Troupeau ayant passé mécaniquement le gué
Par Berlol, samedi 29 septembre 2007 à 23:59 :: General :: #777 :: rss
Matinée ratée, commencée tard et qui
n'a débouché sur rien. Je sais ce que j'ai
à faire (lire des livres, préparer des cours,
écrire de la correspondance), mais je n'ai pas l'esprit
disponible. En plus, c'est déjà midi, presque. T.
aussi se met à ranger et ça n'avance pas vite.
Faut pas croire qu'on déprime. Mais on ne se remet pas
facilement de la première semaine de cours. Ça
laisse des traces, et d'abord en bordel dans la maison.
Après, normalement, les semaines suivantes, c'est mieux
réglé...
Le déjeuner au Saint-Martin nous remet d'aplomb, dans un rythme de samedi. T. prend le lapin à la moutarde, moi je demande daurade-frites et on échange à mi-assiette, c'est très réussi.
À l'Institut franco-japonais, première séance de la 12e Semaine des Cahiers du cinéma, dont Pascale Ferran est le thème central, avec L'Âge des possibles (1995). Salle à moitié pleine. J'imagine que ça sera bondé demain, pour Lady Chatterley...
Bien que réalisé en 1995, le film me laisse l'impression de parler des jeunesses des années 80. Même le Minitel, dont un des personnages use pour faire des rencontres, me paraît plutôt dater des années 80 que des années 90. Mais peu importe. Le film est bien accordé à mon humeur de ce matin, à la grisaille un peu fraîche d'aujourd'hui, premier vrai jour de l'automne à Tokyo.
C'est une mosaïque de courtes scènes et de rencontres croisées d'une dizaine de personnages qui ont tous leurs hauts et leurs bas mais qui doivent faire des choix pour avancer dans la vie. L'amour, ou ce qu'on s'en figure, les boulots pas gratifiants, la fin des études pas vraiment utiles, ça fait beaucoup de choses assez lourdes, et même des jeunes gens plutôt privilégiés par leur milieu social (ou surtout ceux-là, peut-être), avec quand même pas mal de joie de vivre et d'énergie, ont du mal à passer pas le trou de l'entonnoir pour se socialiser.
Si le film est agréable et bien fait dans le genre tranche de vie collective, l'idée d'un âge spécial pour un passage à l'état adulte me paraît piégée car elle sous-entend d'abord que tout le monde passe l'entonnoir plus ou moins au même moment, et surtout qu'une fois l'entonnoir passé, tout va aller comme sur des roulettes pour le reste de la vie. Alors qu'en fait à trente ans, à trente-cinq, à quarante, etc., beaucoup de gens continuent à avoir l'impression que des choix radicaux s'offrent à eux et que la vie peut encore partir dans une direction inconnue, bonne ou mauvaise — alors que d'autres sont dès l'âge de huit ans sur des rails dont ils ne sortiront que pour aller en bière. Pascale Ferran joue la tranche d'âge en caricaturant la synchronie des socialisations, qui deviennent ainsi des destins, et l'humanité un troupeau. Elle donne à un ou deux personnages une lucidité et une bonté d'âme qui provoquent d'intéressantes causeries mais en laissant un arrière-goût d'inanité à leur existence, à l'exception de celle qui décide de quitter la ville (Strasbourg) et dont la lettre filmée est un beau moment de cinéma. Non que l'inanité soit fausse, en tout cas c'est aussi ma vision de la vie, mais elle ne change rien à l'impression de troupeau ayant passé mécaniquement le gué. Dans mon souvenir, un film comme Un Monde sans pitié (E. Rochant, 1989) donnait une amertume plus parfumée à ces égarements de la jeunesse qui réfléchit (un peu).
Mais faudrait que je le revoie parce que des fois, le souvenir, hein...
À la médiathèque où je traîne un peu après le film, je suis littéralement happé par les premières pages du Dernier Monde de Céline Minard, récemment arrivé, et je repars avec, moi qui ne voulais surtout rien emprunter tant j'ai de livres déjà commencés.
En dînant, nous regardons Une Nuit au musée, film emprunté au vidéo-club, qui fait à peine sourire, dont on aurait pu se passer et qu'on ramène tout de suite après. Comparativement, oui, L'Âge des possibles, c'est du vraiment bon cinéma ! On peut critiquer, comme ci-dessus, mais il y a quand même une échelle de valeur à ne pas perdre de vue.
Le déjeuner au Saint-Martin nous remet d'aplomb, dans un rythme de samedi. T. prend le lapin à la moutarde, moi je demande daurade-frites et on échange à mi-assiette, c'est très réussi.
À l'Institut franco-japonais, première séance de la 12e Semaine des Cahiers du cinéma, dont Pascale Ferran est le thème central, avec L'Âge des possibles (1995). Salle à moitié pleine. J'imagine que ça sera bondé demain, pour Lady Chatterley...
Bien que réalisé en 1995, le film me laisse l'impression de parler des jeunesses des années 80. Même le Minitel, dont un des personnages use pour faire des rencontres, me paraît plutôt dater des années 80 que des années 90. Mais peu importe. Le film est bien accordé à mon humeur de ce matin, à la grisaille un peu fraîche d'aujourd'hui, premier vrai jour de l'automne à Tokyo.
C'est une mosaïque de courtes scènes et de rencontres croisées d'une dizaine de personnages qui ont tous leurs hauts et leurs bas mais qui doivent faire des choix pour avancer dans la vie. L'amour, ou ce qu'on s'en figure, les boulots pas gratifiants, la fin des études pas vraiment utiles, ça fait beaucoup de choses assez lourdes, et même des jeunes gens plutôt privilégiés par leur milieu social (ou surtout ceux-là, peut-être), avec quand même pas mal de joie de vivre et d'énergie, ont du mal à passer pas le trou de l'entonnoir pour se socialiser.
Si le film est agréable et bien fait dans le genre tranche de vie collective, l'idée d'un âge spécial pour un passage à l'état adulte me paraît piégée car elle sous-entend d'abord que tout le monde passe l'entonnoir plus ou moins au même moment, et surtout qu'une fois l'entonnoir passé, tout va aller comme sur des roulettes pour le reste de la vie. Alors qu'en fait à trente ans, à trente-cinq, à quarante, etc., beaucoup de gens continuent à avoir l'impression que des choix radicaux s'offrent à eux et que la vie peut encore partir dans une direction inconnue, bonne ou mauvaise — alors que d'autres sont dès l'âge de huit ans sur des rails dont ils ne sortiront que pour aller en bière. Pascale Ferran joue la tranche d'âge en caricaturant la synchronie des socialisations, qui deviennent ainsi des destins, et l'humanité un troupeau. Elle donne à un ou deux personnages une lucidité et une bonté d'âme qui provoquent d'intéressantes causeries mais en laissant un arrière-goût d'inanité à leur existence, à l'exception de celle qui décide de quitter la ville (Strasbourg) et dont la lettre filmée est un beau moment de cinéma. Non que l'inanité soit fausse, en tout cas c'est aussi ma vision de la vie, mais elle ne change rien à l'impression de troupeau ayant passé mécaniquement le gué. Dans mon souvenir, un film comme Un Monde sans pitié (E. Rochant, 1989) donnait une amertume plus parfumée à ces égarements de la jeunesse qui réfléchit (un peu).
Mais faudrait que je le revoie parce que des fois, le souvenir, hein...
À la médiathèque où je traîne un peu après le film, je suis littéralement happé par les premières pages du Dernier Monde de Céline Minard, récemment arrivé, et je repars avec, moi qui ne voulais surtout rien emprunter tant j'ai de livres déjà commencés.
En dînant, nous regardons Une Nuit au musée, film emprunté au vidéo-club, qui fait à peine sourire, dont on aurait pu se passer et qu'on ramène tout de suite après. Comparativement, oui, L'Âge des possibles, c'est du vraiment bon cinéma ! On peut critiquer, comme ci-dessus, mais il y a quand même une échelle de valeur à ne pas perdre de vue.
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