Je suis à la tête d'un État qui...
Par Berlol, samedi 22 septembre 2007 à 23:28 :: General :: #770 :: rss
« Je
suis à la
tête d'un État qui [...] Je suis à la
tête
d'un État qui [...] »
— François
Fillon en Corse l'a répété hier au
moins trois
fois. Les journalistes se sont intéressés
à
l'expression « en
faillite »
qui suivait l'une de ces anaphores. Mais Fillon n'est pas à
la
tête de l'État ! Que celui qui est chef
d'un gouvernement, nommé par le Chef de
l'État, se prenne pour le chef de l'État
lui-même. C'est un lapsus étrange
— calificatif, même.
Ça ronronnait un peu, là, les premières émissions de Ce soir ou Jamais. Agréables, mais du convenu, finalement. Tout s'émousse, me disais-je hier... Mais la troisième ! (Celle du 19 septembre) Ah, superbe ! À voir toutes affaires cessantes ! Pourtant, ça commence mal, un extrait ridicule de François Hollande à La Rochelle pour entamer sur l'histoire révolutionnaire, puis un entretien lèchebottesque avec Christine Albanel (où est-ce que je pourrai faire ma com ?, avait-elle dû se dire quelques jours auparavant, bah tiens, chez Taddeï, service public oblige...). Et dans le débat qui suit, le piège, sans doute involontaire, qui consiste à demander à des politiques d'aujourd'hui ce qu'ils pensent du Che Guevara (comme Clémentine Autain et Xavier Renou). Oui, bon, le Che, une icône, une idée de révolte, un logo, presque une marque de fabrique, quoi ! Et puis la réalité de ce que fut le petit boucher, rétablie par Jacobo Machover (dommage que Patrick Deville ne soit pas là). Le débat est intéressant une bonne demi-heure mais finit par s'enliser quand les pro-altermondialisme ne veulent pas accepter la critique des égarements révolutionnaires (sous prétexte que quand on lutte contre de grands méchants oppresseurs il peut bien y avoir quelques bavures, et même quelques amis collatéralement torturés et fusillés). Et puis ils reconnaissent du bout des lèvres, ici et maintenant. Bien sûr, on leur fait remarquer qu'on ne les a pas entendu dire cela ailleurs, dans leurs tribunes habituelles. Alors l'erreur majeure, Xavier Renou tente une échappée, suivi par Clémentine Autain : invoquer un changement de génération. Les deux vieux, là (Jacobo Machover et Philippe Raynaud, donc), qui nous parlez de luttes anciennes, vous retardez, vous êtes complètement has been, laissez tomber vos vieilleries et regardez nos belles luttes d'aujourd'hui (et qui peuvent l'être, en effet, là n'est pas la question).
Et par là-dessus la douche froide de Camille de Toledo, tel une Marguerite Duras, douce et lente, qui mettrait les pieds dans le plat de ron-ron contestataire bien médiatique, et qui dit, en prime gratuite, tout le bien qu'il pense de L'Édition sans éditeur d'André Schiffrin et tout le mal qu'il pense, pendant qu'on y est, de la ministre de la Culture (dont les apéritives platitudes m'avaient énervé)... Oh, oui, il faut voir et écouter cela ! C'est ça, la rentrée !
Plus tard, à l'Institut franco-japonais, dans une salle assez remplie pour voir Love Streams (Cassavetes, 1984), cette chaleureuse coulée d'êtres malformés pour le bonheur, qui se débattent dans des conditions de luxe mais irrémédiablement tordues par le manque d'amour, qui usent et abusent de libertés dont ils ne voient pas le prix dans une Amérique aveugle. Cassavetes se permet tout : ne pas présenter ses personnages, ne pas motiver son montage, une hilarante ellipse de voyage en Europe, des tas de plans fixes pour du temps qui passe, des scènes oniriques réalistes et même une fièvre acheteuse d'animaux juste avant la tempête. Et tout lui réussit car même quand on ne voudrait vivre comme ça pour rien au monde, on finit par comprendre et aimer ces errants qui nous ressemblent tant.
T. est allée au sport, revenue mais pas à la maison, m'appelle pour la rejoindre prendre un dessert au Cozy Corner d'Iidabashi avec notre ami culturiste. J'emporte l'ordinateur portable pour leur faire tourner un diaporama Corse, Normandie et Bretagne que T. commente pendant que je m'enfile un parfait banane chocolat. Ce qui nous retardera le dîner. Peu importe.
« Toute la journée je suis enfermé avec des gens complètement idiots qui ne comprennent rien à ce que j'essaye de leur dire toute la journée à me démener pour sortir de là toute la journée entouré d'incultes qui me demandent de participer je suis plus à l'école dites le nom d'une fleur je suis plus un enfant et aussi le nom d'un fromage et aussi le nom d'un monument camembert c'est pas le nom d'un monument et d'une couleur camembert c'est pas le nom d'une couleur rouge c'est bien et le nom d'une pâtisserie train ce n'est pas le nom d'une pâtisserie train faites encore un effort vous allez trouver paris-brest oui c'est ça j'aime pas quand ils me félicitent et le nom d'un pays je me souviens pas travailleurs de tous les pays pas tous un citez-en un camembert non je les emmerde moi camembert j'ai pas envie de répondre à leurs questions j'ai pas envie d'être encouragé j'aime pas l'école je les emmerde camembert camembert camembert et j'encule la psychologue de service je l'encule et je l'emmerde et quand je le lui dis elle répond juste que je suis pas gentil et elle continue de sourire pauvre folle » (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 91)
Ça ronronnait un peu, là, les premières émissions de Ce soir ou Jamais. Agréables, mais du convenu, finalement. Tout s'émousse, me disais-je hier... Mais la troisième ! (Celle du 19 septembre) Ah, superbe ! À voir toutes affaires cessantes ! Pourtant, ça commence mal, un extrait ridicule de François Hollande à La Rochelle pour entamer sur l'histoire révolutionnaire, puis un entretien lèchebottesque avec Christine Albanel (où est-ce que je pourrai faire ma com ?, avait-elle dû se dire quelques jours auparavant, bah tiens, chez Taddeï, service public oblige...). Et dans le débat qui suit, le piège, sans doute involontaire, qui consiste à demander à des politiques d'aujourd'hui ce qu'ils pensent du Che Guevara (comme Clémentine Autain et Xavier Renou). Oui, bon, le Che, une icône, une idée de révolte, un logo, presque une marque de fabrique, quoi ! Et puis la réalité de ce que fut le petit boucher, rétablie par Jacobo Machover (dommage que Patrick Deville ne soit pas là). Le débat est intéressant une bonne demi-heure mais finit par s'enliser quand les pro-altermondialisme ne veulent pas accepter la critique des égarements révolutionnaires (sous prétexte que quand on lutte contre de grands méchants oppresseurs il peut bien y avoir quelques bavures, et même quelques amis collatéralement torturés et fusillés). Et puis ils reconnaissent du bout des lèvres, ici et maintenant. Bien sûr, on leur fait remarquer qu'on ne les a pas entendu dire cela ailleurs, dans leurs tribunes habituelles. Alors l'erreur majeure, Xavier Renou tente une échappée, suivi par Clémentine Autain : invoquer un changement de génération. Les deux vieux, là (Jacobo Machover et Philippe Raynaud, donc), qui nous parlez de luttes anciennes, vous retardez, vous êtes complètement has been, laissez tomber vos vieilleries et regardez nos belles luttes d'aujourd'hui (et qui peuvent l'être, en effet, là n'est pas la question).
Et par là-dessus la douche froide de Camille de Toledo, tel une Marguerite Duras, douce et lente, qui mettrait les pieds dans le plat de ron-ron contestataire bien médiatique, et qui dit, en prime gratuite, tout le bien qu'il pense de L'Édition sans éditeur d'André Schiffrin et tout le mal qu'il pense, pendant qu'on y est, de la ministre de la Culture (dont les apéritives platitudes m'avaient énervé)... Oh, oui, il faut voir et écouter cela ! C'est ça, la rentrée !
Plus tard, à l'Institut franco-japonais, dans une salle assez remplie pour voir Love Streams (Cassavetes, 1984), cette chaleureuse coulée d'êtres malformés pour le bonheur, qui se débattent dans des conditions de luxe mais irrémédiablement tordues par le manque d'amour, qui usent et abusent de libertés dont ils ne voient pas le prix dans une Amérique aveugle. Cassavetes se permet tout : ne pas présenter ses personnages, ne pas motiver son montage, une hilarante ellipse de voyage en Europe, des tas de plans fixes pour du temps qui passe, des scènes oniriques réalistes et même une fièvre acheteuse d'animaux juste avant la tempête. Et tout lui réussit car même quand on ne voudrait vivre comme ça pour rien au monde, on finit par comprendre et aimer ces errants qui nous ressemblent tant.
T. est allée au sport, revenue mais pas à la maison, m'appelle pour la rejoindre prendre un dessert au Cozy Corner d'Iidabashi avec notre ami culturiste. J'emporte l'ordinateur portable pour leur faire tourner un diaporama Corse, Normandie et Bretagne que T. commente pendant que je m'enfile un parfait banane chocolat. Ce qui nous retardera le dîner. Peu importe.
« Toute la journée je suis enfermé avec des gens complètement idiots qui ne comprennent rien à ce que j'essaye de leur dire toute la journée à me démener pour sortir de là toute la journée entouré d'incultes qui me demandent de participer je suis plus à l'école dites le nom d'une fleur je suis plus un enfant et aussi le nom d'un fromage et aussi le nom d'un monument camembert c'est pas le nom d'un monument et d'une couleur camembert c'est pas le nom d'une couleur rouge c'est bien et le nom d'une pâtisserie train ce n'est pas le nom d'une pâtisserie train faites encore un effort vous allez trouver paris-brest oui c'est ça j'aime pas quand ils me félicitent et le nom d'un pays je me souviens pas travailleurs de tous les pays pas tous un citez-en un camembert non je les emmerde moi camembert j'ai pas envie de répondre à leurs questions j'ai pas envie d'être encouragé j'aime pas l'école je les emmerde camembert camembert camembert et j'encule la psychologue de service je l'encule et je l'emmerde et quand je le lui dis elle répond juste que je suis pas gentil et elle continue de sourire pauvre folle » (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 91)
Commentaires
1. Le samedi 22 septembre 2007 à 10:39, par brigetoun :
beau compte-rendu de l'émission, et mon énervement (pas à cause de moi, jeune ou vieille je n'ai pas pensé ni eu de formation politique) devant l'éternel allibi du changement de générations, (sur d'autres sujets, les éternelles générations sacrifiées), et l'incapacité à ouvrir les yeux sur les icones
2. Le lundi 24 septembre 2007 à 14:30, par pdf :
ai regardé l'émission de Taddei sur podcast uniquement pour Camille de T. qui fait deux interventions sans parler de son livre jamais mais ose être à l'antenne (terrorisante) le déclassé qu'il écrit vouloir être dans ses livres troublants. "Fatiguant", ici l'épithète retrouve sans doute en sa bouche une vraie splendeur, celle des débats télé de notre jeunesse, des "droits de réponse" - perdus.
3. Le mardi 25 septembre 2007 à 02:24, par MV :
Eh bien merci d'avoir indiqué l'émission de F. Taddéi. Je n'ai pas la télé, mais l'ai vue sur Internet. On ne peut ni ajouter ni retrancher quoi que ce soit à ce que dit, non sans panache, Camille de Toledo. Il redonne au passage une belle actualité au mot "sédition", et sa saillie sur les deux Guy Mocquet / Mollet est tout à fait pertinente.
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