« Qu'importe si je ne suis devenu en fin de compte qu'un receleur de vérités, un môme qui vend les bijoux de famille, dérangé par le bruit des combats. Les détonations, les raids aériens sur les pays non-démocratiques, les jeux télévisés, les publicités, les séries, les mauvais films du dimanche. La mangeoire de toute une époque m'arrive ici par cette télévision, ça me dérange, ça me gratte et me démange partout mais je comprends des choses aussi, Willard, parce qu'il en faut de la compassion et de l'amour pour comprendre que toute cette merde, c'est la nôtre. C'est nous. Elle nous appartient comme l'âme.» (Tarik Noui, Serviles Servants, p. 115-116)

Plaisir de finir un livre au lit avant le petit déjeuner. Serviles Servants, quoiqu'agréable dans sa vitesse de lecture comme dans son sujet, ne m'a cependant pas apporté tout le plaisir que j'en attendais. La fable reste ténue, les personnages n'ont qu'un profil flou, volontairement sans épaisseur, miroirs renvoyant à une autre fiction (le film). Mais une ambiance, puissamment toxique, qui est tout de même la réussite du livre. Et quelques propos bien sentis sur la télévision.

Soleil de saison, avec fraîcheur, mais plus de ces gris parisiens... Au sport, sur mon vélo statique, pas ou presque pas de transpiration, malgré les efforts, comme si j'étais déshydraté, ou comme si un mécanisme retenait l'eau. Étrange. Ça ne m'empêche de perdre un kilo et de profiter d'A cauchemar is born et des torsions que Massera fait joyeusement subir à des discours doxiques et médiatiques.

« Si le candidat qui désire être dépossédé de conscience critique et avoir la possibilité de supprimer des vies en toute légalité est déclaré apte à être dépossédé de conscience critique et à supprimer des vies, il signe alors un contrat inconditionnel de dépossession de soi de cinq ans. Il s'engage dans ce cas à être disponible, jeune, sportif, entraîné à dire oui, dynamique, violent, polyvalent, prêt en toute circonstane à privilégier la force au détriment de la raison et ce quel que soit l'objectif assigné, partout où la Légion décidera de l'envoyer. Le candidat qui désirait être dépossedé de conscience critique et avoir la possibilité de supprimer des vies en toute légalité non retenu est immédiatement rendu à la vie civile et rejoint son pays d'origine à ses frais.
En fin de service, un dispositif particulier de reconversion peut faciliter le retour à la vie civile où le fait de donner volontairement la mort à autrui constitue un meurtre.» (Jean-Charles Massera, A cauchemar is born, p. 69)

Comment ? Vous n'avez pas osé cliquer sur le lien porno d'hier ?... Quoi ! Vous ne regardez jamais dans les historiques des pages Wikipédia ? Mais pourquoi ? Vous n'avez pas le temps ? Vous avez tort. C'est pourtant beaucoup plus intéressant que les pages de surface. La dernière page, ou page de surface, si l'on compare le phénomène à un iceberg, ne fait que répondre, plus ou moins bien, à votre question initiale, point barre. Et elle est souvent bien anodine, la question initiale, comme de savoir ce qui s'est passé un 22 novembre. Franchement... Tandis que l'historique des modifications depuis la création de la page vous révèle à chaque fois un abîme d'humanité. Ça va du concours de bonnes volontés œuvrant à l'édifice commun (ainsi la page du 23 novembre a été ouverte en 2002 pour y déposer les cendres de Malraux) à des guerres de tranchées très techniques où l'on voit s'affronter à mains nues les théories. Notions et carrières changent de signe en un clic, au gré des basses manœuvres et des liftings euphémisants, sans parler des rigolos, des sournois, des vandales, des pubeux, etc., que des robots éradiquent en quelques secondes.

Allez ! Je passe par la case maison, je ne déjeune pas avec David, je saute au bureau finir les cours en préparation et je file dormir dans le shinkansen... Et me réveille de bonne humeur pour la soirée avec T. grâce au discours scout...

« Nous croyons que nos shorts et nos camps sont expérience de l'Esprit de Dieu — ce Dieu conçu dans un tout autre contexte historique que le nôtre par cette incapacité de l'homme à expliquer les phénomènes naturels auxquels il était confronté — et que l'expérience de l'Esprit de Dieu est le chemin de l'ignorance.
La mission reconnaît d'abord en tout jeune qui ne s'est jamais masturbé devant une photo porno sans avoir honte en sentant son sperme se répandre dans le sac de couchage et en se demandant comment nettoyer les taches une vocation unique à l'absence de distance critique, à l'aliénation et à l'intolérance.» (Jean-Charles Massera, A cauchemar is born, p. 101-102)