En pleine nuit, à 350 kilomètres
Par Berlol, jeudi 18 octobre 2007 à 23:59 :: General :: #796 :: rss
Il est tout de même amusant de voir combien des assis du
livre et de la littérature rancie se sentent grandis en
abattant leur Robbe-Grillet. Sorin avec finesse, Assouline sans. Au lieu de
s'attaquer à du littérairement nouveau
(Rosenthal, Tugny, Vasset, que sais-je ?), ils font rejouer le
petit théâtre de leur jeunesse en essayant de
faire croire aux jeunes du web que ça vient de sortir.
Ce que j'écrivais chez le premier, s'applique aussi à merveille au second :
« Pour ce qui est d'ARG, il n'a jamais écrit aucun livre ni tourné aucun film qui soit en effet "érotique". Il n'a toujours fait que jouer avec les symboles, icônes et motifs des fantasmes érotiques, avec humour, espère-t-il...
En essayant de le dénoncer, vous ne faites qu'aller dans son sens, montrer que vous n'avez jamais compris son projet, que vous êtes insensible à son humour — ou que vous le désapprouvez (ce qui serait le plus défendable). Et ça fera bientôt 50 ans que ça dure ! Belle persévérance ! »
N'ayant pas encore lu le livre en question, je réserve mon avis sur sa qualité... Néanmoins, j'ajouterais qu'à l'instar de beaucoup d'écrivains ou d'artistes, Robbe-Grillet n'est plus le créateur qu'il a pu être il y a quelques décennies, qu'il fige en la parodiant la créativité du Robbe-Grillet des années 50-70. Ce n'est pas lui faire insulte de dire que sa production n'est plus, depuis longtemps, originale. Provocateur institutionnel dans son présent d'académicien, avec le ridicule et le dérisoire que cela comporte, et qu'il n'ignore pas (on s'amuse comme on peut...), il n'en reste pas moins admirable pour ce qu'il a été, l'auteur — et co-auteur avec Simon, Sarraute, Pinget et quelques autres — d'une rupture formelle et générique par laquelle rejaillissait une ontologie en creux aux antipodes du romanesque humaniste et surfait que les héritiers de Balzac pérénisaient et pérénisent encore avec la bénédiction du commerce éditorial.
Tout cela n'est pas nouveau, il est juste étonnant de voir ces messieurs remettre le couvert comme si de rien n'était. Et dégoûtant de voir que toute une jeunesse qui se croit intelligente parce qu'elle est hyper-connectée va gober tout ça tout cru et se faire rouler dans la farine.
De mon côté, plusieurs feux à surveiller. Les trois cours ont eu lieu dans la joie et la bonne humeur, surtout celui de prononciation, avec des exercices de change (monétaire) et de liaisons (phonétiques), entre euros et yens sur des articles de mode, et le séminaire de cinéma où l'on a passé en revue les articulations d'Ascenseur pour l'échafaud pour souligner la construction du film — émotion des étudiants sur deux moments clés : le retrait de la corde par la petite fille venue de nulle part, et le pistolet du touriste allemand, qui n'est en réalité qu'un tube de cigare.
Mais l'essentiel se joue au bureau, dans la rédaction détaillée d'un budget enfin acceptable pour notre projet de recherche. T. va pouvoir être rassurée...
« D'ailleurs où est-elle ? », me disais-je vers 23 heures... Depuis, nous nous sommes téléphonés. Maintenant, c'est moi qui suis rassuré. Mais à chaque fois, j'ai l'occasion de développer ma connaissance de ce que j'appelle une maladie : l'angoisse d'être sans nouvelles d'elle, dans quoi se mêlent l'angoisse de l'accident et l'angoisse de la mort. De façon totalement irrationnelle, je sens un déclic après quoi se forment des idées angoissantes qui ont toujours une base rationnelle : le taux d'accidents graves ou mortels dans la maison, le risque d'agression à l'extérieur, etc., qui sont de notoriété publique. Et ce n'est pas tant de ne pas avoir de nouvelles maintenant qui m'angoisse, que l'idée de ne pas en avoir dans une heure, dans deux heures... Et l'effroi croît dans l'ombre noire de chez noir de l'impuissance à tenter quoi que ce soit, en pleine nuit, à 350 kilomètres — comme si j'étais sur une autre planète avec une liaison radio qui crachote et ne répond plus.
Il faudrait ne pas vivre séparés la moitié du temps. Nous sommes victimes (parmi les victimes, dans une totale banalité) d'un système social qui nous délocalise où est l'emploi. S'en plaindre ? Je ne sais pas. Nous avons accepté, aussi.
Ce que j'écrivais chez le premier, s'applique aussi à merveille au second :
« Pour ce qui est d'ARG, il n'a jamais écrit aucun livre ni tourné aucun film qui soit en effet "érotique". Il n'a toujours fait que jouer avec les symboles, icônes et motifs des fantasmes érotiques, avec humour, espère-t-il...
En essayant de le dénoncer, vous ne faites qu'aller dans son sens, montrer que vous n'avez jamais compris son projet, que vous êtes insensible à son humour — ou que vous le désapprouvez (ce qui serait le plus défendable). Et ça fera bientôt 50 ans que ça dure ! Belle persévérance ! »
N'ayant pas encore lu le livre en question, je réserve mon avis sur sa qualité... Néanmoins, j'ajouterais qu'à l'instar de beaucoup d'écrivains ou d'artistes, Robbe-Grillet n'est plus le créateur qu'il a pu être il y a quelques décennies, qu'il fige en la parodiant la créativité du Robbe-Grillet des années 50-70. Ce n'est pas lui faire insulte de dire que sa production n'est plus, depuis longtemps, originale. Provocateur institutionnel dans son présent d'académicien, avec le ridicule et le dérisoire que cela comporte, et qu'il n'ignore pas (on s'amuse comme on peut...), il n'en reste pas moins admirable pour ce qu'il a été, l'auteur — et co-auteur avec Simon, Sarraute, Pinget et quelques autres — d'une rupture formelle et générique par laquelle rejaillissait une ontologie en creux aux antipodes du romanesque humaniste et surfait que les héritiers de Balzac pérénisaient et pérénisent encore avec la bénédiction du commerce éditorial.
Tout cela n'est pas nouveau, il est juste étonnant de voir ces messieurs remettre le couvert comme si de rien n'était. Et dégoûtant de voir que toute une jeunesse qui se croit intelligente parce qu'elle est hyper-connectée va gober tout ça tout cru et se faire rouler dans la farine.
De mon côté, plusieurs feux à surveiller. Les trois cours ont eu lieu dans la joie et la bonne humeur, surtout celui de prononciation, avec des exercices de change (monétaire) et de liaisons (phonétiques), entre euros et yens sur des articles de mode, et le séminaire de cinéma où l'on a passé en revue les articulations d'Ascenseur pour l'échafaud pour souligner la construction du film — émotion des étudiants sur deux moments clés : le retrait de la corde par la petite fille venue de nulle part, et le pistolet du touriste allemand, qui n'est en réalité qu'un tube de cigare.
Mais l'essentiel se joue au bureau, dans la rédaction détaillée d'un budget enfin acceptable pour notre projet de recherche. T. va pouvoir être rassurée...
« D'ailleurs où est-elle ? », me disais-je vers 23 heures... Depuis, nous nous sommes téléphonés. Maintenant, c'est moi qui suis rassuré. Mais à chaque fois, j'ai l'occasion de développer ma connaissance de ce que j'appelle une maladie : l'angoisse d'être sans nouvelles d'elle, dans quoi se mêlent l'angoisse de l'accident et l'angoisse de la mort. De façon totalement irrationnelle, je sens un déclic après quoi se forment des idées angoissantes qui ont toujours une base rationnelle : le taux d'accidents graves ou mortels dans la maison, le risque d'agression à l'extérieur, etc., qui sont de notoriété publique. Et ce n'est pas tant de ne pas avoir de nouvelles maintenant qui m'angoisse, que l'idée de ne pas en avoir dans une heure, dans deux heures... Et l'effroi croît dans l'ombre noire de chez noir de l'impuissance à tenter quoi que ce soit, en pleine nuit, à 350 kilomètres — comme si j'étais sur une autre planète avec une liaison radio qui crachote et ne répond plus.
Il faudrait ne pas vivre séparés la moitié du temps. Nous sommes victimes (parmi les victimes, dans une totale banalité) d'un système social qui nous délocalise où est l'emploi. S'en plaindre ? Je ne sais pas. Nous avons accepté, aussi.
Commentaires
1. Le jeudi 18 octobre 2007 à 09:31, par F :
et imagine que tu perdes ta lime à ongles, d'ici on ne saurait même pas comment venir te dépanner avec le métro en grève...
2. Le jeudi 18 octobre 2007 à 13:45, par ms :
ça ne m'étonnerait pas qu'il en ait plusieurs, au cas où, justement, et même tout le nécessaire...
3. Le jeudi 18 octobre 2007 à 14:45, par christine :
j'ai pensé à toi tout à l'heure en entendant Pierre A. invité sur France info à : "ne plus associer systématiquement la lecture et le livre " : j'espère que tu vas l'accuser de "plagiat psychique" ?
4. Le jeudi 18 octobre 2007 à 16:02, par Berlol :
Je crois que tous ceux qui se sont mis à écrire dans des pages web, que ce soit site ou blog, sentent ou vont progressivement sentir ce décrochage. C'est aussi dans leur propre intérêt. Ayant la connivence et l'assiduité de lecteurs réactifs, un auteur peut naturellement se sentir comblé par le web. Même le fait que ce ne soit pas une source de revenus a son avantage éthique, ce qui est bon pour l'orgueil — j'en sais quelque chose.
Reste qu'il faut bien avoir une source de revenus... Je ne m'inquiète pas pour Pierre A. qui doit déjà toucher de substantiels droits d'auteurs, auxquels vont s'ajouter des revenus issus des photocopieurs, et dont le blog est peut-être déjà dans un circuit financier.
Merci de tant de sollicitude pour ma lime.
J'ai aussi beaucoup soutenu mentalement le mouvement de grève en écoutant le grossissement dramatique qu'en donnent les médias dans le but de stigmatiser le droit de grève lui-même — et me suis rageusement désabonné du blog nullissime d'un certain Thomas Clément qui venait de publier une apologie sarkozyenne très décomplexée, pro-gouvernementale et anti-grève. Encore un à qui il ne sera jamais question de serrer la main.
5. Le vendredi 19 octobre 2007 à 01:07, par Bikun :
Au risque d'apparaître comme un pro-Sarkozy ou comme un gros naif, (mais j'aime bien qu'on m'apporte des éléments d'analyse que je n'ai pas), j'aimerais qu'on explique à ce français très moyen que je suis pourquoi une caste de privilégiés bossant moins que tout le monde ayant la sécurité de l'emploi et compte tenu de la situation économique (globalisée) et qui prend en otage tous les usagers ne verrait pas ses privilèges dorénavant supprimés? Ou alors, est-ce que ce n'est que ce que les médias nous rabachent ou il y a t'il quelque chose derrière tout cela? Attention, je ne conteste pas dutout le droit de grève.
Au passage (pris sur Yahoo):
"...deux catégories de français ceux qui cotisent 40 années et ceux qui cotisent 37,5 années," a-t-il déclaré dans une interview accordée aux chaînes nationales.
Mais que sont vraiment ces régimes spéciaux?
Ils concernent aujourd'hui en France 128 professions. Plus d'1 million de retraités en ont bénéficié et 500 000 actifs sont supposés en bénéficier un jour - ils représentent au total 6,4% de la masse des pensions versées en france.
La plupart des bénéficiaires travaillent un maximum de 37 ans et demi. Coût pour l'Etat: 5 milliards d'euros l'an dernier.
L'objectif de la réforme : étendre la durée du travail à 40 ans d'ici 2012 comme dans les autres secteurs d'activité en France y compris dans la fonction publique.
La retraite sera calculée par ailleurs sur la base des 6 derniers mois d'activité - a priori, les mieux payés.
C'est l'article R711-1 du code de la sécurité sociale qui dresse la liste des ayants-droits. Elle date principalement de l'après-seconde guerre mondiale. Il s'agissait à l'époque de compenser les salariés exerçant des métiers dangereux ou vitaux pour la reconstruction.
Parmi eux : les cheminots de la SNCF. L'entreprise accuse aujourd'hui un déficit record de 3 milliards d'euros. Il faut dire que le régime spécial de la compagnie couvre maladie, retraite et allocations familiales des 368 000 agents actifs et retraités.
Moins médiatisés, d'autres corps de métiers sont également concernés, comme les marins, les notaires ou encore depuis Louis XIV, les danseurs de l'opéra de paris, retraités à 42 ans maximum pour "préserver l'excellence de la troupe".
Enfin autre statut qui fait grincer des dents une partie des français, celui des parlementaires. Les députés peuvent prendre leur retraite à 55 ans, les sénateurs à 53, et les années de travail comptent double. Autant de privilèges auxquels ils devront renoncer en adoptant eux-mêmes la réforme."
Je comprend qu'ils préféreraient qu'on nivelle les privilèges par le haut mais diminuer le temps de cotisation d'un seul coup de plusieurs millions d'actifs ferait très mal économiquement parlant non?
Me trompe-je? Ou est la vérité dans tout cela? Qui a raison, qui a tort?
6. Le vendredi 19 octobre 2007 à 08:48, par Philippe De Jonckheere :
Effectivement, Bikun tu cours le risque de passer pour ce que tu es un type de droite.
Peut-être que si tu avais travaillé une fois dans ta vie de nuit ou simplement en horaire décalé, tu saurais ce qu'est l'astreinte de ce genre de travail.
Peut-être que si tu prenais le train plus souvent tu saurais que cela fatigue en dehors de tout travail. Pour ma part je n'imagine même pas la fatigue d'un conducteur de train de nuit, dans le brouillard ou tout simplement le mauvais temps.
Peut-être que si tu te renseignais un peu plus assidûment sur ce genre de sujets, tu saurais entre autres choses que certes les retraites des cheminots sont avantageuses, mais aussi leurs cotisations sont très supérieures à celles d'autres employés et que par ailleurs le fond de leur retraite est un fond autonome, c'est-à-dire entièrement financé par leurs subventions.
Tu n'as qu'à écouter les extraits d'émission de radio Aligre qui sont accessibles depuis cette page. Cela te paraîtra sûrement incompréhensible puisque tu es de droite.
Philippe De Jonckheere
7. Le vendredi 19 octobre 2007 à 10:02, par Dom :
On veut bien vous croire, Philippe, mais on lit un peu partout des informations contraires à ce que vous avancez : cotisations salariales inférieures à celles du régime général des salariés (7,85%, comme pour les fonctionnaires; il est possible, quand on parle de cotisations très supérieures, qu'on y englobe les cotisations de l'employeur, qui ne sont qu'un salaire différé, mais ce n'est tout de même pas tout à fait la même chose au quotidien), régimes systématiquement en déficit (versement de subventions d'équilibre d'un montant de 2 milliards d'euros, bientôt 3, par an pour le seul régime de la SNCF), et opacité extraordinaire, qu'il s'agisse de la retraite ou des autres prestations sociales.
Ah, et autonome ne veut pas dire en l'occurrence entièrement autofinancé, mais simplement que la caisse de retraite est indépendante de l'entreprise et a sa propre comptabilité, personnalité juridique (?), etc.
Extrait d'un rapport du Sénat, concernant la SNCF (tinyurl.com/24k3nt) :
"Les cotisations constituent moins de 40 % des produits de la branche vieillesse (37,3 % en 2006). Le solde provient de sources extérieures : les mécanismes de compensation tiennent une part décroissante (6,2 % en 2006 contre 18 % en 1995) tandis que la subvention de l'État contribue désormais pour plus de la moitié du total (54 % en 2006 contre 48,9 % en 1995)."
8. Le vendredi 19 octobre 2007 à 18:41, par Bikun :
Merci Dom d'apporter des informations précises, c'est exactement ce que je souhaitais obtenir.
Non je ne conteste pas la pénibilité du travail. Les cheminots n’en n’ont cependant pas le privilège, il y en a dans tout métier (physique ou moral), dans le votre aussi Philippe je suppose.
Les cheminots qui posent les rails de nuit comme de jour, sous la neige et le vent, cela ne me semble pas particulièrement facile, mais faire un Paris Lyon en 3h en TGV, apparaît comme moins fatiguant non? Si c'était au volant d'un 35 tonnes embourbé dans les bouchons (aggravés par les grèves d'aujourd'hui) avec des impératifs de délai de livraison et donc de stress, c’est sans doute beaucoup moins agréable.
Et les infirmières ou les internes des hôpitaux travaillant 70 h par semaine (j'en connais) avec astreinte, c'est pas mal non plus. Au passage, il y en qui, lorsqu’ils font la grève, mettent un brassard autour du bras avec écrit « en grève »…sauf qu’ils continuent de travailler…
Et le commercial qui décolle de chez lui à 5h du matin, fait 700km de route par jour, dort dans des hôtels F1 après une journée de 15h une partie de la semaine loin de sa famille, c'est comment (j'en connais aussi)? Parce que lui, s'il ne tient pas ses objectifs, il est viré!
Tient, les cheminots, j'en connais un dans mon entourage, je vais aller l'interviewer aussi, que je sache réellement de quoi je parle. Et l’ouvrier en usine agroalimentaire, dans un abattoir, qui pendant 8h/jour découpe une vache en morceau à des cadences de machine, comment le qualifier ?
On pourrait sans doute trouver beaucoup d’exemples.
J’ai fais un rêve: qu’on puisse étendre les privilèges des ayants droits de ces régimes spéciaux à tous les actifs Français (niveler par le haut au lieu de l’inverse).
Ouvrons les yeux, la société évolue, parti à cause des décisions de nos politiques (de gauche ou de droite, la tendance de globalisation ne changera pas, je pense que vous êtes d’accord avec cette affirmation) parti à cause d'un ensemble de phénomènes mondiaux dont nous sommes aussi bien figurants que acteurs (acheter des oranges espagnoles, des chaussures made in china, prendre l’avion…etc.).
Ce système de régimes spéciaux instauré après la 2nd guerre mondiale mériterait dépoussiérage. C'est tout. Pas la peine d’en faire une grève.
Bien sur que prendre le train pour aller au boulot c’est fatiguant (même si je ne le prends pas en ce moment, je pédale). Pensez à tous ces japonais qui font 4h de train aller-retour docilement tous les jours !
Ca l’est encore plus quand il y a des grèves et que vous avez 100 fois plus d’usagers dans un seul train, des changements et des attentes interminables. J’ai un ami qui habite à Evreux et qui prend le Corail tous les matins pour aller travailler du côté de Bercy, il ne se plaint pas trop quand même.
Il faudrait un peu mieux présenter le problème, car ce n’est certainement pas (plus) la pénibilité de ces professions qui est à l’origine de ces grèves.
(Extrait d’un article sur Yahoo aujourd’hui) :
"Les personnels ont intégré le fait qu'il allait falloir passer à 40 ans de cotisations", selon des responsables de l'UNSA-RATP. "Ce qui ne passe pas, c'est le système de décote et la suppression des bonifications en 2009. Le gouvernement doit faire des concessions sur ces deux points".
Vous voyez, on avance quand même.
La vraie question c’est plutôt : que doit-on faire pour garder un service public efficace tout en adaptant notre pays aux contraintes actuelles?
Et le rôle des médias ? Berlol, pourrais-tu illustrer ton affirmation « le grossissement dramatique qu'en donnent les médias dans le but de stigmatiser le droit de grève » ?
La souris qui cache la montagne ? C’était aussi une de mes interrogations, car je ne crois plus en l’impartialité des médias quelque soit leur tendance. Les reportages sont de plus en plus fabriqués, le sensationnel primordial. J’écoutais récemment un commentaire sur cette jeune artiste en procès parce qu’elle avait laissé un baiser sur un tableau coûtant une fortune. J’avais été choqué que le journaliste précise haut et fort qu’elle était rmiste. Même l’Equipe, quotidien sportif, fait dans le sensationnel people…ça devient presque écoeurant.
Au, aussi une autre chose, je pense que ceux qui me connaissent n’affirmeraient pas aussi catégoriquement que je suis "un type de droite". Et l'expression "type de droite" est un peu, comment dire, « brutale » ! Voila, je suis de droite, la sentence est tombée comme une guillotine. Etre de droite cela sonne un peu comme être parmi les méchants, pire, l'ennemi ! On peut discuter ou on s’entretue d’abord ?!!
Je ne suis pas de droite, je n'ai pas voté pour Sarkozy. Je suis simplement contre CETTE grève (précisément) qui ne me semble pas justifiée et qui emmerde beaucoup d'usagers. Evidemment qu’on va s’en remettre mais être contre cette grève ne fait toujours pas de moi un électeur de droite même si, au passage, il n’y aurait aucune honte à cela, n’est-ce pas ?!
Merci pour le « Cela te paraîtra sûrement incompréhensible puisque tu es de droite ». A moins que ce ne soit de l’humour ; fort heureusement pour moi, je ne suis pas de droite, sinon j’aurais pu me sentir insulté!
Très cordialement.
Olivier Gascoin
9. Le vendredi 19 octobre 2007 à 22:37, par Berlol :
« le grossissement dramatique qu'en donnent les médias dans le but de stigmatiser le droit de grève »
Ça, c'est simple. Tu regardes les journaux télévisés des trois grandes chaînes sur les cinq derniers jours et tu comptes les minutes consacrées à :
1.- les revendications, le point de vue des organisations syndicales, les préparatifs de réforme du gouvernement, les situations détaillées desdits régimes spéciaux, d'une part,
2.- les problèmes des usagers des transports en commun, ceux qui comprennent, ceux qui protestent, l'organisation des familles pour s'organiser à cause de la grève, les moyens de pallier et d'arriver au travail malgré la grève, d'autre part,
Normalement, le 2 va être très supérieur au 1. CQFD.
Pour le reste, c'est beaucoup moins facile...
10. Le samedi 20 octobre 2007 à 02:00, par Dom :
Beaucoup moins facile, certes, mais social-corporatisme commence à ouvrir une piste : un État surdimensionné grand dispensateur de statuts est sans doute un des principaux maux de la société française actuelle, et ça remonte bien peut-être jusqu'aux vrais privilèges de l'Ancien régime.
D'où cet interminable et lamentable défilé de toutes les corporations pour grappiller des dispositions dérogatoires au régime commun, des cheminots aux intermittents du spectacle en passant par les multiples niches fiscales et l'ensemble des fonctionnaires. Les professions en situation de monopole (là aussi garanti par la puissance publique) ou capables d'exercer un chantage efficace (soit par réel pouvoir de nuisance [les cheminots cumulent les deux...], soit par le jeu d'une influence symbolique disproportionnée à leur utilité sociale) se tirent assez souvent mieux que les autres de ce petit jeu... Et il faudrait être bien certain que les motivations des responsables de cette situation (élus et hauts fonctionnaires) ne reposent que sur la seule considération de l'intérêt général pour continuer à croire ne serait-ce qu'un minimum à la légitimité de ce système.
Sans doute vaudrait-il mieux faire passer tout le financement de l'État providence par l'impôt (un impôt simplifié, revu et corrigé et réellement progressif : à noter que certains analystes, de plus en plus nombreux, considèrent que notre système fiscal et de protection sociale, par ailleurs très opaque dans son fonctionnement, est tout simplement massivement anti-redistributif) et mettre un terme à toute gestion paritaire.
Pour le caractère anti-redistributif du système français, voir par exemple La France injuste : 1975-2006 : pourquoi le modèle social français ne fonctionne plus / Timothy Smith, Autrement, 2006. Assez refroidissant comme lecture. [Mais avec un nom pareil, pas étonnant ?]
11. Le samedi 20 octobre 2007 à 17:35, par christine :
« un État surdimensionné grand dispensateur de statuts est sans doute un des principaux maux de la société française actuelle » ..!? autre excellent exemple de la propagande actuelle : je vais prendre le relais de Philippe De Jonckheere pour vous inviter à réfléchir plus « concret » (histoire de ne pas laisser le monopole du « c’est ça que vous voulez...!? » au chef de notre État en train de fondre)
pour ma part je travaille dans une bibliothèque, où de plus en plus les fonctionnaires qui partent ne sont pas remplacés (et cette tendance s'accentue de jour en jour, tant la principale occupation de certains haut-fonctionnaires devient celle de trouver comment se montrer meilleurs élèves que leurs collègues en supprimant le plus d’etp (« équivalents temps plein ») possible dans leurs service sous prétexte de les « réorganiser ») : le résultats concret est que dans un premier temps ceux qui restent se partagent les taches de ceux qui sont partis, puis assez vite ne peuvent pas tout faire !
concrètement, cela signifie au quotidien faire des choix, laisser tomber ce qui semble moins prioritaire, et au final rendre un service de moins en moins bon : tant qu'il ne s'agit que de ne pas communiquer à un lecteur le livre qu'il avait besoin de lire, ce n'est sans doute pas très grave (il se contente d'engueuler le fonctionnaire qu'il a en face de lui ou de fondre en larmes !), mais j'imagine assez bien ce que cela peut donner dans un hôpital et je n’aimerais pas être à la place des fonctionnaires qui y travaillent : débordé, est-ce qu'on laisse crever plutôt la chambre 666 ou plutôt l'accidenté qui vient d'arriver ..?
je souhaite donc à tous ceux qui pensent qu'il y a trop de fonctionnaires de ne pas avoir à séjourner dans la chambre 666 ... ou bien, s'ils ont à le faire (parce qu'ils n’ont pas les moyens de se payer une clinique privée) de bien vouloir, dans la chambre 666, crever en silence et heureux de participer activement au redimensionnement de l’État, en se réjouissant qu’il y ait enfin moins de ces parasites de fonctionnaires !
12. Le dimanche 21 octobre 2007 à 01:30, par Dom :
Christine, puisque vous êtes une lectrice régulière de ces billets, il ne vous a pas échappé que je souffrais d'un fâcheux penchant à la polémique. Abonné au fil RSS des commentaires, j'en ai vu ce matin passer un très court, signé lui aussi christine : "mal fréquenté ce blog!". Réapparaîtra-t-il ou est-il bloqué quelque part dans les replis de l'antispam ou encore notre hôte si urbain a-t-il décidé de le supprimer afin de ne pas exciter ma logorrhée coutumière ? Ce commentaire, et "propagande", je ne vous aurais sans doute pas répondu sinon. Mes excuses à l'assistance.
Alors, quelques notations et une bien trop longue citation, scusatemi :
- le ton de la gauche républicaine et étatiste en France, empli de mépris et d'arrogance, insupporte une part de plus en plus importante de nos concitoyens. Voir ici notre ami Bikun. Comme je n'ai personnellement jamais eu la moindre sympathie pour ce courant de pensée (il y a d'autres gauches, vous savez), son apparemment irrésistible déclin, malgré quelques barouds d'honneur (le Non à la constitution européenne, qui nous aura coûté deux ans pour un résultat infime et tout symbolique), ne m'affecte que modérément. Mais pourquoi faut-il que ses aficionados s'énervent à ce point dès qu'on s'emploie, courtoisement et argumentativement, on espère, à discuter de quelques-uns de ses dogmes, et en particuler celui qui voudrait que le service de l'intérêt public soit d'une essence tellement rare et insaisissable que seul le génie tout particulier de la Grande République française ait su comment l'incarner dans des institutions intangibles (dont bien entendu le perfectissime statut général de la fonction publique et ses dérivés des entreprises publiques), dont la moindre remise en cause déboucherait sur une grave décadence de tout ce que nous avons de plus sacré ? Vous n'en faites pas un peu trop ?
En l'espèce, vous tapez d'ailleurs un peu à côté, ce n'est pas tant le nombre de fonctionnaires que je mettais en cause (l'Etat est surdimensionné surtout parce qu'il intervient trop fréquemment et de façon trop complexe dans trop de domaines, d'où le nombre de fonctionnaires [je suis d'ailleurs tout près de penser que la causalité va aussi un peu dans l'autre sens, mais basta]) que la quête générale de statuts garantis par la puissance publique, qui me semble, dans toute communauté, parfaitement délétère et devoir déboucher presqu'immanquablement sur une société d'envie et de défiance
(et voici la longue citation, un article du Monde du début du mois, "propagande" qui me semble soulever des questions assez pertinentes sur notre modèle social et dont aucune des réformes proposées ne me paraît, mais je me trompe sans doute, intrinsèquement "de droite" . Ah au fait, je penche du côté "scandinave", ça fait sans doute quand même de moi un "de droite", mais vous aurez besoin de nous, mes chers :
"Selon un cliché bien établi, les Français seraient méfiants et peu civiques. Le World Values Survey, une des plus vastes enquêtes internationales d'opinion, indique que seuls 21 % des Français déclarent faire confiance aux autres. Cette proportion atteint plus de 60 % dans les pays scandinaves. Sur les 26 pays les plus riches de la planète, la France se trouve en 24e position, devant le Portugal et la Turquie. Les Français se méfient, plus que les autres, de la justice, du Parlement, des syndicats, de la concurrence et du marché. L'incivisme résulte de cette méfiance : 39 % des Français déclarent qu'il n'est jamais justifié de demander indûment des aides publiques contre 87 % des Danois et plus de 70 % des Britanniques.
Pourtant, défiance et incivisme ne sont pas des atavismes culturels. De nouvelles données sur l'évolution historique des attitudes sociales montrent que les Français étaient plus enclins à la confiance mutuelle avant la seconde guerre mondiale. On peut voir un effet de l'Occupation sur ce changement. Mais le modèle social instauré après la Libération est aussi en cause.
La volonté originelle de concevoir un système universaliste, dans lequel tout le monde bénéficie des droits sociaux, a achoppé sur les revendications corporatistes qui ont fait perdurer des régimes de sécurité sociale spécifiques : cadres, fonctionnaires, artisans et commerçants, professions libérales, sans parler des multiples régimes spéciaux des grandes entreprises publiques ou de professions particulières (parlementaires, mineurs, clercs de notaire, marins, militaires, etc.).
Cela a installé un système opaque et inéquitable. Bien que les dépenses sociales soient très élevées en France, elles sont mal réparties. Les inégalités attisent les jalousies et les dérogations multiples érodent la cohésion sociale. Pendant les "trente glorieuses", la croissance a masqué ces défauts, mais ils sont vite devenus criants.
Parce que notre syndicalisme s'est affaibli, avec des centrales arc-boutées sur leurs privilèges liés à la gestion paritaire, l'Etat est venu pallier le manque de dialogue social. Mais cet interventionnisme a encore affaibli les syndicats et la concertation. En créant de nombreuses barrières réglementaires à la concurrence pour protéger tel secteur ou telle profession, il a contribué à renforcer l'opacité du fonctionnement de l'économie. Bref, le corporatisme, doublé d'un Etat très dirigiste, constitue un cocktail particulièrement nocif, à l'origine d'un véritable cercle vicieux.
Ce système opaque, très complexe et inégalitaire, incite chacun à tirer la couverture à soi. Repliés sur eux-mêmes, les Français portent un regard particulièrement critique sur la société dans laquelle ils vivent : plus de la moitié pense que nul ne peut atteindre le sommet sans être corrompu, tandis que ce chiffre est de 13 % en Norvège et de 22 % aux Etats-Unis. Cette attitude a des conséquences néfastes : selon plusieurs études, la défiance et l'incivisme freinent significativement la croissance.
Comment sortir de ce cercle vicieux ? Les pays scandinaves, en optant pour un modèle universaliste, qui offre les mêmes droits sociaux à tous et qui limite les barrières réglementaires à la concurrence, semblent avoir trouvé la clef pour raffermir le sentiment de communauté d'intérêt. Quant aux pays anglo-saxons, ils ont emprunté une voie libérale, où la faible intervention de l'Etat dans tous les domaines a favorisé l'accroissement des inégalités. La confiance mutuelle en a pâti, mais dans une moindre mesure qu'en France, où le modèle social oeuvre directement à segmenter la société et à saper la confiance mutuelle.
Rétablir cette confiance nécessite un changement de cap pour corriger la dérive corporatiste et dirigiste du modèle social français. Les réformes doivent donc favoriser la limitation des situations particulières et dérogatoires, promouvoir le dialogue social et instituer une véritable mutualisation des risques liés au fonctionnement d'une économie moderne.
Ces impératifs tracent la voie des chantiers prioritaires : harmoniser les régimes de sécurité sociale, en matière de retraite mais aussi de santé ; réformer en profondeur la représentativité syndicale, afin que les syndicats soient présents dans les entreprises et gèrent de véritables missions de service public dans les instances paritaires plutôt que des intérêts corporatistes ; accentuer l'indépendance des instances de régulation de la concurrence ; créer une agence publique qui coordonne l'assurance chômage, l'accompagnement des demandeurs d'emploi et la formation professionnelle, afin d'assurer une sécurisation des parcours professionnels. Tout cela doit permettre aux Français d'envisager l'avenir avec confiance.")
— je suis moi aussi fonctionnaire, moi aussi bibliothécaire, je ne serais pas tellement étonné que nous appartenions d'ailleurs au même corps de la fonction publique, mais je n'en porte pas moins un jugement à peu près parfaitement opposé au vôtre en ce qui concerne les effectifs de nos services. Précisons que ce n'est d'ailleurs pas tant le nombre de fonctionnaires qui me gêne que leurs, disons, dispositions, pour employer le mot le plus général; dispositions dont je pense, en bon spinoziste bourdieusien, que personne n'en est d'ailleurs individuellement responsable. Elles n'expriment que les positions dans lesquelles nos si sages législateurs nous ont placés et qui conduisent à de graves perturbations du système de nos incitations (pour ne prendre qu'un exemple, simple mais de très grande portée : les responsables de la fonction publique d'État, au niveau, opérationnel, des services eux-mêmes, ne disposent d'aucun des trois leviers de toute bonne GRH, recrutement, avancement de carrière et rémunération; c'est un tout petit peu handicapant, au quotidien).
Effectif et système des motivations sont sans doute liés : disons que vu nos dispositions collectives, on a sans doute besoin au moins du nombre de fonctionnaires actuel, sinon même un peu plus sans doute. Si celles-là venaient à changer (pour continuer à vous énerver, je dirais qu'il faudrait au minimum supprimer intégralement le statut de 1946 revu 1984, repartir d'une table rase et accorder en outre une autonomie complète de gestion à tous les établissements publics), il serait peut-être possible en effet que "ceux qui restent se partagent les tâches de ceux qui sont partis". Je peux attester, puisque l'ennemi est déjà dans la place, qu'on dispose d'une certaine marge de progression, cela dit sans vouloir effrayer les contribuables qui nous lisent.
Ah aussi, je suis très favorable à "laisser tomber ce qui semble moins prioritaire" et à "faire des choix au quotidien", ça me paraît le minimum de ce qu'on peut raisonnablement attendre de tout responsable dans quelque entreprise que ce soit (entendez entreprise au sens le plus large possible, svp). Je conviens avec vous que la "dégradation" du service rendu, dans nos domaines, n'est de toute façon sans doute pas très grave. Dommage pour nous, on n'aura pas de bonnes retraites.
Sur ce, salut et fraternité. Rendez-vous le 4 août.
13. Le dimanche 21 octobre 2007 à 01:38, par Berlol :
Le "mal fréquenté ce blog!" renvoie au 3 février 2006 et s'y trouve tout à fait justifié...
14. Le dimanche 21 octobre 2007 à 01:48, par Dom :
Oui, je viens de m'en apercevoir en reprenant ma lecture, toutes mes excuses à toi et à christine. Reste "propagande", ce n'était pas bien méchant...
15. Le dimanche 21 octobre 2007 à 02:03, par Berlol :
J'ai mis ta citation en italiques pour que ce soit plus clair. L'ensemble de la discussion me dépasse un peu, puisque je ne suis pas au fait des statuts des fonctionnaires. Aussi avoir une opinion comme "il faut plus / moins de fonctionnaires" me paraît tomber directement dans le travers de l'opinion aveugle et manipulée. Ce n'est d'ailleurs pas moi qui ai lancé le sujet...
16. Le dimanche 21 octobre 2007 à 02:23, par Dom :
Non c'est de fil en aiguille mais pas complètement arbitraire, de ton "anti-grève" du commentaire 4 peut-être un peu à l'emporte-pièce à la réaction de Bikun à celle de Philippe au "de droite" à la belle lettre de Bikun à ton "beaucoup moins facile" à mes "c'est pas si difficile que ça" et "surdimensionné" à la propagande et au concret de christine. Mais ça se tient. Désolé pour le dérangement.
17. Le dimanche 21 octobre 2007 à 02:27, par Berlol :
Non non, y'a pas d'mal. C'est bien de remonter le fil. On se sent saumon.
18. Le dimanche 21 octobre 2007 à 07:14, par christine :
puisqu’aussi bien j’ai déjà pu apprécier ici votre sens de la polémique, Dom, qu’à votre tour vous répondez complètement à côté en noyant le « saumon » de Berlol, et que tout cela est trop complexe pour être résolu dans un échange de commentaires, je me contenterai de quelques précisions me concernant et complétant mon propos de cette nuit (un peu « à l’estomac », je vous le concède, mais à 3 heures du matin (« en pleine nuit, à 350 kilomètres ») je m’énerve plus facilement!) :
- mon « mal fréquenté ce blog! » ne s’adressait absolument pas à vous, mais renvoyait comme le précise Berlol à un bref échange du 3 février 2006 (je lis les commentaires en rss)
- faire des choix est bien entendu le quotidien de chacun, mais vous êtes là de mauvaise foi : je parlais de la nécessité de plus en plus fréquente de devoir faire des choix entre très important et très important, du stress qui en découle et surtout des conséquences possibles
- je n’ai jamais parlé de « gauche » ni de « droite » car contrairement à ce cher BHL je ne suis plus tout à fait sûre de savoir ce que c’est aujourd’hui ; les syndicalistes et bon nombre de politiques m’horripilent ; m’insupporte au premier chef la bonne conscience, de gauche comme de droite, et j’aime assez contredire les uns comme les autres : cela m’a déjà valu de me faire traiter de gauchiste, de tatchérienne, d’anarchiste de droite ou de gauche selon, etc.
- je n’appartiens pas à un corps des bibliothèques mais suis détachée depuis mon corps d’origine, ce qui me vaut de stagner lamentablement dans les « grilles statutaires » comme ont dit chez nous : la « table rase » que vous appelez de vos vœux ne m’effraierait donc pas plus que ça (d'autant que je connais des « catégorie C » et des « vacataires » nettement plus efficaces que des « catégories A+ » !) si je n’imaginais par avance la façon dont dans l’état d’esprit actuel elle serait menée : un bon nivellement par le bas !
- mon mari appartenant à un autre corps plus prestigieux de la fonction publique, je suis amenée à bavarder (et à polémiquer à l'occasion!) avec des haut-fonctionnaires qui « disposent des leviers de toute GRH » que vous regrettez de ne pas avoir en main (moi pas!) et ce qu’ils font de ces leviers me scandalise
comme vous il lisent et régurgitent à l’envi la doxa et le beau discours économico-langue de bois du Monde (la LQR décrite par Eric Hazan), parlent « surdimensionnement de l’état », RGPP (« Révision générale des politiques publiques », se gargarisent de « modèle scandinave » et autres nécessités de « changement de cap pour corriger la dérive corporatiste et dirigiste du modèle social français » (!), et considèrent volontiers avec le plus grand mépris le travail et les « dispositions » des fonctionnaires qui sont sous leurs ordres (moi et sans doute vous compris)
ces beaux discours creux leur servent malheureusement à justifier leurs choix quotidiens en matière de GRH : un zèle particulier mis à se montrer bons élèves et à apporter, en anticipant souvent d’ailleurs sur une réelle demande hiérarchique, la réponse considérée aujourd’hui comme « bonne » : réduire le nombre des fonctionnaires
tout ceci en toute amitié littéréticulaire, bien sûr, et sans vraiment espérer vous convaincre !
19. Le dimanche 21 octobre 2007 à 07:49, par Berlol :
Un bel échange de fond de court, en tout cas ! On ne voit pas ça tous les jours. Et j'en apprend plus que dans les médias... Bravo à vous deux.
20. Le lundi 5 novembre 2007 à 12:23, par Bikun :
Me revoila, non pour faire enfler la polémique mais simplement pour apporter un autre témoignage, cette fois-ci venant de "l'intérieur"! Cet ami cheminot dont je parlais. Et je m'arrêterais la.
1- ne pas écouter la télévision, relais de com de l'Elysée...
2- ne pas écouter les syndiqués interrogés par la télévision, ils choisissent ceux qui passent le mieux à l'antenne (autrement dit forcément barbus bien énervés et surtout pas cohérents...)
Maintenant on discute !
aujourd'hui, la caisse de retraite spécifique aux cheminots (indépendante de la caisse de retraite classique, autofinancée par les seuls cheminots) est déficitaire car la masse salariale a diminué de moitié en 50 ans (de 300000 personnes en 1950 à 150000 aujourd'hui). C'est l'Etat qui a imposé ces coupes sombres afin de recentrer notamment sur l'activité commerciale voyageurs plutôt que Fret, mais également pour des gains de productivité énormes grâce aux nouvelles technologies et à la sous-traitance.
Comme pour les agriculteurs ou toute corporation touchée par un déficit structurel de génération, c'est l'Etat qui met la main à la poche pour combler ce trou, donc le contribuable... C'est ce déficit qui pose problème.
Si tu m'as suivie, tout ceci n'a rien à voir avec le départ à 55 ans.
Pour financer le départ à 55 ans, nous cotisons 12% de plus qu'un salarié classique et ce "cadeau" nous a été octroyé par l'Etat en échange de la mission de service public que nous assurons pour lui (désormais limitée au transport régional, le TGV a une gestion type privée) et de l'imposition par l'Etat de grilles de salaires spécifiques (plutôt moins favorables que dans le privé).
Dans l'entreprise, il y a quasi consensus sur le fait de cotiser quelques années de plus car tout le monde a conscience que le déficit, qui ne durera que le temps d'une génération d'ailleurs, doit être absorbé d'une manière ou d'une autre.
Le problème, c'est que le président a donné 2 semaines aux syndicats pour discuter d'une réforme déjà ficelée. C'est assez méprisant de sa part. Dans ce projet, il est écrit que nous cotiserons 41 ans (OK), pour être moins indemnisés (Ah, il nous avait semblé que travailler plus permettait de gagner plus, ou au moins pareil...), pour tous les salariés, même ceux prêts à partir (une toute petite progressivité pour les départs dans les 5 ans) et rien sur le fait qu'on a toujours gagné moins car on avait cet avantage....
Là, ça coince...
C'est la première fois qu'il y a un fort taux de gréviste chez les cadres (toujours moins prompts à la grève que les salariés de base), car, à poste équivalent, ils sont payé en moyenne 2 fois moins que dans le privé et ne sont pas ravis d'être traités de nantis... L'assiette de cotisation sur un salaire 2 fois moins élevé donne une retraite quasiment 2 fois moins importante...
Ca n'est pas vraiment le fond qui pose problème, mais bien la forme, avec un sentiment d'injustice perçu à tous les niveaux de l'entreprise dans le traitement de ce sujet qui dépasse complètement le cadre des retraites, et qui est instrumentalisé par les syndicats et le gouvernement pour jouer un bras de fer politique qui n'a rien à voir avec l'entreprise.
Pour terminer, il faut savoir que le ministre a négocié avec le syndicat des conducteurs (seul à avoir la capacité de bloquer les circulations) qui seront traités à part (diviser pour mieux régner) et qui verront leur "pénibilité" prise en compte. Les autres, comme ceux travaillant sur les voies, n'ont pas la capacité de bloquer la France, leur travail ne sera donc pas considéré comme pénible. Drôle d'équité dans les négociations.
Bref, tu as peut-être senti mon agacement. Je trouve déplorable d'en arriver à faire chier tout le monde avec des grèves, de perdre des journées de salaire, de détériorer l'image et les résultats de l'entreprise... Pour une réforme qui, si elle avait été menée autrement, serait passée comme une lettre à la poste.
Ceci n'est pas la version officielle des faits, seulement la mienne, j'espère que ça aura répondu en partie à tes interrogations...
Sache qu'un nouveau préavis est déposé pour le 13 novembre à partir de 20h, si tu devais prendre le train, décale...
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