À mains nues les théories
Par Berlol, vendredi 23 novembre 2007 à 23:59 :: General :: #833 :: rss
« Qu'importe si je ne suis devenu en fin de
compte
qu'un receleur de vérités, un môme qui
vend les
bijoux de famille, dérangé par le bruit des
combats. Les
détonations, les raids aériens sur les pays
non-démocratiques, les jeux
télévisés, les
publicités, les séries, les mauvais films du
dimanche. La
mangeoire de toute une époque m'arrive ici par cette
télévision, ça me dérange,
ça me
gratte et me démange partout mais je comprends des choses
aussi,
Willard, parce qu'il en faut de la compassion et de l'amour pour
comprendre que toute cette merde, c'est la nôtre. C'est nous.
Elle nous appartient comme l'âme.» (Tarik Noui, Serviles
Servants, p. 115-116)
Plaisir de finir un livre au lit avant le petit déjeuner. Serviles Servants, quoiqu'agréable dans sa vitesse de lecture comme dans son sujet, ne m'a cependant pas apporté tout le plaisir que j'en attendais. La fable reste ténue, les personnages n'ont qu'un profil flou, volontairement sans épaisseur, miroirs renvoyant à une autre fiction (le film). Mais une ambiance, puissamment toxique, qui est tout de même la réussite du livre. Et quelques propos bien sentis sur la télévision.
Soleil de saison, avec fraîcheur, mais plus de ces gris parisiens... Au sport, sur mon vélo statique, pas ou presque pas de transpiration, malgré les efforts, comme si j'étais déshydraté, ou comme si un mécanisme retenait l'eau. Étrange. Ça ne m'empêche de perdre un kilo et de profiter d'A cauchemar is born et des torsions que Massera fait joyeusement subir à des discours doxiques et médiatiques.
« Si le candidat qui désire être dépossédé de conscience critique et avoir la possibilité de supprimer des vies en toute légalité est déclaré apte à être dépossédé de conscience critique et à supprimer des vies, il signe alors un contrat inconditionnel de dépossession de soi de cinq ans. Il s'engage dans ce cas à être disponible, jeune, sportif, entraîné à dire oui, dynamique, violent, polyvalent, prêt en toute circonstane à privilégier la force au détriment de la raison et ce quel que soit l'objectif assigné, partout où la Légion décidera de l'envoyer. Le candidat qui désirait être dépossedé de conscience critique et avoir la possibilité de supprimer des vies en toute légalité non retenu est immédiatement rendu à la vie civile et rejoint son pays d'origine à ses frais.
En fin de service, un dispositif particulier de reconversion peut faciliter le retour à la vie civile où le fait de donner volontairement la mort à autrui constitue un meurtre.» (Jean-Charles Massera, A cauchemar is born, p. 69)
Comment ? Vous n'avez pas osé cliquer sur le lien porno d'hier ?... Quoi ! Vous ne regardez jamais dans les historiques des pages Wikipédia ? Mais pourquoi ? Vous n'avez pas le temps ? Vous avez tort. C'est pourtant beaucoup plus intéressant que les pages de surface. La dernière page, ou page de surface, si l'on compare le phénomène à un iceberg, ne fait que répondre, plus ou moins bien, à votre question initiale, point barre. Et elle est souvent bien anodine, la question initiale, comme de savoir ce qui s'est passé un 22 novembre. Franchement... Tandis que l'historique des modifications depuis la création de la page vous révèle à chaque fois un abîme d'humanité. Ça va du concours de bonnes volontés œuvrant à l'édifice commun (ainsi la page du 23 novembre a été ouverte en 2002 pour y déposer les cendres de Malraux) à des guerres de tranchées très techniques où l'on voit s'affronter à mains nues les théories. Notions et carrières changent de signe en un clic, au gré des basses manœuvres et des liftings euphémisants, sans parler des rigolos, des sournois, des vandales, des pubeux, etc., que des robots éradiquent en quelques secondes.
Allez ! Je passe par la case maison, je ne déjeune pas avec David, je saute au bureau finir les cours en préparation et je file dormir dans le shinkansen... Et me réveille de bonne humeur pour la soirée avec T. grâce au discours scout...
« Nous croyons que nos shorts et nos camps sont expérience de l'Esprit de Dieu — ce Dieu conçu dans un tout autre contexte historique que le nôtre par cette incapacité de l'homme à expliquer les phénomènes naturels auxquels il était confronté — et que l'expérience de l'Esprit de Dieu est le chemin de l'ignorance.
La mission reconnaît d'abord en tout jeune qui ne s'est jamais masturbé devant une photo porno sans avoir honte en sentant son sperme se répandre dans le sac de couchage et en se demandant comment nettoyer les taches une vocation unique à l'absence de distance critique, à l'aliénation et à l'intolérance.» (Jean-Charles Massera, A cauchemar is born, p. 101-102)
Plaisir de finir un livre au lit avant le petit déjeuner. Serviles Servants, quoiqu'agréable dans sa vitesse de lecture comme dans son sujet, ne m'a cependant pas apporté tout le plaisir que j'en attendais. La fable reste ténue, les personnages n'ont qu'un profil flou, volontairement sans épaisseur, miroirs renvoyant à une autre fiction (le film). Mais une ambiance, puissamment toxique, qui est tout de même la réussite du livre. Et quelques propos bien sentis sur la télévision.
Soleil de saison, avec fraîcheur, mais plus de ces gris parisiens... Au sport, sur mon vélo statique, pas ou presque pas de transpiration, malgré les efforts, comme si j'étais déshydraté, ou comme si un mécanisme retenait l'eau. Étrange. Ça ne m'empêche de perdre un kilo et de profiter d'A cauchemar is born et des torsions que Massera fait joyeusement subir à des discours doxiques et médiatiques.
« Si le candidat qui désire être dépossédé de conscience critique et avoir la possibilité de supprimer des vies en toute légalité est déclaré apte à être dépossédé de conscience critique et à supprimer des vies, il signe alors un contrat inconditionnel de dépossession de soi de cinq ans. Il s'engage dans ce cas à être disponible, jeune, sportif, entraîné à dire oui, dynamique, violent, polyvalent, prêt en toute circonstane à privilégier la force au détriment de la raison et ce quel que soit l'objectif assigné, partout où la Légion décidera de l'envoyer. Le candidat qui désirait être dépossedé de conscience critique et avoir la possibilité de supprimer des vies en toute légalité non retenu est immédiatement rendu à la vie civile et rejoint son pays d'origine à ses frais.
En fin de service, un dispositif particulier de reconversion peut faciliter le retour à la vie civile où le fait de donner volontairement la mort à autrui constitue un meurtre.» (Jean-Charles Massera, A cauchemar is born, p. 69)
Comment ? Vous n'avez pas osé cliquer sur le lien porno d'hier ?... Quoi ! Vous ne regardez jamais dans les historiques des pages Wikipédia ? Mais pourquoi ? Vous n'avez pas le temps ? Vous avez tort. C'est pourtant beaucoup plus intéressant que les pages de surface. La dernière page, ou page de surface, si l'on compare le phénomène à un iceberg, ne fait que répondre, plus ou moins bien, à votre question initiale, point barre. Et elle est souvent bien anodine, la question initiale, comme de savoir ce qui s'est passé un 22 novembre. Franchement... Tandis que l'historique des modifications depuis la création de la page vous révèle à chaque fois un abîme d'humanité. Ça va du concours de bonnes volontés œuvrant à l'édifice commun (ainsi la page du 23 novembre a été ouverte en 2002 pour y déposer les cendres de Malraux) à des guerres de tranchées très techniques où l'on voit s'affronter à mains nues les théories. Notions et carrières changent de signe en un clic, au gré des basses manœuvres et des liftings euphémisants, sans parler des rigolos, des sournois, des vandales, des pubeux, etc., que des robots éradiquent en quelques secondes.
Allez ! Je passe par la case maison, je ne déjeune pas avec David, je saute au bureau finir les cours en préparation et je file dormir dans le shinkansen... Et me réveille de bonne humeur pour la soirée avec T. grâce au discours scout...
« Nous croyons que nos shorts et nos camps sont expérience de l'Esprit de Dieu — ce Dieu conçu dans un tout autre contexte historique que le nôtre par cette incapacité de l'homme à expliquer les phénomènes naturels auxquels il était confronté — et que l'expérience de l'Esprit de Dieu est le chemin de l'ignorance.
La mission reconnaît d'abord en tout jeune qui ne s'est jamais masturbé devant une photo porno sans avoir honte en sentant son sperme se répandre dans le sac de couchage et en se demandant comment nettoyer les taches une vocation unique à l'absence de distance critique, à l'aliénation et à l'intolérance.» (Jean-Charles Massera, A cauchemar is born, p. 101-102)
Commentaires
1. Le lundi 26 novembre 2007 à 09:30, par Stéphane :
La Rochelle le 26 novembre 2007
Bonjour.
Je suis retraité et je rédige mes souvenirs que je publie sur mon site "PASSÉ PRÉSENT FUTUR DE STÉPHANE"
xn--pass-prsent-futur-de-...
En 1953-54, j'étais en classe de 4e, notre professeur avait choisi entre autres le roman de Mérimée, Colomba.
J'y fais référence dans mon récit en ces termes :
--Notre professeur principal, prof de français, monsieur Heroguel, surnommé "fusil à deux coups", son épouse avait mis au monde des jumeaux.
Un prof sympathique, les élèves d'aujourd'hui disent un "mec cool". Je me souviens très bien de sa coiffure ébouriffée comme coiffée à la va-vite, ces cheveux étant légèrement crépus.
Il avait choisi comme livre un roman de Prospère Mérimée, Colomba, récit qui se déroule en Corse. "Le coup double d'Ors Anton" titre d'un chapitre, mon seul souvenir précis.--
Je suis allé sur Internet pour réveiller ma mémoire. J'ai tapé sur Google la phrase suivante "Le coup double d'Ors Anton" qui m'a aussitôt dirigé sur votre blog et c'est avec un réel plaisir que j'ai lu votre passage sur le sujet.
Je vous demande la permission d'insérer ce passage dans mon récit sachant qu'il sera sur mon site à la rubrique : "Mémoires Ordinaires"
Je vous citerai et le texte sera lu en italique.
"Avant-dernier cours sur Colomba à l'Institut. La lecture du chapitre XVII réveille mes courageux étudiants, car si la semaine dernière était consacrée au paroxysme discursif après lequel l'histoire ne peut que finir, il s'agit aujourd'hui de voir comment l'action se précipite, à coups de fusils, cette fois, et non plus de mots. Après l'instrumentalisation des animaux à des fins indignes d'êtres humains (cheval à l'oreille coupée, innocent cochon abattu), Orso va seul, chevaleresque et romantique (il est la synthèse des deux types selon Mérimée), vers l'amour et vers la mort. Tel Lancelot rêvant à Guenièvre, candide incarnation de la bravoure allant à son destin... La petite Chilina le sort de sa rêverie et soudain tout se précipite, le temps et l'espace se réduisent (Mérimée donne même l'heure !) : guet-apens devant et bandit-sauveur derrière (sans oublier les Anglais, on saura plus tard qu'ils passent tout près de là). "Pif ! pif ! [...] boum ! boum !", deux coups de minables fusils d'abord, ceux des lâches Barricini (avec leurs "i" aigus et ridicules) et deux gros coups de fusil Manton, celui d'Ors Anton (éh oui, c'est presque le même mot, avec des nasales larges, sans parler des deux "O" d'Orso, two shots' guy, ces deux coups rondement ripostés, parfaitement visés, qui feront l'admiration. Pour qu'on ne passe pas à côté, et pour bien rythmer le stretto, Mérimée nous raconte quatre fois la scène : en direct (incertitude), puis par le chien (étonnement), par le bandit (au parler franc et cru) et enfin par Chilina (qui se signe)."
Si vous ne donnez pas de suite à mon message je considère cela comme un refus et soyez rassuré, je ne vous en veux pas.
Cordialement Stéphane Petit
2. Le lundi 26 novembre 2007 à 13:56, par Berlol :
Autorisation accordée, bien entendu. J'en suis très honoré !
3. Le mardi 27 novembre 2007 à 02:10, par stéphane :
Bonjour, merci pour votre accord.
Amicalement Stéphane Petit
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