samedi 17 novembre 2007
Rayons solaires en armes luisantes
Par Berlol, samedi 17 novembre 2007 à 23:59 :: General
Pâle soleil, ce matin. Assez pour me guider dans les choix
stratégiques de ma préparation de cours. Ce sera
de présenter le chapitre central de L'Étranger,
celui du meurtre, sous son jour le plus cru et le moins
mentionné, y compris par Camus lui-même :
Meursault est victime d'une insolation. Qu'on relise sous l'angle
clinique, tous les symptômes y sont et
Meursault ne fait rien pour améliorer son
état : il boit du vin, reste au soleil et ne porte
pas de chapeau. Après cette entrée en
matière un peu provocante aux yeux des puristes (quoique le
risque d'insolation ait été
énoncé par une infirmière
dès la fin du premier chapitre), on peut passer aux aspects
symboliques & littéraires. En arrivant sur la plage,
Meursault ne tient pas compte du mauvais présage que sont
les « asphodèles
tout blancs sur le bleu déjà dur du
ciel » (p. 80), alors que Marie
éparpille les pétales de ces fleurs des morts. Le
déroulement de la journée est chronologique et
à la limite de l'ennuyeux : la baignade heureuse
(la troisième du couple), l'excellent déjeuner
pris dans le cabanon, la promenade digestive... durant laquelle
survient la première altercation, à trois contre
les deux « Arabes ».
Un peu plus tard, Sintès blessé retourne sur la
plage et Meursault le suit. C'est alors le temps de la
deuxième altercation, à deux contre deux. On est « tout au
bout de la plage » (89), les « Arabes »
disparaissent, finalement,
et Sintès parle « de
l'autobus du retour » (91).
La suite est donc un supplément, un bonus gratuit : les veines gonflées par la surchauffe physiologique, en proie au délire, peut-être attiré par l'ombre et l'eau claire, Meursault retourne seul vers la source du bout de la plage et se retrouve face à son destin, qui a la forme d'un Arabe, seul lui aussi. Tirer ou ne pas tirer, là est la question. Et ne tirer qu'une fois pourrait passer pour de la légitime défense. Non, il faut faire quelque chose de définitif. Tirer encore quatre coups gratuits. Parce qu'on sait que c'est ce qui est gratuit qui coûte le plus cher, finalement. Alors, Meursault aurait-il enfin eu une véritable occasion de libre arbitre ? (De quoi rendre jaloux le Roquentin de Sartre.) Il pourra toujours le croire, du fond de sa prison, mais rien n'est moins sûr, littérairement : les occurrences et les contextes négatifs du « soleil », dans tout le chapitre et jusque dans le passage du revolver (quand « le soleil a glissé dessus », 90), auxquelles s'ajoutent celles et ceux du « rouge » et du « sang », imposent une mélodie obsédante d'où toute liberté est exclue et qui atteint son paroxysme par la transformation des rayons solaires en armes luisantes, abrutissantes (« cymbales du soleil », 94) et bien plus menaçantes que le couteau de « l'Arabe » (« épée de lumière », 92, « glaive éclatant jailli du couteau », 94), dont Meursault ne pourra se débarrasser « pas » à « pas » (94) mais d'un coup explosif, en tirant et détruisant « l'équilibre du jour » (95) — un équilibre qui était la résultante de forces trop puissantes pour lui...
J'en
sors épuisé. J'ai besoin viiiite du Saint-Martin
et d'un bon remontant !
Ironie de Yukie, il reste un couscous. Comme ça, je ne quitte pas l'Algérie. À quoi je fais ajouter un peu de frites. Ce n'est pas tous les jours qu'on couvre un meurtre.
T. me propose ensuite d'aller faire un tour à Yurakucho, aux soldes de Sun Fair Motoyama. On y achètera peu de choses (un parapluie, des gants, une cravate, pour ma part). On cherche ensuite ma crème après-rasage Givenchy Blue Label — mon brin rebelle — mais on apprend à Mitsukoshi qu'elle n'est pas distribuée du tout au Japon. Faudra que je m'en fasse envoyer. Ou que je m'en passe.
Fin d'après-midi dans la féérie lumineuse de Ginza.
Le soir, quelques épisodes de 24 Heures puis la prise de tête avec Wordpress et le problème des espaces insécables qui disparaissent...
La suite est donc un supplément, un bonus gratuit : les veines gonflées par la surchauffe physiologique, en proie au délire, peut-être attiré par l'ombre et l'eau claire, Meursault retourne seul vers la source du bout de la plage et se retrouve face à son destin, qui a la forme d'un Arabe, seul lui aussi. Tirer ou ne pas tirer, là est la question. Et ne tirer qu'une fois pourrait passer pour de la légitime défense. Non, il faut faire quelque chose de définitif. Tirer encore quatre coups gratuits. Parce qu'on sait que c'est ce qui est gratuit qui coûte le plus cher, finalement. Alors, Meursault aurait-il enfin eu une véritable occasion de libre arbitre ? (De quoi rendre jaloux le Roquentin de Sartre.) Il pourra toujours le croire, du fond de sa prison, mais rien n'est moins sûr, littérairement : les occurrences et les contextes négatifs du « soleil », dans tout le chapitre et jusque dans le passage du revolver (quand « le soleil a glissé dessus », 90), auxquelles s'ajoutent celles et ceux du « rouge » et du « sang », imposent une mélodie obsédante d'où toute liberté est exclue et qui atteint son paroxysme par la transformation des rayons solaires en armes luisantes, abrutissantes (« cymbales du soleil », 94) et bien plus menaçantes que le couteau de « l'Arabe » (« épée de lumière », 92, « glaive éclatant jailli du couteau », 94), dont Meursault ne pourra se débarrasser « pas » à « pas » (94) mais d'un coup explosif, en tirant et détruisant « l'équilibre du jour » (95) — un équilibre qui était la résultante de forces trop puissantes pour lui...
J'en
sors épuisé. J'ai besoin viiiite du Saint-Martin
et d'un bon remontant !Ironie de Yukie, il reste un couscous. Comme ça, je ne quitte pas l'Algérie. À quoi je fais ajouter un peu de frites. Ce n'est pas tous les jours qu'on couvre un meurtre.
T. me propose ensuite d'aller faire un tour à Yurakucho, aux soldes de Sun Fair Motoyama. On y achètera peu de choses (un parapluie, des gants, une cravate, pour ma part). On cherche ensuite ma crème après-rasage Givenchy Blue Label — mon brin rebelle — mais on apprend à Mitsukoshi qu'elle n'est pas distribuée du tout au Japon. Faudra que je m'en fasse envoyer. Ou que je m'en passe.
Fin d'après-midi dans la féérie lumineuse de Ginza.
Le soir, quelques épisodes de 24 Heures puis la prise de tête avec Wordpress et le problème des espaces insécables qui disparaissent...