Coup d'état — mais dans un verre d'eau
Par Berlol, mercredi 14 novembre 2007 à 23:59 :: General :: #824 :: rss
Sans aller jusqu'à Sirius, mes dix mille
kilomètres d'éloignement font paraître
comiques les gesticulations leoscheeriennes visant à
remplacer une institution inique et vérolée
(celle des Prix littéraires dans son ensemble) par une
institution usurpatoire et partiale plus encore. Je suis de l'avis de François que
ces hochets d'or ou de plastique devraient cesser d'exister et n'ai
proposé de Prix JLR que pour saper un peu plus le
système. On aurait pu ainsi avoir des Prix B, JLR, LF, TL,
et des dizaines d'autres encore, dont le bruit médiatique
aurait pu porter un discrédit durable aux institutionnels.
Au lieu de quoi on s'échine à publier un communiqué comme si
l'on réglait un coup d'état — mais dans
un verre d'eau.
Et quand même. Je suis très heureux du Wepler pour Olivia.
Ainsi va le monde — aporétiquement.
Après les deux cours du matin, je m'échappe tout de suite. Pas assez de temps pour aller à l'immigration, à cause de la réunion de 15h15, mais assez pour aller au sport. Je pédale sur place, je transpire vite, le corps déjà échauffé par la proxémique de classe. J'avance encore dans le Livre blanc, qui va bientôt finir. Je n'en ai pas encore parlé mais j'ai toujours cette réminiscence, depuis les premières pages. Ça vient de la notion de friche, de lieu non cartographié. Et aussi du ton de Vasset, plus intime et plus juste que dans ses livres précédents. Ça me renvoie subtilement (comme un alcool) à au moins un passage de Michaël Ferrier...
« Cette nuit-là, la deuxième soirée commençait assez doucement. Nous avions pris plusieurs métros de suite, changé dix fois de correspondance, j'avais l'impression qu'il voulait me perdre, ou bien semer quelqu'un. Il procédait toujours de la sorte : avec lui, Tokyo devenait une course-poursuite, un immense polar. Finalement, après plusieurs détours, nous arrivâmes dans l'ouest de la ville, du côté de Kokubunji. En sortant du train, il bifurqua soudainement ; au lieu de s'engager vers la gare, il prit un petit escalier de traverse, juste à côté du rail, puis il poussa une barrière...
[...] Nous étions arrivés sur une plate-forme entourée d'herbes, l'obscurité était presque totale, seule une loupiote jaune indiquait l'entrée d'une trappe, surmontée d'un verrou que Yo tira sans hésitation. La planche se souleva en grinçant, dévoilant une cavité. C'était un trou dans le sol d'environ trois mètres de profondeur : en penchant bien la tête, on pouvait voir une série d'arbustes étranges plantés bien régulièrement en contrebas.
"Regarde... des nanpaku-udo. Tu connais ce légume, bien sûr ?..."» (Michaël Ferrier, Tokyo, Petits portraits de l'aube, Paris : Gallimard, 2004, p. 47-48)
Et aussi au très beau Conduite intérieure de Pierre Marcelle (1993), pour l'errance autour du périphérique, l'habitat inhospitalier, les sites blancs, etc.
« [...] Ce n'était plus une ville mais une maquette : qui vivait là ? Armé de ma carte, je traquais la moindre brèche : les quelques mètres carrés de blanc laissés, porte de CLignancourt, par les parking du dépôt de la RATP ou bien le creux que formait, porte des Lilas, le toit d'un réservoir souterrain.
Mais plus je m'acharnais, plus les trouées rétrécissaient : ce n'étaient plus que dalles noirâtres et humides sous les ponts, cours encombrées de poubelles au fond des porches, terrasses jonchées de détritus, rampes de parking s'enfonçant dans la pénombre, terre-pleins herbeux à la croisée des routes et, au centre des immeubles, des puits de poussière clos par une verrière constellée de fientes de pigeon. [...] » (Philippe Vasset, Un Livre blanc, p. 123-124)
Dîner
avec Sophie, Andreas et Benoît au Paragon,
derrière Motoyama. Du coup, on y vient tous les quatre en
vélo. Andreas et moi en profitons pour aller faire quelques
courses au Matsuzakaya (l'huile d'olive a beaucoup augmenté,
on paie la faiblesse du yen). Près des pots d'anchois, nous
reconnaissons Sophie téléphonante. Pourtant le
rapport anchois / Sophie n'est pas évident. Traversons le
carrefour de Motoyama pour rejoindre
Benoît téléphonant
à un croisement de ruelles.
Excellente cuisine fusion asiatique. On parle un peu musique (entre autre). Chacun essaie de résumer ses goûts ou son parcours. Entre les commandes de boissons qui fusent, les plats épicés qui arrivent pleins et repartent vides. J'essaie d'expliquer pourquoi je n'en écoute presque plus...
Et de retour à la maison, j'y replonge pour deux heures sous prétexte d'envoyer à Sophie quelques références, style Muslimgauze, Stereolab ou Mouse on Mars.
Là,
Andreas répète ce que Sophie vient de lui
apprendre : comment un prof américain doit se
protéger d'éventuelles accusations d'attouchement
ou de
harcèlement sexuel quand un élève lui
donne un hug.
C'est dommage, j'ai sorti l'appareil-photo trop tard, je n'ai pas pu la
prendre, elle, faisant cela... Il faut lever les bras au dessus
de la tête, façon chimpanzé,
pour bien montrer
qu'on n'est pas l'auteur d'un mouvement vers l'enfant. Et le dire haut
et fort.
À rapprocher du fait divers cité la semaine dernière dans les médias français : une lycéenne américaine exclue quelques jours pour avoir pris une (ou un) de ses camarades dans ses bras. Le directeur de l'école expliquait qu'entre les enfants, ça commence par un hug et on ne sait pas où ça finit...
Et quand même. Je suis très heureux du Wepler pour Olivia.
Ainsi va le monde — aporétiquement.
Après les deux cours du matin, je m'échappe tout de suite. Pas assez de temps pour aller à l'immigration, à cause de la réunion de 15h15, mais assez pour aller au sport. Je pédale sur place, je transpire vite, le corps déjà échauffé par la proxémique de classe. J'avance encore dans le Livre blanc, qui va bientôt finir. Je n'en ai pas encore parlé mais j'ai toujours cette réminiscence, depuis les premières pages. Ça vient de la notion de friche, de lieu non cartographié. Et aussi du ton de Vasset, plus intime et plus juste que dans ses livres précédents. Ça me renvoie subtilement (comme un alcool) à au moins un passage de Michaël Ferrier...
« Cette nuit-là, la deuxième soirée commençait assez doucement. Nous avions pris plusieurs métros de suite, changé dix fois de correspondance, j'avais l'impression qu'il voulait me perdre, ou bien semer quelqu'un. Il procédait toujours de la sorte : avec lui, Tokyo devenait une course-poursuite, un immense polar. Finalement, après plusieurs détours, nous arrivâmes dans l'ouest de la ville, du côté de Kokubunji. En sortant du train, il bifurqua soudainement ; au lieu de s'engager vers la gare, il prit un petit escalier de traverse, juste à côté du rail, puis il poussa une barrière...
[...] Nous étions arrivés sur une plate-forme entourée d'herbes, l'obscurité était presque totale, seule une loupiote jaune indiquait l'entrée d'une trappe, surmontée d'un verrou que Yo tira sans hésitation. La planche se souleva en grinçant, dévoilant une cavité. C'était un trou dans le sol d'environ trois mètres de profondeur : en penchant bien la tête, on pouvait voir une série d'arbustes étranges plantés bien régulièrement en contrebas.
"Regarde... des nanpaku-udo. Tu connais ce légume, bien sûr ?..."» (Michaël Ferrier, Tokyo, Petits portraits de l'aube, Paris : Gallimard, 2004, p. 47-48)
Et aussi au très beau Conduite intérieure de Pierre Marcelle (1993), pour l'errance autour du périphérique, l'habitat inhospitalier, les sites blancs, etc.
« [...] Ce n'était plus une ville mais une maquette : qui vivait là ? Armé de ma carte, je traquais la moindre brèche : les quelques mètres carrés de blanc laissés, porte de CLignancourt, par les parking du dépôt de la RATP ou bien le creux que formait, porte des Lilas, le toit d'un réservoir souterrain.
Mais plus je m'acharnais, plus les trouées rétrécissaient : ce n'étaient plus que dalles noirâtres et humides sous les ponts, cours encombrées de poubelles au fond des porches, terrasses jonchées de détritus, rampes de parking s'enfonçant dans la pénombre, terre-pleins herbeux à la croisée des routes et, au centre des immeubles, des puits de poussière clos par une verrière constellée de fientes de pigeon. [...] » (Philippe Vasset, Un Livre blanc, p. 123-124)
Dîner
avec Sophie, Andreas et Benoît au Paragon,
derrière Motoyama. Du coup, on y vient tous les quatre en
vélo. Andreas et moi en profitons pour aller faire quelques
courses au Matsuzakaya (l'huile d'olive a beaucoup augmenté,
on paie la faiblesse du yen). Près des pots d'anchois, nous
reconnaissons Sophie téléphonante. Pourtant le
rapport anchois / Sophie n'est pas évident. Traversons le
carrefour de Motoyama pour rejoindre
Benoît téléphonant
à un croisement de ruelles.Excellente cuisine fusion asiatique. On parle un peu musique (entre autre). Chacun essaie de résumer ses goûts ou son parcours. Entre les commandes de boissons qui fusent, les plats épicés qui arrivent pleins et repartent vides. J'essaie d'expliquer pourquoi je n'en écoute presque plus...
Et de retour à la maison, j'y replonge pour deux heures sous prétexte d'envoyer à Sophie quelques références, style Muslimgauze, Stereolab ou Mouse on Mars.
Là,
Andreas répète ce que Sophie vient de lui
apprendre : comment un prof américain doit se
protéger d'éventuelles accusations d'attouchement
ou de
harcèlement sexuel quand un élève lui
donne un hug.
C'est dommage, j'ai sorti l'appareil-photo trop tard, je n'ai pas pu la
prendre, elle, faisant cela... Il faut lever les bras au dessus
de la tête, façon chimpanzé,
pour bien montrer
qu'on n'est pas l'auteur d'un mouvement vers l'enfant. Et le dire haut
et fort.À rapprocher du fait divers cité la semaine dernière dans les médias français : une lycéenne américaine exclue quelques jours pour avoir pris une (ou un) de ses camarades dans ses bras. Le directeur de l'école expliquait qu'entre les enfants, ça commence par un hug et on ne sait pas où ça finit...
Commentaires
1. Le mercredi 14 novembre 2007 à 14:33, par christine :
d'autant que ce n'est peut-être pas le jour idéal, même en zoomant depuis Sirius sur notre petit hexagone de "galériens" "pris en otage" par d'épouvantables "privilégiés", pour intéresser la presse à un appel au "soulèvement" contre le scandale des prix littéraires !
... n'empêche que tu es cité dans le communiqué leoscheerien et par là même caution morale !
(tu ne m'as pas répondu à propos du blogueur masqué, qui, de plus, te cite aujourd'hui : aveu ? désapprobation ? manque de temps ? syndrome de Sirius ?)
2. Le mercredi 14 novembre 2007 à 15:09, par Berlol :
En restant dans la liste, je peux, au mieux, attirer des lecteurs sur mes pages, dans lesquelles ils connaîtront ma véritable position. Hors de la liste, personne n'en saurait rien. C'est un choix tactique que j'assume. Même si je tire ton chapeau à ton attitude à mi-chemin entre Bartleby et Antigone...
Sinon, le Petit Physicien, je ne sais pas (encore) qui c'est, mais j'aime bien le titre ! Il me cite ? Je vais aller voir...
3. Le mercredi 14 novembre 2007 à 15:19, par christine :
"à mi-chemin entre Bartleby et Antigone" : je suis flattée ! (Antigone a été mon modèle à 13 ans et Bartleby régulièrement, mais par intermittences seulement, depuis)
4. Le mercredi 14 novembre 2007 à 15:23, par Berlol :
Je tire ton chapeau... Lapsus. Peut-être parce que, moi, j'ai mangé le mien...
5. Le jeudi 15 novembre 2007 à 01:34, par Stubborn :
En restant dans la liste, je peux, au mieux, attirer des lecteurs sur mes pages, dans lesquelles ils connaîtront ma véritable position. Hors de la liste, personne n'en saurait rien. C'est un choix tactique que j'assume.
Un peu retors, non ?
6. Le jeudi 15 novembre 2007 à 02:30, par Berlol :
À peine ! On a vu pire... Mais bon, c'est précisément ce que j'appelle tactique. D'ailleurs, n'est-ce pas comme ça que vous êtes arrivé ici ?
7. Le jeudi 15 novembre 2007 à 03:36, par brigetoun :
très chouette la technique du professeur pour prouver sa candeur. Vous avez peut être l'impression d'avoir peu parlé du "livre blanc" mais votre billet a été, après d'autres, le déclencheur et en faisant mon marché hier j'ai fait un crochet pour l'acheter, avec d'autres par la même occasion. Coupable vous êtes
8. Le jeudi 15 novembre 2007 à 03:46, par Stubborn :
Je suis arrivée ici il y a bien, bien longtemps, encore plus longtemps qu'en suivant un commentaire chez Sébastien, du temps des commentaires ouverts sur Vive le Feu, c'est vous dire. Vous aviez commis quelques phrases absolument remarquables sur le style d'Angot ; ce style dont effectivement personne ne parle. Vous êtes depuis lors dans ma Liste "A" de favoris.
[Après hésitation, j'ai finalement laissé un commentaire sur le blog de Léo Scheer.]
9. Le jeudi 15 novembre 2007 à 05:13, par Berlol :
Vous me voyez très embêté, Brigetoun, de vous occasionner une dépense — que, je pense, vous ne regretterez pas. Moi, je viens juste de finir. La fin est très belle aussi.
J'allais vous remercier, Stubborn, de faire votre coming-out, mais j'ai découvert grâce à mon index infaillible (mon second cerveau) que vous aviez déjà posté quelques commentaires en juillet 2006. Alors, merci de votre assiduité !
10. Le jeudi 15 novembre 2007 à 10:05, par Stubborn :
Beaucoup de parataxe, mais peu de redondance. Des changements de point de vue mais jamais de coq-à-l'âne. De la justesse psychologique mais pas de psychologisme. Ce que d'aucuns n'obtiennent pas en dix pages d'ambiance de couple, elle l'instille en trois dizaines de mots. Avec ça, on est dans l'intimité du couple, sexualité comprise, mais sans pesanteur, ni formalisme érotisant, ni vulgarité, évidemment. La vitesse du texte, c'est celle de Bataille ou de Cendrars, aussi maîtrisée.
Grâce soit rendue à l'index infaillible !
11. Le jeudi 15 novembre 2007 à 20:18, par marcus :
Ce pauvre L'ego Cher en est rendu bien bas à devoir ajouter à sa liste de "supporters" ceux qui, à juste titre, s'amusent de sa démarche qui, et personne n'est dupe, n'est qu'un gros coup de pub.
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.