Hier soir, la mort de Fred Chichin m'a cueilli comme un uppercut. Je suis resté groggy quelques minutes, des larmes plein les yeux, submergé comme je ne croyais pas pouvoir l'être pour une personne que je ne connais pas personnellement. C'est qu'on ne prévoit pas comment une annonce de mort nous atteint. La disparition d'écrivains qui me tenaient à cœur n'a parfois entraîné qu'une tristesse modérée, sans doute parce qu'ils étaient âgés et que ma relation avec eux est intacte par les œuvres. Des chanteurs de mon enfance ont été regrettés, mais en suivant le concert médiatique. Je m'aperçois — je me suis aperçu hier soir — que le cas des Rita Mitsouko est un peu spécial. L'âge que j'avais, mes activités d'alors (les années 80), la danse et la drague, l'intérêt pour des paroles pleines de sens et de dérision, des réussites esthétiques et musicales, une admiration infinie pour Le petit Train, tout a contribué à les faire entrer profond en moi, comme inscrits dans mon code génétique et comme peu d'autres groupes ou musiciens ont pu le faire (Chet Baker, les Cocteau Twins, au moins, comme ça, sans réfléchir). Je croyais aussi qu'ayant décroché depuis dix ans, j'étais à l'abri, hors d'atteinte... 

« [...] train de la mort / mais que fais-tu ? / le referas-tu encore ?
[...] reverra-t-on une autre fois / passer les trains comme autrefois ? / c'est pas moi qui répondra.
[...] petit train, où t'en vas-tu / train de la mort, mais que fais-tu ? / le referas-tu encore ? [...] »


La relation avec les étudiants a aussi des vertus thérapeutiques. Les faire travailler, constater leurs progrès, malgré un climat social peu favorable à la réflexion gratuite (la plupart des étudiants ne font plus que ce qui rapporte des points). Et de moins en moins favorable au français.
Au séminaire de cinéma (après une séance de photos officielles pour le programme des cours de l'an prochain), avec Mon petit doigt m'a dit..., on détaille plan par plan la première séquence des Beresford à la maison de retraite, comment on comprend l'Alzheimer de la tante Ada, ce qui est dans l'ordre des choses, et comment arrive la rencontre improbable entre Prudence et Mme Evangélista, le contraste clair & sombre entre les deux femmes, le contraste dans l'image de chacune, jusqu'à l'opposition anecdotique entre lait et café — contrastes qui vont polariser ces femmes l'une sur l'autre, Bélisaire Beresford restant en dehors du coup quasiment jusqu'à la fin.

Ces épreuves du jour m'ont épuisé. Je me recharge au bureau avec quelques travaux d'écriture, un peu de France Info, de Guignols de l'info, l'actu d'Alizée aussi (faut miser sur la jeunesse...). Et puis j'ai dressé la liste de mes tâches pour décembre, c'est proprement ahurissant. M'est d'avis que le JLR va morfler.