Certaines nuits à parler, à défaut de dormir, on ne sait plus si l'on joue avec les blancs ou avec les noirs. Les couleurs s'inversent quand on perd des illusions. Mais les perd-on vraiment ? Cause ou coïncidence, dehors le typhon déploie tous ses talents : pluie, vent, sifflements divers. De la grosse tourmente.

Forcément, on se lève tard. Et tout est nettoyé. Peut-être pas dans nos têtes, mais dehors c'est grand soleil. Comme toujours, derrière un typhon. Rangement, ménage, lessive, pas le temps d'ouvrir un livre, ou même une page web que c'est déjà midi. Je nous relève le moral avec la sauce des pâtes et T. renchérit grâce à de bonnes nouvelles académiques trouvées en ligne. J'écoute Stiegler, chez Fauré, avec intérêt mais avec peu de profit, aujourd'hui. Comme si je savais ou pensais déjà ce qu'il dit, à peu près.
Pendant qu'elle est à son ordinateur, T. réserve deux places de cinéma à Roppongi pour quatre heures.
Sortons à trois heures — j'ai justement fini de paramétrer un blog mériméen fermé (pour un groupe de travail). Il fait encore grand soleil quand on débouche à Azabu-Juban pour remonter tranquillement vers la tour, puis nous laisser porter par les escalators et aller retirer nos billets à une borne, dans le hall d'entrée du cinéma (avec un code donné à la réservation et notre numéro de téléphone).
Le film ? Comme T. aime bien Jodie Foster et qu'on a besoin de cours de vengeance, c'est The Brave One (Jordan, 2007). Plus fin que je ne l'avais craint. Trop de musique psychologique, comme d'habitude. Mais belle thématique de la voix, de la prise de son ou d'image. Le crime enregistré prend une autre dimension (pour réécoute douloureuse, découverte d'indices, diffusion ultérieure sur téléphone portable) dans une histoire qui convoque dans sa trame-même vidéo et vidéo-surveillance, radio, micro, téléphone, sans oublier quelques tours homériques comme s'appeler « Personne », être reconnu à la fin par le chien perdu au début, etc.
En redescendant vers le métro, T. m'attire dans un restaurant de sobas paraît-il très connu, Naga Saka Sara Shina, où elle allait enfant, adolescente, étudiante, bref, qu'elle adore. Et c'est très bon ! (Même si là, maintenant, en écrivant, j'ai faim...)

De retour à la maison, je constate que le blog collectif fonctionne. C'est encore une bonne nouvelle. Mais... Tiens, il y a un message téléphonique ! Hélas, c'est l'annonce du décès d'une cousine par alliance, à Oita, dans le nord de l'île de Kyushu, une mamie de plus de quatre-vingts ans, cordiale, joviale, ridée comme une très vieille pomme de la campagne rizicole du Japon profond mais pas étonnée quand on sort un appareil photo miniature ou un ordinateur portable pour lui montrer des photos de son cousin, le père de T. — qu'elle vient à son tour de rejoindre. T. va donc faire l'aller-retour demain et après-demain, en avion, pour assister aux cérémonies.
Je vais chercher une photo d'elle.