Mondialisée, elle aussi, la pitance
Par Berlol, lundi 24 septembre 2007 à 23:59 :: General :: #772 :: rss
Me suis translaté de 350 km vers l'ouest.
Lisant Anna Moï, il y a quelques temps, j'avais appris l'importance cruciale de la mise en branle des moines dans les rues d'un pays bouddhiste. Aussi, dès qu'il a été question des défilés de Birmanie, j'ai pensé à une amplification possible, qui finirait par mettre le régime en danger. La réaction politique peut être un massacre, tout le monde le sait. Mais les massacres sont de plus en plus difficiles à cacher, et les amis politiques du régime birman sont peu nombreux.
Si vous doutiez encore de la nullité de Philippe Douste-Blazy, de Xavier Bertrand ou de François Fillon, l'état catastrophique de l'assurance-maladie — qui devait revenir à l'équilibre cette année selon leurs réformes — pourra vous aider à ouvrir les yeux sur la triste réalité de ces individus (deux des trois ont d'ailleurs amélioré leur position personnelle). Ceci pour faire suite à mes propos d'hier sur les paroles de Valérie Pécresse (car ce n'est pas de gaité de cœur que je parle de ces gens-là tous les jours).
Ça y est ! Le limaçon qui tentait de diriger le Japon depuis un an est remplacé. Yasuo Fukuda, de vingt ans son aîné, ne paraît pas non plus être un foudre de guerre — ce qui ne sera pas plus mal pour les relations avec la Chine (fortement détériorées par les visites à Yasukuni de Koizumi).
Quant à Shinzo Abe, il est à l'hôpital depuis une dizaine de jours, officiellement pour stress.
Il y a des jours comme ça, où l'actualité politique m'interpelle (quelque part, au niveau du vécu). Les médias nous donnent ça comme pitance. Mondialisée, elle aussi, la pitance. Ça nous évite de penser au temps qui passe. Et à la mort qui vient. Moi, j'aime d'autant mieux être distrait de ces pensées-là que de toute façon y penser ne permet pas de comprendre la mort, et encore moins de la conjurer. Raison pour laquelle je n'apprécie guère les écrivains, penseurs, artistes qui se focalisent là-dessus.
Je pourrais avoir de plus nobles distractions, alors.
À moins que la fréquentation d'Antoine Volodine (ci-dessus, chronique France Info du 22) ne finisse par me faire douter de la réalité d'une fin dans la mort... Ou que la maladie de A. ne m'évite de me souvenir de qui j'étais et qu'il faut mourir. Deux superbes façons de se défiler, non ? Mais à tout prendre, je préfère la première solution ; je ne voudrais pas laisser T. — merci, Olivia, de m'ouvrir les yeux.
« Il ne m'aime plus, quand j'arrive il ne se tourne plus vers moi, je m'approche il ne me regarde pas, je l'embrasse il ne réagit pas, je lui prends la main il proteste et la retire, je ne sais pas si je dois le laisser là ou le forcer à me suivre, il ne m'aime plus, je ne suis plus rien pour lui, il m'oublie, il m'efface de sa mémoire, c'est la maladie, je sais, mais ce n'est pas seulement ça, je me demande si on peut effacer par choix, si on peut profiter de la maladie pour se faciliter la vie, se libérer d'un poids, tout recommencer, dans un grand dénuement certes, avec des moyens restreints, mais tout recommencer quand même, avoir une vie légère, une vie nouvelle, une vie sans contrainte, une vie sans lien, une vie sans obligation, une vie sans histoire, pas une vie comme la mienne.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 122)
Lisant Anna Moï, il y a quelques temps, j'avais appris l'importance cruciale de la mise en branle des moines dans les rues d'un pays bouddhiste. Aussi, dès qu'il a été question des défilés de Birmanie, j'ai pensé à une amplification possible, qui finirait par mettre le régime en danger. La réaction politique peut être un massacre, tout le monde le sait. Mais les massacres sont de plus en plus difficiles à cacher, et les amis politiques du régime birman sont peu nombreux.
Si vous doutiez encore de la nullité de Philippe Douste-Blazy, de Xavier Bertrand ou de François Fillon, l'état catastrophique de l'assurance-maladie — qui devait revenir à l'équilibre cette année selon leurs réformes — pourra vous aider à ouvrir les yeux sur la triste réalité de ces individus (deux des trois ont d'ailleurs amélioré leur position personnelle). Ceci pour faire suite à mes propos d'hier sur les paroles de Valérie Pécresse (car ce n'est pas de gaité de cœur que je parle de ces gens-là tous les jours).
Ça y est ! Le limaçon qui tentait de diriger le Japon depuis un an est remplacé. Yasuo Fukuda, de vingt ans son aîné, ne paraît pas non plus être un foudre de guerre — ce qui ne sera pas plus mal pour les relations avec la Chine (fortement détériorées par les visites à Yasukuni de Koizumi).
Quant à Shinzo Abe, il est à l'hôpital depuis une dizaine de jours, officiellement pour stress.
Il y a des jours comme ça, où l'actualité politique m'interpelle (quelque part, au niveau du vécu). Les médias nous donnent ça comme pitance. Mondialisée, elle aussi, la pitance. Ça nous évite de penser au temps qui passe. Et à la mort qui vient. Moi, j'aime d'autant mieux être distrait de ces pensées-là que de toute façon y penser ne permet pas de comprendre la mort, et encore moins de la conjurer. Raison pour laquelle je n'apprécie guère les écrivains, penseurs, artistes qui se focalisent là-dessus.
Je pourrais avoir de plus nobles distractions, alors.
À moins que la fréquentation d'Antoine Volodine (ci-dessus, chronique France Info du 22) ne finisse par me faire douter de la réalité d'une fin dans la mort... Ou que la maladie de A. ne m'évite de me souvenir de qui j'étais et qu'il faut mourir. Deux superbes façons de se défiler, non ? Mais à tout prendre, je préfère la première solution ; je ne voudrais pas laisser T. — merci, Olivia, de m'ouvrir les yeux.
« Il ne m'aime plus, quand j'arrive il ne se tourne plus vers moi, je m'approche il ne me regarde pas, je l'embrasse il ne réagit pas, je lui prends la main il proteste et la retire, je ne sais pas si je dois le laisser là ou le forcer à me suivre, il ne m'aime plus, je ne suis plus rien pour lui, il m'oublie, il m'efface de sa mémoire, c'est la maladie, je sais, mais ce n'est pas seulement ça, je me demande si on peut effacer par choix, si on peut profiter de la maladie pour se faciliter la vie, se libérer d'un poids, tout recommencer, dans un grand dénuement certes, avec des moyens restreints, mais tout recommencer quand même, avoir une vie légère, une vie nouvelle, une vie sans contrainte, une vie sans lien, une vie sans obligation, une vie sans histoire, pas une vie comme la mienne.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 122)
Commentaires
1. Le lundi 24 septembre 2007 à 23:03, par Caroline :
André Gorz n'a pas laissé Dorine. Ils se sont donné la mort : www.liberation.fr/actuali...
2. Le lundi 24 septembre 2007 à 23:11, par Berlol :
Et merci, Caroline, de comprendre si bien.
3. Le mardi 25 septembre 2007 à 00:20, par brigetoun :
et quand l'amour survit ... un ami a voulu donner un coup de couteau à son fils parce que cet homme, dont il ne savait plus qui il était, était trop près de sa femme et que ne surnageait que ce lien.
4. Le mardi 25 septembre 2007 à 07:24, par vinteix :
Cher Berlol, si je repense à ta remarque, certes un peu hâtive sur les écrivains, penseurs ou artistes et la mort... et que je réfléchis à ceux que j'aime le plus... j'ai la vague impression que ces derniers sont presque tous obsédés par la mort et que, même s'ils ne "se focalisent pas là-dessus", elle représente pour eux une sorte de noyau central ou de moteur de leur pensée ou création... Je t'épargne une liste de noms infinie et "fastidieuse", mais d'Héraclite à Derrida en pensant par Hölderlin, Bataille, Celan, etc., peu me semblent avoir échappé à cette obsession... Hegel en a même fait l'impératif catégorique de la pensée...
Penser à la mort ou penser à la mort ne permet pas en effet de "comprendre" (en tout cas rationnellement) la mort... cela est certain. Mais cela permet de replacer notre courte vie dans sa dimension tragique (à ne pas confondre avec le pessimisme ni l'angoisse), sans arrière-monde, mais liée à ce "néant central", comme disait Mallarmé, qui reste bien l'aporie la plus fondamentale... Ce n'est pas non plus la tristesse... chez bien des écrivains, poètes ou artistes, l'obsession centrale de la mort est le ressort d'une jubilation, d'une joie même qui prend souvent les accents les plus délirants ou furieux. Notre vie me semble constitutivement tragique et le tragique n'est ni délectable ni acceptable ni joyeux, mais le joyeux est signe qu'il y a une connotation tragique - le "goût de la joie" n'est pas très "sérieux", voire dérisoire, s'il s'accompagne d'une dénégation, bien prétentieuse, du tragique, de la mort, du dérisoire...
et dans le fond, je vois quand même peu de penseurs ou d'écrivains qui n'ont pas eu cette obsession de la mort...tant elle est partout et nulle part...
Je me demande d'ailleurs si la perte de ce sentiment du "tragique", qui aiguise tellement celui de la joie (de vivre), à notre époque, que je déplore comme Stiegler, Rosset ou d'autres, n'est pas pour beaucoup dans le règne de la misère symbolique...
5. Le mardi 25 septembre 2007 à 07:36, par vinteix :
En un mot, et pour le redire tout simplement, tout bêtement presque, l'obsession de la mort me semble indissocibale de celle de la vie, parce que vie et mort sont elles-mêmes indissociables.
"Vivre est une mort, et la mort elle aussi une vie." Hölderlin, "En bleu adorable"
6. Le mardi 25 septembre 2007 à 07:52, par brigetoun :
il me semble qu'écrivain ou non, tout être conscient ne peut vivre vraiment qu'en pensant à la mort, au moins de façon sous jacente
7. Le mardi 25 septembre 2007 à 09:28, par Berlol :
Oui, je me suis mal exprimé; "Qui se focalisent là-dessus", qui en font étalage et leur fonds de commerce, avec le pathos, les orgues et tout. Sinon, je sais que c'est notre cœur aporétique.
Au fait, Vinteix, deux commentaires sont arrivés tout à l'heure sur une page d'il y a plusieurs mois, vantant le style de ton ouvrage chez L'Harmattan et renvoyant à une vidéo Dailymotion contre la corrida. Je les ai retirés. Ça n'a rien à faire ici (bien que je sois contre la corrida). Les deux signés de pseudos différents, dont un avec une adresse mail de ta fac. Je suppose que tu n'y es pour rien, mais es-tu seulement au courant ? Si tu veux en savoir plus, écris-moi en privé.
8. Le mercredi 26 septembre 2007 à 05:33, par vinteix :
- A propos de ta remarque sur la mort, si tu voulais stigmatiser le pathos, en effet, là, je te rejoins davantage...
- Petite parenthèse concernant "la Birmanie"... je ne sais pas pourquoi la France est un des rares pays à utiliser encore cette appelation (qui fait référence à la colonisation) et non "Myanmar" (qui, certes, est due à la junte militaire, mais renvoie à des origines mythologiques du pays)... En tout cas, la situation est très préoccupante (et m'inquiète d'autant plus que j'ai voyagé dans ce pays l'année dernière, et que les Birmans sont un des peuples les plus doux de l'Asie du sud-est...)
- Concernant les commentaires liés à la corrida... je vais t'écrire en privé...
9. Le mercredi 26 septembre 2007 à 08:17, par Dom :
Très bon article Names of Burma/Myanmar dans la Wikipedia anglaise. "Myanma is the written, literary name of the country, while Bama is the oral, colloquial name of the country ..... Although Bama may be a later transformation of the name Myanma, both names have been in use alongside each other for centuries."
Pas uniquement à voir avec la "colonisation", donc. Il s'agit de deux variantes du même mot et aucune ne semble beaucoup plus respectueuse du statut des minorités non birmanes que l'autre ("Although the military regime thinks that Myanma is more inclusive of minorities than Bama, it was shown above that historically this is not true, Myanma being only a more literary version of Bama. Quite the opposite of being more inclusive, opposition parties and human rights groups contend that the new English name "Myanmar" is actually disrespectful of the minorities of Burma/Myanmar. Minorities, many of whom do not speak Burmese, had become accustomed to the English name "Burma" over the years, and they perceive the new name "Myanmar" as a purely Burmese name reflecting the policy of domination of the ethnic Burman majority over the minorities."). L'opposition continue à utiliser la forme traditionnelle car elle ne reconnaît pas la junte, qui a modifié autoritairement le nom officiel international du pays en 1989 pour le rapprocher de la forme birmane, qui n'a jamais changé, toujours des variantes de la forme savante Myanma.
Sinon, quand un nom existe en français, je ne vois pas pourquoi on adopterait la forme locale dans la langue courante. On ne dit pas Magyarország pour la Hongrie, etc etc.
10. Le mercredi 26 septembre 2007 à 08:28, par Berlol :
Total accord avec Dom & Wik. Dans le même genre, on a eu les changements de nom des villes (Saint-Petersbourg, etc.) ou des noms de peuples selon les idéologies. Actuellement la Corse ou la Belgique, où l'on ne sait plus très bien où l'on habite. Bien sûr les francisations sont parfois étonnantes. Je me souvient qu'étant petit j'avais une grande carte de l'Europe (jusqu'au Caucase...) et que pour Warszawa j'ai mis bien du temps à comprendre que c'était Varsovie...
11. Le mercredi 26 septembre 2007 à 22:01, par vinteix :
Merci pour ces précisions, Dom. Je suis bien d'accord sur l'emploi de termes qui existent déjà en français... mais les toponymes, comme le langage en général, évoluent aussi avec l'histoire... (la Hongrie, elle, n'a pas changé de nom...).
Or, l'appellation "Myanmar", certes réapparue avec la junte militaire au pouvoir, retenue et arrêtée par les Nations Unies, est celle utilisée par Amnesty International également... et toute l'opposition au régime actuel n'utilise pas le terme "Birmanie", ce n'est pas vrai : ainsi, la journaliste Ma Thanegi, par exemple, militante pour la démocratie et ancienne prisonnière politique, qui soutient évidemment Aung San Suu Kyi, tout en tenant un discours différent, plus "réaliste", étant opposée à l'isolement du pays, aux sanctions économiques et au boycott de cette dernière du tourisme et des investissements étrangers, emploie le terme "Myanmar"...
12. Le jeudi 27 septembre 2007 à 00:18, par Dom :
En fait, de ce que je comprends, la Birmanie n'a pas non plus changé de nom, ni en birman (ça a toujours été plus ou moins des variantes de Myanma, lire dans Wiki le développement sur l'origine du r final, amusant), ni en français. Le problème, c'est plutôt le rapport entre les langues communes et la terminologie officielle. Myanmar est la forme internationale officielle, je ne vois pas sur quelle base elle devrait être adoptée par les variétés standard des langues qui possèdent déjà des noms toujours en usage pour désigner un pays. Quelles raisons aurais-je personnellement de modifier ma façon de désigner ce pays, une fois qu'ont été écartées, appremment, toutes les "bonnes" raisons politiquement corrrectes de le faire (colonialisme, respect des minorités) ? Et alors même que la forme d'usage dans le pays lui-même est plus proche des formes traditionnelles des langues occidentales que de la forme officielle ? Et qu'il s'agit avant tout d'une manoeuvre de propagande nationaliste d'un pouvoir autoritaire ? Et si on en croit la Wiki que le but de la commission mise en place par le régime en 1989 était de revenir sur les orthographes coloniales et donc anglaises des noms de lieux pour les rapprocher de la prononciation birmane, et ne concernait donc pas a priori les noms du pays dans les langues étrangères (il s'agit aussi d'un problème de romanisation du birman, cf. Rangoon (romanisation anglaise du birman) qui devient Yangon, etc.) ? Le débat est fondamentalement le même que Pékin / Beijing (et vu comme on massacre communément la prononciation de Beijing (pour commencer, le "b" graphique est un "p" phonétique, quant au j et au g, n'en parlons pas), mieux vaut encore s'en tenir à la forme française traditionnelle).
13. Le jeudi 27 septembre 2007 à 01:31, par vinteix :
Oui, d'accord pour la conclusion, Dom. De toute façon, il n'y a pas vraiment une "bataille terminologique", bien secondaire, la véritable "bataille" étant ailleurs et autrement préoccupante...
14. Le jeudi 27 septembre 2007 à 02:19, par Dom :
Oui, bien entendu.
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