Matinée de préparation, pour T., avant de partir
dans la péninsule de Kunisaki, où nous comptions
retourner pour des vacances nature & vélo. Ce sera
famille et tombeaux. On ne choisit pas toujours ses thèmes
de voyage. Pour ne pas perdre de temps, on déjeune
rapidement au Saint-Martin. Oui, encore.
Il fait carrément chaud. Ça sent comme au
printemps. On se doute que ça ne va pas durer, que c'est la
queue du typhon.

Parti à mon tour, dans la rue, le shinkansen, le
métro, plus de deux heures et demie, j'écoute
attentivement Weimar 1 et Weimar 2 (
Surpris
par la nuit sur la République de Weimar, en
trois parties, du
16 au 18 octobre) revenant en
arrière quand il arrive que mes yeux se ferment ou que mon
attention décroche quelques dizaines de secondes. Ma
connaissance de cette période historique de l'Allemagne est
quasiment nulle et j'apprends énormément de
choses, en particulier les conditions d'accès au pouvoir
d'Hitler.
Aussitôt arrivé, j'empoigne mon sac de sport et
Un Livre blanc. Je
file à ma séance de transubstantiation. Comment
appeler autrement ce phénomène qui consiste
à ingurgiter des mots, des fragments mélodiques,
des pièces de sens, et à exuder de l'eau,
brûler de la graisse, rejeter des toxines. D'autant que le
plaisir de retrouver l'errance réticulaire, façon
Carte
muette, cette fois épurée
de toute diégèse, me fait entrer profond dans
l'esthétique littéraire des
zones —
non sans me souvenir d'un autre,
« las
de ce monde ancien »,
« que les
fenêtres observent » et qui
regarde
« ces
pauvres émigrants »... Que
Vasset ait eu
Apollinaire en tête,
tangentiellement, je l'ignore, mais je le remercie de l'avoir fait
revenir d'un siècle à la mienne. Et cela me lave
tout à fait du mauvais souvenir de ses
Bandes alternées.
« Au
bout de deux mois, j'avais complètement abandonné
l'idée de faire apparaître la moindre parcelle de
merveilleux : les blancs des cartes masquaient,
c'était clair, non pas l'étrange, mais le
honteux, l'inacceptable, l'à peine croyable : des
familles campant dans la boue en pleine ville et des hommes qui, comme
à La Courneuve, sous l'A1, devaient aller arracher aux
obstacles des parcours de santé avoisinant des rondins pour
alimenter leur feu l'hiver. [...] »
(Philippe Vasset,
Un
Livre blanc, Fayard, 2007, p. 22-23)
« Mais
lorsque j'ai voulu synthétiser toutes les informations
rassemblées, les phrases ont refusé de s'agencer
en argumentaire : mes textes n'expliquaient rien, ne
racontaient aucune histoire, et laissaient même
transparaître par endroits une fascination difficile
à assumer pour ces existences portées
jusqu'à l'extrême public, ces patientes
appropriations d'un coin de rue, d'un trottoir, et ces vies dissolues
dans le mouvement et le passage. J'ai vite compris que jamais je
n'arriverais à dénoncer quoi que ce soit,
préférant la confusion à la
clarté, m'y prélassant même, et
retardant le plus possible le moment où il faudrait choisir
mon camp et cesser d'être transparent, sans poids ni
place.» (
Ibid.,
p. 24-25)
Vinteix m'écrit et je (te) (lui) réponds
publiquement sur deux points. Tout d'abord, la convention de protection
sociale signée entre la France et le Japon. J'avais
noté cela le
22 février dernier,
avec un lien dans les pages de l'Ambassade, article disparu, un autre
étant
ici, ou ici aux
Finances (on admire le beau
« Vandredi »).
Enfin, voici, retrouvé,
le texte officiel.
Et tu fais bien de me recommander, cher ami, — c'est le
second point — de voir Alain Robbe-Grillet en
entretien dans
Ce
soir ou Jamais de mercredi dernier —
le seul que je n'avais pas encore vu.
Ces soirs ou Jamais,
ces deux dernières semaines, m'ont beaucoup
intéressé, mais à chaque fois, au
moment du JLR, soit je ne voyais pas quoi en dire sans revoir et citer,
ce que je n'avais pas le temps de faire, soit ça me sortait
même complètement de la tête, tant elle
était ailleurs. Sachant à regret, à me
relire, que le retard accumulé serait fatal à ce
que je pouvais encore avoir à en dire.
Robbe-Grillet, c'est comme si je l'avais
anticipé le 18...
Ça me fait très plaisir de le voir en pleine
forme, ne se laissant pas mener en bateau : oui, Aristote pose
pour l'éternité l'articulation
catharsis /
mimesis, lieu
où dérapent les esprits censeurs, qui
voient en
réalité ce qui était
écrit en fantasme
— et qui méritent donc, eux, d'aller en prison. Ce
qui est bien différent des photos, rappelle ARG, pour
lesquelles il a bien fallu que des modèles posent. Je ne
tiendrai pas compte de son ignorance de l'internet, bien normale, pour
me souvenir surtout de sa sortie, faisant rasseoir Taddeï pour
lui dire que
« pas
du tout », la masturbation n'est pas
une addiction, ce que reprendra admirativement Jean-Didier Vincent dans
la suite du débat. Enfin, j'apprends avec tristesse que les
beaux différends théoriques ont du
passé tourné haineux vinaigre chez Sollers, dans
ses
mémoires
—
« âneries », pour
ARG, d'un
« clown »
« comique ».