Le « je » gigogne de notre condition
Par Berlol, vendredi 28 septembre 2007 à 23:59 :: General :: #776 :: rss
« Je
peux décrire
comment ça se passe je peux c'est quand je cherche un mot ou
un
nom je sais que je l'ai connu mais je n'arrive pas à le
faire
venir chaque fois que je m'approche il s'éloigne il
s'enfonce il
tombe c'est comme un trou dans lequel les mots les uns après
les
autres s'engloutissent je m'efforce je descends je plonge vers eux pour
les rattraper les faire sortir à la lumière mais
beaucoup
m'échappent beaucoup chutent dans le tourbillon je suis
obligé de trouver des substituts je tourne autour je
circonlocutionne je ne peux plus viser directement dans le
mille » (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour
disparaître, p. 169)
Il y aurait une concordance à faire, un herbier littéraire de toutes les tentatives de formulation du mot sur le bout de la langue. Ici, la crainte d'une perte de mémoire plus conséquente, alzheimerement irréversible, évoque directement le travail d'écriture et ce que devient l'écrivain qui perd son acuité lexicale. À coup sûr, auteur, narrateur et lecteur se trouvent réunis dans le « je » gigogne de notre condition langagière.
C'est ce que je commençais à me dire en pédalant. De retour au centre de sport où je n'étais pas venu depuis cinquante jours, j'y retrouve intacts le plaisir de l'échauffement en lecture et la tranquillité de la salle des machines le matin (après 18 heures, c'est nettement plus bruyant et il faut attendre devant certaines machines).
Pour le déjeuner, je retrouve David au Downey, ce qui achève le cycle de la reprise. Après le mois passé en France, le sentiment d'élargissement des perspectives, des activités et des nouvelles rencontres, le retour à la normale (cours, réunions, collègues, sport, etc.) pourrait être déprimant, accompagné qu'il est par l'arrivée de l'automne. Mais au contraire, c'est un plaisir, au moins pour les premières semaines. Le plaisir du terrier, de se lover dans la gangue tiède d'où l'on était sorti très imprudemment, de retrouver ses marques familières et ne plus avoir à tout calculer. D'autant que s'amorce déjà la systole, les futures activités, les futures lectures, le programme de cinéma de l'Institut, le voyage de février-mars, etc.
C'est donc sans tristesse que j'achève mon dossier administratif de cet été en envoyant à un responsable de bureau ma communication sur Mérimée et mon rapport final sur la mission. Avec gratitude, plutôt, car l'université — dans un pays où le statut d'enseignant-chercheur est encore un statut honorable — m'a d'ailleurs octroyé des crédits de recherche et de conférence à l'étranger qui ont couvert, pour une personne, le coût du billet d'avion et du séjour à Cerisy.
Dans le train qui me ramène à Tokyo et avant de
dîner indien avec T., je regarde un
dévédé que David a eu la gentillesse
de m'enregistrer mercredi soir : le troisième
épisode de Petits
Meurtres en famille que France 2 avait
diffusé durant l'hiver et que TV5 Monde reprend ces jours-ci
(j'ai vu les deux premiers épisodes la semaine
dernière). Je trouve très distrayante et
très réussie cette adaptation d'Agatha Christie
dont la lecture me tomberait des mains. Et revoir Frédérique Bel
(La Minute blonde)
ou Grégori Derangère (Bon Voyage) ne
m'est pas désagréable. Robert Hossein, en revanche, moins
je le vois, mieux je me porte, et ça tombe bien parce que
son personnage est déjà mort assassiné
depuis le début — on cherche d'ailleurs qui a fait
le coup.
Il y aurait une concordance à faire, un herbier littéraire de toutes les tentatives de formulation du mot sur le bout de la langue. Ici, la crainte d'une perte de mémoire plus conséquente, alzheimerement irréversible, évoque directement le travail d'écriture et ce que devient l'écrivain qui perd son acuité lexicale. À coup sûr, auteur, narrateur et lecteur se trouvent réunis dans le « je » gigogne de notre condition langagière.
C'est ce que je commençais à me dire en pédalant. De retour au centre de sport où je n'étais pas venu depuis cinquante jours, j'y retrouve intacts le plaisir de l'échauffement en lecture et la tranquillité de la salle des machines le matin (après 18 heures, c'est nettement plus bruyant et il faut attendre devant certaines machines).
Pour le déjeuner, je retrouve David au Downey, ce qui achève le cycle de la reprise. Après le mois passé en France, le sentiment d'élargissement des perspectives, des activités et des nouvelles rencontres, le retour à la normale (cours, réunions, collègues, sport, etc.) pourrait être déprimant, accompagné qu'il est par l'arrivée de l'automne. Mais au contraire, c'est un plaisir, au moins pour les premières semaines. Le plaisir du terrier, de se lover dans la gangue tiède d'où l'on était sorti très imprudemment, de retrouver ses marques familières et ne plus avoir à tout calculer. D'autant que s'amorce déjà la systole, les futures activités, les futures lectures, le programme de cinéma de l'Institut, le voyage de février-mars, etc.
C'est donc sans tristesse que j'achève mon dossier administratif de cet été en envoyant à un responsable de bureau ma communication sur Mérimée et mon rapport final sur la mission. Avec gratitude, plutôt, car l'université — dans un pays où le statut d'enseignant-chercheur est encore un statut honorable — m'a d'ailleurs octroyé des crédits de recherche et de conférence à l'étranger qui ont couvert, pour une personne, le coût du billet d'avion et du séjour à Cerisy.
Dans le train qui me ramène à Tokyo et avant de
dîner indien avec T., je regarde un
dévédé que David a eu la gentillesse
de m'enregistrer mercredi soir : le troisième
épisode de Petits
Meurtres en famille que France 2 avait
diffusé durant l'hiver et que TV5 Monde reprend ces jours-ci
(j'ai vu les deux premiers épisodes la semaine
dernière). Je trouve très distrayante et
très réussie cette adaptation d'Agatha Christie
dont la lecture me tomberait des mains. Et revoir Frédérique Bel
(La Minute blonde)
ou Grégori Derangère (Bon Voyage) ne
m'est pas désagréable. Robert Hossein, en revanche, moins
je le vois, mieux je me porte, et ça tombe bien parce que
son personnage est déjà mort assassiné
depuis le début — on cherche d'ailleurs qui a fait
le coup.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire