Ça ne cloche pas, parce que c'est moebien
Par Berlol, jeudi 27 septembre 2007 à 23:59 :: General :: #775 :: rss
J'ai récrit quatre fois quelques lignes sur la Birmanie et
puis je les ai effacées. Elles ne voulaient rien
dire, ne servaient
à rien. Sinon à écrire ce qui
l'était déjà et
à rendre pitoyable l'impuissance d'une pseudo
compréhension. Comme si les quelques
informations qui parviennent
permettaient de savoir ce qui se passe. Et il sera trop tard quand nous
pourrons comprendre.
Préférer une fin heureuse et incompréhensible — hélas peu probable.
Trois cours du jeudi et en supplément la première séance de préparation des étudiants qui partiront à Orléans en février prochain. Ils doivent se faire faire des passeports, énoncer leurs vœux pour les familles d'accueil et remplir des documents administratifs. Leur joie n'a d'égale que leur inquiétude devant ce gouffre béant qui s'ouvre devant eux : la France !
Au séminaire de cinéma, très bon accueil d'un film de cinquante ans. Après une quarantaine de minutes, je me suis retourné et j'ai pu voir que tous les yeux étaient grands ouverts, les visages captivés. L'Ascenseur pour l'échafaud fonctionne donc encore. Je craignais que le noir et blanc, le jazz et la relative lenteur du montage n'aient un effet soporifique sur des jeunes gens gavés d'intrigues superposées et ultra-rapides. Il faut croire que c'est le contraire qui s'est produit. On n'a vu que les deux tiers ; je me suis arrêté pile quand le flic (Lino Ventura) dit à la noctambule involontaire (Jeanne Moreau) qu'on recherche l'ancien para (Maurice Ronet) pour un double meurtre au Motel de Trappes... Comment tout ça pourra-t-il finir ?
La seule chose qui cloche dans ce film pourtant très rigoureux, c'est ce qui constitue la preuve ultime — psychologique — de la culpabilité : les photos du couple dans l'appareil miniature. Car qui a pu prendre ces clichés dans de tels moments d'intimité ? Un passant, un ami ? Peu probable. Un retardateur automatique ? Où aurait-on posé l'appareil dans un tel cadre de verdure ? Non, ça ne colle pas.
Ces photos viennent décidément d'un autre monde que celui de la fiction. Elles viennent d'avant la nuit, celle qui vient de finir et celle de la prison à venir. Elles viennent du hors-champ d'une réelle séance de photos destinée à fabriquer la preuve cinématographique du secret des amants, « là, quelque part, réunis », dit la femme prise dans le flagrant délit du bain de révélation filmé. Et donc ça ne cloche pas, parce que c'est moebien.
Préférer une fin heureuse et incompréhensible — hélas peu probable.
Trois cours du jeudi et en supplément la première séance de préparation des étudiants qui partiront à Orléans en février prochain. Ils doivent se faire faire des passeports, énoncer leurs vœux pour les familles d'accueil et remplir des documents administratifs. Leur joie n'a d'égale que leur inquiétude devant ce gouffre béant qui s'ouvre devant eux : la France !
Au séminaire de cinéma, très bon accueil d'un film de cinquante ans. Après une quarantaine de minutes, je me suis retourné et j'ai pu voir que tous les yeux étaient grands ouverts, les visages captivés. L'Ascenseur pour l'échafaud fonctionne donc encore. Je craignais que le noir et blanc, le jazz et la relative lenteur du montage n'aient un effet soporifique sur des jeunes gens gavés d'intrigues superposées et ultra-rapides. Il faut croire que c'est le contraire qui s'est produit. On n'a vu que les deux tiers ; je me suis arrêté pile quand le flic (Lino Ventura) dit à la noctambule involontaire (Jeanne Moreau) qu'on recherche l'ancien para (Maurice Ronet) pour un double meurtre au Motel de Trappes... Comment tout ça pourra-t-il finir ?
La seule chose qui cloche dans ce film pourtant très rigoureux, c'est ce qui constitue la preuve ultime — psychologique — de la culpabilité : les photos du couple dans l'appareil miniature. Car qui a pu prendre ces clichés dans de tels moments d'intimité ? Un passant, un ami ? Peu probable. Un retardateur automatique ? Où aurait-on posé l'appareil dans un tel cadre de verdure ? Non, ça ne colle pas.
Ces photos viennent décidément d'un autre monde que celui de la fiction. Elles viennent d'avant la nuit, celle qui vient de finir et celle de la prison à venir. Elles viennent du hors-champ d'une réelle séance de photos destinée à fabriquer la preuve cinématographique du secret des amants, « là, quelque part, réunis », dit la femme prise dans le flagrant délit du bain de révélation filmé. Et donc ça ne cloche pas, parce que c'est moebien.
Commentaires
1. Le jeudi 27 septembre 2007 à 10:14, par jcb :
ça me rappelle une polémique passée entre De Jonckheere et moi...
www.jcbourdais.net/journa...
Cette fin ne me gêne pas je le répète.
JC
2. Le jeudi 27 septembre 2007 à 17:42, par Berlol :
Merci, JCB, j'avais un très vague souvenir mais je ne savais plus que c'était chez toi... Et puisque ce Minox n'avait pas de retardateur, cela me confirme dans l'idée que la piste strictement fictionnelle n'est pas la bonne. Cette transgression de la frontière diégétique à laquelle nous sommes attachés malgré nous-mêmes n'est pas un accident ni un cas isolé. La littérature avait déjà employé ce moyen de secouer, déstabiliser le lecteur bourgeoisement engoncé dans la vraisemblance des intrigues, et notamment dans les années 50 comme peut en témoigner l'accueil houleux que la presse littéraire avait réservé aux premiers ouvrages de Robbe-Grillet (en 57-58, il devait être en train de rédiger Dans le Labyrinthe, ouvrage intégralement basé sur ce procédé...).
3. Le jeudi 27 septembre 2007 à 22:52, par brigetoun :
cela ne déstabilise-t-il pas uniquement ceux qui n'ont pas accepté, dès qu'ils ont vu qu'ils aimaient le film ou le texte, de s'en remettre à son auteur, quitte à réfléchir ensuite, et donc à lui chercher éventuellement des raisons?
4. Le samedi 29 septembre 2007 à 09:03, par Philippe De Jonckheere :
Sans compter, je m'obstine, que parvenant enfin à s'extraire de l'immeuble, le personnage de Julien Tavernier n'est pas repassé par le dernier étage pour défaire corde et grappin et que c'est cela qui devrait l'accuser avant même les photos (qui sont effectivement aussi fausses que possible).
Bref c'est ni fait ni à faire, si on retire la trompette de Miles Davis, il ne reste plus rien dans ce film. Dans je ne sais plus quel morceau, la trompette a une résonnace très particulière acquise par un accident, un morceau de peau s'est détaché des lèvres du trompettiste et s'est retrouvé emprisonné dans l'embouchure, en incroyable opportuniste, Miles Davis ne s'est non seulement pas arrêté de jouer, mais a gardé la trompette en bouche jusqu'au bout du morceau, même pour les passages où il ne jouait pas, pour être sûr de garder cette sonorité jusqu'au bout du morceau. Je vous préviens, cela ne saute pas aux oreilles, je ne suis pas certain que je saurais le retrouver.
Mais d'accord avec toi pour prêter aux photographies une aura fictionnelle fabriquée et à laquelle on se livre sans trop de réserve (c'est vraiment cette corde pas décrochée qui avait pourtant motivé que Julien Tavernier retourne dans l'immeuble et se fasse piéger par la coupure de courant générale)
Phil, qui s'obstine donc, plus en détail à cette adresse déjà vieille de deux ans: www.desordre.net/blog/blo...
5. Le samedi 29 septembre 2007 à 17:31, par Berlol :
Alors, Phil, coup de tonnerre pour toi ! Tiens-toi bien !
La nuit, il y a de l'orage, du vent, la corde est secouée et tombe sur le trottoir. Quand Julien réussit à entrouvrir la porte de l'ascenseur, il entend que quelqu'un secoue les grilles de l'entrée. C'est Florence, mais il ne peut pas le savoir. C'est l'instant où ils sont le plus près, sans le savoir. À cet instant, une petite fille surgit, tape sur l'épaule de Florence et lui demande ce qu'elle fait, à quoi Florence répond à la petite fille qu'elle devrait rentrer chez elle. Florence se lève et part. Alors la petite fille aperçoit la corde et le grappin, par terre, la ramasse et part. Ça dure deux secondes. L'unique fonction — magique — de la petite fille, c'est de venir retirer la preuve.
Au matin, Tavernier sort de l'immeuble sans remonter chercher sa corde parce qu'il a bien entendu que des personnes avaient pris l'autre ascenseur, que ce n'était pas la peine d'en rajouter (à la différence du gamin qui retourne sur les lieux de son crime pour chercher les photos et qui se fait prendre). Pour ne pas attirer l'attention, et pensant à Florence, il ne se retourne pas non plus dans la rue pour regarder en l'air la corde qui devrait l'accuser...
Plus tard, quand on l'accuse, il en dit le moins possible, c'est logique. Entendant de quoi on l'accuse, sans qu'il soit question de la corde, il comprend qu'il vaut mieux ne rien dire... C'est pour ça que la SEULE preuve du crime de Florence et Tavernier est psychologique. C'est leur union sur les photos, c'est l'adultère.
6. Le samedi 29 septembre 2007 à 22:33, par Philippe De Jonckheere :
J'ai du mal y croire, j'ai dû voir ce film une petite demi-douzaine de fois et la chute de la corde qui est ramassée par la petite fille, j'ai dû dormir à chaque fois à ce moment-là, cela ne me dit plus rien du tout. Bon va falloir que je télécharge ce film et que j'en aie le coeur net.
Donc, je m'excuse de m'être pareillement obstiné.
J'ai tellement du mal à y croire que j'en viens à te suspecter d'inventer tout cela pour me faire marcher (tu ne ferais jamais une chose pareille, n'est-ce pas ?), bref me voilà pris en flagrant délit de paranoïa.
Amicalement
Phil, qui lance son logiciel de téléchargement.
7. Le samedi 29 septembre 2007 à 23:41, par Berlol :
Oui, j'ai d'ailleurs fait refaire toutes les copies existantes en bobines, en vidéo, en dévédé et en téléchargement pour y insérer la scène de la petite fille... Je suis même allé chez les gens sans qu'ils me voient pour échanger les copies déjà vendues depuis que la vidéo existe...
Tu verras, c'est très rapide, je crois que c'est fait exprès : le film, déjà déconstructiviste, fait disparaître subrepticement sa grosse ficelle.
Les premiers indices du jeu avec le spectateur : le coup de pistolet dont on est privé (couvert par le taille-crayon, faut le faire !), le chat noir sur le rebord de la fenêtre (signe de malheur). Bon film !
8. Le dimanche 30 septembre 2007 à 13:24, par christine :
c'est affreux, il y a une petite fille dans ma copie (je viens de vérifier : ce n'est d'ailleurs pas si rapide que ça : Jeanne Moreau a le temps de demander à la petite fille ce qu'elle fait là en pleine nuit(!), après que la petite fille lui avait posé la même question)!)) :
cela signifie que berlol s'est téléporté chez moi à mon insu pour remplacer mon dvd -- pire, j'ai l'impression de me souvenir d'avoir déjà vu cette petite fille dans ce film auparavant : berlol s'est donc aussi introduit dans ma mémoire pour modifier mes souvenirs : que fait la police ?!
9. Le dimanche 30 septembre 2007 à 17:25, par Berlol :
Ce qui est très rapide, c'est quand elle ramasse la corde, juste avant de sortir du champ.
Pour modifier les souvenirs, j'ai introduit des images subliminales dans les apparitions de notre cher président — c'était ce qui se verrait le moins dans ce qui se verrait le plus...
10. Le dimanche 30 septembre 2007 à 17:46, par christine :
je me demandais pourquoi ses apparitions me rendaient systématiquement nauséeuse : c'était donc ça !
11. Le dimanche 30 septembre 2007 à 18:56, par Berlol :
Ça, entre autres...
12. Le lundi 1 octobre 2007 à 03:00, par christine :
entre autres !
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