzac, c'est une vieille histoire. Le goût des sociétés secrètes et des ténébreuses affaires, chez le cinéaste, que l'on trouve dès son premier film, Paris nous appartient (1960), que l'on repère ensuite dans Out One (1971), Le Pont du Nord (1982), Secret défense (1998), explique sa fascination pour l'Histoire des Treize tissée par le romancier, dont La Duchesse de Langeais est l'un des trois volets. Après ces sous-entendus de connivence avec les conspirations visant à abattre le pouvoir, celle par laquelle les insurgés napoléoniens de La Comédie humaine menacent l'aristocratie de la Restauration, celle des gauchistes de Mai 68 dans Out One, Jacques Rivette aura adapté Le Chef-d'oeuvre inconnu, où le peintre Frenhofer dénude son modèle, dans La Belle Noiseuse (1991).
L'ALCHIMIE DES PLANCHES
Ce constat machiavélique d'une déclaration qui, par deux fois (l'une venant d'elle, l'autre de lui) arrive trop tard, nous ramène à la manière dont Jacques Rivette a souvent dépeint le couple : un homme et une femme se livrant à un jeu dangereux, une guerre fatale, entre fausses vérités et faux mensonges, dont ils sont à tour de rôle la victime et le démiurge, et qui, lorsque l'énigme livre sa clé, se termine par la mort de l'héroïne, condamnée à ne plus être qu'un fantôme, ou ici "un poème". A la fois innocente et perverse, magicienne et prisonnière, manipulatrice et sadisée, "victime et tyran", comme l'écrit Balzac dans un autre récit, La Femme de trente ans, les héroïnes de Rivette (chastes, libertines, métamorphosées ou emprisonnées, comme Suzanne Simonin, la religieuse de Denis Diderot, en 1966) sont condamnées, quoi qu'elles fassent, à "une égale somme de malheurs".
Connaissant le goût du cinéaste pour l'alchimie des planches, l'exploration du rapport entre comédiennes et metteur en scène, on ne s'étonnera pas de le voir choisir un texte fertile en coups de théâtre : l'horloge déréglée provoquant le rendez-vous raté, le rideau noir du couvent se refermant brutalement sur la religieuse entrevue. Autant d'objets qui illustrent une censure à la sauvagerie de la pulsion (qu'il s'agisse de la fougue du soudard comme de l'élan de la femme mal mariée, prise à son propre piège, torturée par un sentiment jusqu'alors inconnu pour elle), et auxquels il faut ajouter cette hache à double sens.
L'IMBROGLIO OBSCUR
Via l'allusion à la décapitation du roi d'Angleterre Charles Ier en 1649, cet instrument barbare souligne en effet l'allégorie politique qui permet à Balzac de fustiger des valeurs désuètes et à Rivette de rejeter un ordre trop pesant. Mais il fait aussi allusion à la torture infligée par Antoinette de Langeais à son soupirant, auquel elle a fait perdre la tête : "Vous avez touché à la hache", chuchote Montriveau, en suggérant qu'elle risque fort de subir à son tour un châtiment corporel.
Ne touchez pas la hache est un film brûlant sur l'amour douloureux, la passion qui aliène. La mise en scène de Jacques Rivette est le plaisir de filmer des corps, celui de l'homme blessé ou celui de la femme captive, des enveloppes charnelles dévoilant l'invisible, l'art du masque et le révélateur de vérité, la façon dont le personnage s'arrange avec son propre scénario, son propre mystère ; et la façon dont l'acteur trouve le ton juste, loin des emphases, décors et costumes hollywoodiens, pour suggérer l'imbroglio obscur, la coïncidence entre ce qu'il est censé interpréter et ce qui lui appartient. La fragilité maquillée en provocations vaniteuses chez Jeanne Balibar, le douloureux vécu d'un obsessionnel empoté, claudiquant, chez Guillaume Depardieu.» (Jean-Luc Douin, dans Le Monde du 28 mars 2007)