On met beaucoup de balles à côté
Par Berlol, mardi 20 novembre 2007 à 23:59 :: General :: #830 :: rss
Dans le Asahi Shimbun
ce matin, un article plutôt bref (Reuters donne plus de
détails) sur les nouvelles mesures anti-terroristes qui
entrent en vigueur aujourd'hui. Parmi lesquelles, en effet, le retour
des empreintes digitales pour les étrangers entrant
sur le territoire japonais, y compris ceux qui y travaillent depuis
longtemps. Une vidéo de démonstration,
avec musique d'aéroport, a également
été réalisée. Je dis le retour car il y
avait, jusqu'en 2000, une empreinte de doigt sur la carte de
séjour. Il faut croire que le terrorisme a
récemment fait une percée au Japon... Plus
sérieusement, rappelons que le dernier attentat terroriste,
celui de la secte Aum, avait été
perpétré par des individus 100 %
Japonais.
Une pétition existe déjà, pour l'abolition de cette mesure. Que je ne juge pas utile de signer. Non que je sois pour, mais parce que je ne crois pas à ce genre d'actions ici. Et que le suivisme américain des politiques japonais est au-delà de toute considération éthique. Seule une campagne de presse puissante et négative pourrait parvenir à faire retirer cette honteuse discrimination — si elle émanait de la presse nationale. Ce qui n'arrivera pas.
Comme je somnolais dans le train, des bribes de Serviles Servants prenaient d'oniriques proportions. Yeux ouverts, c'était la campagne japonaise, yeux fermés, c'était des bocaux de graisse et des doses d'héroïnes dans des lieux délabrés. Trois jeunes qui bavardaient derrière me maintenaient quand même plus près du monde réel.
« D'abord Willard. Chercher si ce nom me va bien. J'essaye donc tous les matins, sans ouvrir les yeux, en restant dans la position de mon réveil, sans bouger un membre. Je me concentre et pense. Et remue et cherche des images, des sons, qu'importe. Quelque chose à quoi me raccrocher. Rien, en fin de compte. Je ne suis rien mais je suis vivant. Voilà une chose que Brando ne m'enlèvera pas.» (Tarik Noui, Serviles Servants, p. 90)
J'ai fait mes deux cours dans la joie d'un homme pressé d'en finir parce que je venais de recevoir l'étonnant cahier — comment dire autrement ? — de la maison Dissonances, signé Fanette Mellier pour le graphisme de l'objet et Éric Chevillard pour le texte. C'est encore à Laure que je le dois. Sois-en remerciée, très chère !
Même L'Alamblog chronique, c'est dire !
« J'hésite. Le boucher débite avec précision une carcasse en côtelettes parfaites, on dirait plutôt qu'il tourne les pages de quelque littérature substantielle enfin dégagée des vaines abstractions.» (Éric Chevillard, Dans la zone d'activité, Paris : Éditions Dissonances, 2007, p. 2 — serait-ce la carcasse graisseuse de Brando, découpée par Willard ?... Non, non, secoue-toi !)
La nuit est tombée et il commence à faire frisquet quand David et moi retournons jouer au ping-pong au second sous-sol du gymnase universitaire. Les cheerleaders y ont maintenant leurs habitudes d'entraînement et nous ménagent systématiquement un espace pongistique de six tables. Notre reprise n'est pas brillante, on transpire à peine, on met beaucoup de balles à côté. Ça sera mieux la semaine prochaine...
Une pétition existe déjà, pour l'abolition de cette mesure. Que je ne juge pas utile de signer. Non que je sois pour, mais parce que je ne crois pas à ce genre d'actions ici. Et que le suivisme américain des politiques japonais est au-delà de toute considération éthique. Seule une campagne de presse puissante et négative pourrait parvenir à faire retirer cette honteuse discrimination — si elle émanait de la presse nationale. Ce qui n'arrivera pas.
Comme je somnolais dans le train, des bribes de Serviles Servants prenaient d'oniriques proportions. Yeux ouverts, c'était la campagne japonaise, yeux fermés, c'était des bocaux de graisse et des doses d'héroïnes dans des lieux délabrés. Trois jeunes qui bavardaient derrière me maintenaient quand même plus près du monde réel.
« D'abord Willard. Chercher si ce nom me va bien. J'essaye donc tous les matins, sans ouvrir les yeux, en restant dans la position de mon réveil, sans bouger un membre. Je me concentre et pense. Et remue et cherche des images, des sons, qu'importe. Quelque chose à quoi me raccrocher. Rien, en fin de compte. Je ne suis rien mais je suis vivant. Voilà une chose que Brando ne m'enlèvera pas.» (Tarik Noui, Serviles Servants, p. 90)
J'ai fait mes deux cours dans la joie d'un homme pressé d'en finir parce que je venais de recevoir l'étonnant cahier — comment dire autrement ? — de la maison Dissonances, signé Fanette Mellier pour le graphisme de l'objet et Éric Chevillard pour le texte. C'est encore à Laure que je le dois. Sois-en remerciée, très chère !
Même L'Alamblog chronique, c'est dire !
« J'hésite. Le boucher débite avec précision une carcasse en côtelettes parfaites, on dirait plutôt qu'il tourne les pages de quelque littérature substantielle enfin dégagée des vaines abstractions.» (Éric Chevillard, Dans la zone d'activité, Paris : Éditions Dissonances, 2007, p. 2 — serait-ce la carcasse graisseuse de Brando, découpée par Willard ?... Non, non, secoue-toi !)
La nuit est tombée et il commence à faire frisquet quand David et moi retournons jouer au ping-pong au second sous-sol du gymnase universitaire. Les cheerleaders y ont maintenant leurs habitudes d'entraînement et nous ménagent systématiquement un espace pongistique de six tables. Notre reprise n'est pas brillante, on transpire à peine, on met beaucoup de balles à côté. Ça sera mieux la semaine prochaine...
Commentaires
1. Le mardi 20 novembre 2007 à 15:02, par Lionel Dersot :
Intéressante argumentation: je ne crois pas que la pétition puisse ... ce qui serait efficace n'aura pas lieu. Donc, rien.
2. Le mardi 20 novembre 2007 à 15:28, par Berlol :
Avec la prémisse que ce serait efficace. Or, c'est précisément ce dont je doute. L'argumentation n'est donc pas en cause, ce sont nos hypothèses qui divergent, cher ami. D'ailleurs, tu dis toi-même que tant que ça ne concerne pas les Japonais...
3. Le mardi 20 novembre 2007 à 21:03, par Clément :
J'en prends connaissance bien tardivement de cette pétition. Autant pour moi. Et c'est vrai que s'il fallait la signer en ne prenant qu'en compte sa seule efficacité, alors autant laisser pisser. D'autant plus que la loi est votée et le dispositif en application. Alors? Histoire de se compter entre expatriés hostiles à cette mesure? Non, simplement par cohérence: comment critiquer d'un côté la société de contrôle néo-libérale qui s'instaure en france, et du Japon accepter sans broncher? Donc, je signe. Sachant qu'aucune vague de protestation susceptible de renverser cette loi n'est à attendre.
4. Le mardi 20 novembre 2007 à 21:31, par Berlol :
Cohérence, si on veut... Mais bon, pourquoi pas.
Je critique la France parce qu'elle prétend être une république démocratique, dans laquelle il est prévu que la voix du citoyen serve. Pour ce qui est du Japon, ce n'est ni une république ni une démocratie... Que les sujets japonais s'expriment n'est pas vraiment prévu (c'est l'aporie politique majeure du Japon). Les étrangers, quant à eux, ne comptent pas, ou comme des enfants.
Ceci dit, il y a peut-être d'autres manières de lutter que cette pétition.
5. Le mardi 20 novembre 2007 à 22:37, par caroline :
Dans la zone d'activité ? Un bijou de Chevillard que je me suis empressée de commander. Je ne suis pas déçue de l'avoir fait.
6. Le mardi 20 novembre 2007 à 23:25, par Lionel Dersot :
C'est un propos de Japonais que je rapporte en citant "tant que ça ne concerne pas les Japonais". En fait, ils étaient deux à dire cela dans la foulée. Quant aux autres manières de lutter, les idées sont bien venues. En parler est déjà une forme de lutte, puisque le pouvoir veut qu'on n'en parle pas. On peut contribuer sur ce blog par exemple, en toute langue : reentryjapan.blogspot.com...
7. Le mercredi 21 novembre 2007 à 00:33, par Berlol :
Quelqu'un a-t-il essayé la voie diplomatique ? Je sais que c'est la plus difficile, et glacée l'hiver, mais c'est aussi la plus directe...
8. Le mercredi 21 novembre 2007 à 02:27, par brigetoun :
"tant que ça ne concerne pas les Japonais" se dit trop souvent en France "parce que cela concerne ceux qui ne sont pas français".
Je me suis balladée avec une attention pleine de désir de liens en liens à partir du site de Fanette Mellier. Tellement merveilleuse, fragile, nécessaire même si pas pour moi, l'existence de ces recherches d'accord entre le texte et le physique du livre
9. Le mercredi 21 novembre 2007 à 13:21, par Laure L :
Tout le plaisir est pour moi.
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