Il est tout de même amusant de voir combien des assis du livre et de la littérature rancie se sentent grandis en abattant leur Robbe-Grillet. Sorin avec finesse, Assouline sans. Au lieu de s'attaquer à du littérairement nouveau (Rosenthal, Tugny, Vasset, que sais-je ?), ils font rejouer le petit théâtre de leur jeunesse en essayant de faire croire aux jeunes du web que ça vient de sortir.
Ce que j'écrivais chez le premier, s'applique aussi à merveille au second :
« Pour ce qui est d'ARG, il n'a jamais écrit aucun livre ni tourné aucun film qui soit en effet "érotique". Il n'a toujours fait que jouer avec les symboles, icônes et motifs des fantasmes érotiques, avec humour, espère-t-il...
En essayant de le dénoncer, vous ne faites qu'aller dans son sens, montrer que vous n'avez jamais compris son projet, que vous êtes insensible à son humour — ou que vous le désapprouvez (ce qui serait le plus défendable). Et ça fera bientôt 50 ans que ça dure ! Belle persévérance ! »

N'ayant pas encore lu le livre en question, je réserve mon avis sur sa qualité... Néanmoins, j'ajouterais qu'à l'instar de beaucoup d'écrivains ou d'artistes, Robbe-Grillet n'est plus le créateur qu'il a pu être il y a quelques décennies, qu'il fige en la parodiant la créativité du Robbe-Grillet des années 50-70. Ce n'est pas lui faire insulte de dire que sa production n'est plus, depuis longtemps, originale. Provocateur institutionnel dans son présent d'académicien, avec le ridicule et le dérisoire que cela comporte, et qu'il n'ignore pas (on s'amuse comme on peut...), il n'en reste pas moins admirable pour ce qu'il a été, l'auteur — et co-auteur avec Simon, Sarraute, Pinget et quelques autres — d'une rupture formelle et générique par laquelle rejaillissait une ontologie en creux aux antipodes du romanesque humaniste et surfait que les héritiers de Balzac pérénisaient et pérénisent encore avec la bénédiction du commerce éditorial.
Tout cela n'est pas nouveau, il est juste étonnant de voir ces messieurs remettre le couvert comme si de rien n'était. Et dégoûtant de voir que toute une jeunesse qui se croit intelligente parce qu'elle est hyper-connectée va gober tout ça tout cru et se faire rouler dans la farine.

De mon côté, plusieurs feux à surveiller. Les trois cours ont eu lieu dans la joie et la bonne humeur, surtout celui de prononciation, avec des exercices de change (monétaire) et de liaisons (phonétiques), entre euros et yens sur des articles de mode, et le séminaire de cinéma où l'on a passé en revue les articulations d'Ascenseur pour l'échafaud pour souligner la construction du film — émotion des étudiants sur deux moments clés :  le retrait de la corde par la petite fille venue de nulle part, et le pistolet du touriste allemand, qui n'est en réalité qu'un tube de cigare.
Mais l'essentiel se joue au bureau, dans la rédaction détaillée d'un budget enfin acceptable pour notre projet de recherche. T. va pouvoir être rassurée...

« D'ailleurs où est-elle ? », me disais-je vers 23 heures... Depuis, nous nous sommes téléphonés. Maintenant, c'est moi qui suis rassuré. Mais à chaque fois, j'ai l'occasion de développer ma connaissance de ce que j'appelle une maladie : l'angoisse d'être sans nouvelles d'elle, dans quoi se mêlent l'angoisse de l'accident et l'angoisse de la mort. De façon totalement irrationnelle, je sens un déclic après quoi se forment des idées angoissantes qui ont toujours une base rationnelle : le taux d'accidents graves ou mortels dans la maison, le risque d'agression à l'extérieur, etc., qui sont de notoriété publique. Et ce n'est pas tant de ne pas avoir de nouvelles maintenant qui m'angoisse, que l'idée de ne pas en avoir dans une heure, dans deux heures... Et l'effroi croît dans l'ombre noire de chez noir de l'impuissance à tenter quoi que ce soit, en pleine nuit, à 350 kilomètres — comme si j'étais sur une autre planète avec une liaison radio qui crachote et ne répond plus.
Il faudrait ne pas vivre séparés la moitié du temps. Nous sommes victimes (parmi les victimes, dans une totale banalité) d'un système social qui nous délocalise où est l'emploi. S'en plaindre ? Je ne sais pas. Nous avons accepté, aussi.