Ce matin, T. sort tôt pour aller poster son dossier de candidature. La voilà allégée et libre pour la journée. Partons au centre de sport, à Shibuya. Un mois qu'elle n'y est pas allée, avec tout ce qui s'est passé... Elle a du boulot pour se remettre en train (et perdre du poids). Tout ne se fera pas aujourd'hui.

À vélo statique, lecture de Tarik Noui. Serviles Servants se lit vite, le texte est fait comme ça, ce n'est pas un défaut. J'ai toutefois l'impression que ce serait mieux si j'avais souvenir du film Apocalypse Now... À moins que l'auteur compte sur le vague mémoriel pour créer un flou textuel. Car peu de contexte, peu de réalisme, plutôt un conte populaire. Du Perrault d'aujourd'hui ?

« Je débarrasse les plateaux repas et essuie la bouche de Brando. Et je m'en vais en silence. Brando se concentre sur deux hommes qui parlent. Ou crient ou autre chose. Peu importe. Le son est coupé. Brando n'a pas besoin d'entendre. les images suffisent. Ce sont les nouvelles gargouilles. Brando sait lire sur un visage. Les gestes. Attitudes soigneusement préparées par des professionnels. Ou celles, plus convulsives, du quidam. L'émission se termine. Les noms du générique pareils aux noms sur les monuments aux morts.» (Tarik Noui, Serviles Servants, Paris : Ed. Léo Scheer, coll. Laureli, p. 46)

« La télé, c'est le compost du réel.» (Ibid., p. 51)

Écoutant les informations politiques françaises (à la radio), je suis effaré par l'ampleur des conflits que ce gouvernement a sciemment déclenchés, avec une bien étonnante simultanéité. Comme si l'on avait prévu — machiavélisme d'aujourd'hui — que leurs bruits médiatiques s'amalgameraient et qu'ils se satureraient les uns les autres. Il ne resterait plus alors qu'à jouer le pourrissement, donner l'image de la fermeté face à de l'illégitime, rappeler aux Français qu'ils ont voté précisément pour ça (est-ce vrai ?)... Et tout retomberait comme un soufflé froid — avec le froid qui tombe, justement. Chacun des grévistes abdiquerait (les salaires amputés pèsent) devant le cynisme et la duplicité des directions et des politiques. Le syndicalisme lui-même en serait un peu plus discrédité. C'est dans le plan.
Rien à voir avec 68 dont les revendications étaient existentielles, voire ontologiques. C'est-à-dire PAS dans une logique de négociation pour gérer les miettes... C'est précisément pourquoi Sarkozy hait 68. Rien à voir avec ces grèves-ci.

Pour finir la soirée et laisser venir le marchand de sable, j'enregistre et écoute les derniers épisodes des Animaux dénaturés de Vercors. C'est vieillot et idéaliste, comme texte, comme sujet, même s'il y a un questionnement intemporel sur la définition de l'être humain, mais bien mis en onde, enlevé, vivant, surtout les trois derniers épisodes.