Fiché(e)(s) comme expliqueur-excuseur
Par Berlol, vendredi 30 novembre 2007 à 23:24 :: General :: #840 :: rss
« Quand on veut expliquer l'inexplicable, c'est qu'on s'apprête à excuser l'inexcusable », dit N. Sarkozy, le 29/11/2007 — propos d'une rare simplicité sophistique, qui va droit aux quelques neurones encore actifs chez mes concitoyens et qui renchérit l'ordre qu'on arrête de penser, intimé il y a quelques mois par sa ministre des finances.
Il faut donc d'urgence faire cesser des émissions réfléchissantes comme le Ce soir ou Jamais de mardi, où il est beaucoup questions d'expliquer ce qui peut causer des émeutes urbaines... Si vous prenez le risque d'écouter cette émission (vous serez fiché(e)(s) comme expliqueur-excuseur), ne manquez pas le live d'Erik Truffaz, une pure merveille !
« La République a tout essayé depuis 30 ans... La seule chose qu'on n'a pas faite, c'est d'apporter des solutions économiques. [...] la seule chose qu'on n'a pas essayé, c'est ce qui marcherait...» (Guy Sorman, même émission. No comment.)
Pas mon président de la république, mais le président de ma république. Hélas.
Ce matin enfin j'entre chez Mevlido. J'y avais fait une incursion à sa sortie en septembre mais à la va-vite, avec tout le monde, comme s'il y avait urgence — mais pourquoi se dépêcher ? pourquoi y aller comme dans du consommable ? Y'a pas le feu ! I va pas s'autodétruire après deux semaines à cause de drm dans l'encre électronique ! Et vous, pourquoi vous êtes-vous dépêchés de le lire ? Pourquoi êtes-vous allés si vite ? Y'avait quelque chose à gagner ?
Le texte est clair, pourtant. C'est la pleine maturité. Son univers onirico-futuriste est définitivement imprimé entre nos sur mains...
« Il fit trois pas, traversa le couloir, alla dans la cuisine et, sans allumer, but quelques gorgées d'eau tiède. Il se servait de sa main comme d'une coupe. Sur le mur, au-dessus du garde-manger, les araignées s'agitaient, provoquant dans leurs toiles ces vastes vibrations qu'elles préfèrent réserver aux heures les plus profondes de la nuit et qui, selon quelques spécialistes contestés, correspondent à une sorte de langage. Mevlido s'essuya la bouche et le visage. Il n'avait pas envie d'engager le dialogue avec elles.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, Paris : Éditions du Seuil, 2007, coll. Fiction & Cie, p. 15)
« La brise nocturne charriait des remugles de guano, des relents de basse-cour et d'excrétions animales et humaines de toutes sortes. C'était une odeur abjecte de ghetto, filamenteuse et humide, noire, malsaine, une odeur de désespoir pré-insurrectionnel et de fosse commune.
L'odeur de notre avenir et de notre passé.
L'odeur du monde réel depuis toujours.» (Ibid., p. 25)
Il faut donc d'urgence faire cesser des émissions réfléchissantes comme le Ce soir ou Jamais de mardi, où il est beaucoup questions d'expliquer ce qui peut causer des émeutes urbaines... Si vous prenez le risque d'écouter cette émission (vous serez fiché(e)(s) comme expliqueur-excuseur), ne manquez pas le live d'Erik Truffaz, une pure merveille !
« La République a tout essayé depuis 30 ans... La seule chose qu'on n'a pas faite, c'est d'apporter des solutions économiques. [...] la seule chose qu'on n'a pas essayé, c'est ce qui marcherait...» (Guy Sorman, même émission. No comment.)
Pas mon président de la république, mais le président de ma république. Hélas.
Ce matin enfin j'entre chez Mevlido. J'y avais fait une incursion à sa sortie en septembre mais à la va-vite, avec tout le monde, comme s'il y avait urgence — mais pourquoi se dépêcher ? pourquoi y aller comme dans du consommable ? Y'a pas le feu ! I va pas s'autodétruire après deux semaines à cause de drm dans l'encre électronique ! Et vous, pourquoi vous êtes-vous dépêchés de le lire ? Pourquoi êtes-vous allés si vite ? Y'avait quelque chose à gagner ?
Le texte est clair, pourtant. C'est la pleine maturité. Son univers onirico-futuriste est définitivement imprimé entre nos sur mains...
« Il fit trois pas, traversa le couloir, alla dans la cuisine et, sans allumer, but quelques gorgées d'eau tiède. Il se servait de sa main comme d'une coupe. Sur le mur, au-dessus du garde-manger, les araignées s'agitaient, provoquant dans leurs toiles ces vastes vibrations qu'elles préfèrent réserver aux heures les plus profondes de la nuit et qui, selon quelques spécialistes contestés, correspondent à une sorte de langage. Mevlido s'essuya la bouche et le visage. Il n'avait pas envie d'engager le dialogue avec elles.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, Paris : Éditions du Seuil, 2007, coll. Fiction & Cie, p. 15)
« La brise nocturne charriait des remugles de guano, des relents de basse-cour et d'excrétions animales et humaines de toutes sortes. C'était une odeur abjecte de ghetto, filamenteuse et humide, noire, malsaine, une odeur de désespoir pré-insurrectionnel et de fosse commune.
L'odeur de notre avenir et de notre passé.
L'odeur du monde réel depuis toujours.» (Ibid., p. 25)
Commentaires
1. Le vendredi 30 novembre 2007 à 01:55, par MV :
Mais on peut aussi lire un livre dès qu'il sort parce qu'on l'attendait... ! Ce fut mon cas pour Volodine - et sans me sentir pour autant sous la pression de tel ou tel événement, fût-il dénommé "rentrée littéraire". Pour le reste vous avez entièrement raison : c'est un texte clair et de maturité. J'ai pris le temps pour le lire ; trop de temps, même peut-être (c'est tout le paradoxe de la lecture) : lire trop vite ne nous permet de pénétrer les univers, lire trop lentement itou...
Cordialement - MV
2. Le vendredi 30 novembre 2007 à 02:18, par Berlol :
Oui, oui, je pense qu'il y a un plaisir aussi à lire vite, dès que ça sort. C'était un petit peu de mauvaise foi, pour essayer de me justifier (à mes propres yeux) de mon retard... En même temps, c'est vrai qu'après, on a l'éternité devant nous. Quand on lit un Balzac ou un Stendhal, est-ce qu'on arrive à se figurer la fébrilité de certains de leurs contemporains dès la sortie du livre ou du journal ?
3. Le vendredi 30 novembre 2007 à 02:24, par brigetoun :
vous m'avez un peu entrainé vers le désir de lire vite - mais par instinct, temps, et pour des raisons financières j'aime autant les lectures non soumises à l'actualité. Simplement j'y ai perdu de ne pas lire les livres qui n'atteindront jamais les poches, et je réalise que la perte est importante.
La phrase de Sarkozy s'applique parfaitement aux explications successives de la police qui ont l'effet paradoxal de faire qu'il devient sain de douter systématiquement des versions officielles (joli billet de Sébastien Fontenelle sur le témoignage unique et concordant)
4. Le vendredi 30 novembre 2007 à 13:29, par CBP :
"Pas mon président de la république, mais le président de ma république. Hélas."
Tu as (donc) remarqué qu'il a cru bon de signaler, je ne sais plus en quels termes, qu'il était aussi le président de ceux qui n'ont pas voté pour lui - délicatesse de la précision, qui sonne comme un rappel à l'ordre (et va de pair avec ses "nous appelons à la négociation, mais ne céderons sur rien"). Celui qui gouverne "ma" république me fait froid dans le dos.
5. Le vendredi 30 novembre 2007 à 13:41, par Berlol :
Et pas que dans le dos. Moi, il me glace les sangs.
6. Le vendredi 30 novembre 2007 à 14:42, par CBP :
Je n'espère qu'une levée (seule issue ?) plus notable que celle qui a eu lieu dernièrement. "Notre" président lui-même rappelait hier que son mandat n'a que 6 mois. Pauvre calcul : non seulement restent les 4,5 ans à endurer, mais que de réformes irrattrapables programmées sur ce laps. Le gouvernement qui suivra peut d'avance se ronger les ongles, les sangs, la carne (et presque espérer ne pas être élu). Droit du travail à la poubelle, aucune attention sociale, le moindre droit reposant sur le plus lourd devoir. Et les propos d'hier (de notre nouveau "petit père" de la France), , balancés sans même d'attendre les résultats de l'enquête, et défendant l'action - quelle qu'elle ait été - des fonctionnaires de la police, sont purement honteux, et témoignent d'un irrespect terrible envers de jeunes gens qui y sont passé.
7. Le vendredi 30 novembre 2007 à 21:07, par brigetoun :
qu'il soit le président de tous les français je ne suis pas si sure qu'il l'ait compris quand les réunions de l'UMP ont lieu à l'Elysée,et qu'il va, lui, au siège de ce parti.
Il n'est pas le mien non plus et je ne sais si vous avez le mêmesursaut que j'ai encore quand j'entends 'le Président Sarkozy" ou "le chef de l'Etat" ?
8. Le mercredi 5 décembre 2007 à 05:04, par janu :
N.B. : excellente analyse de cet amalgame, au regard de Weber et de la fonction des sciences sociales, dans les dernières minutes de "La suite dans les idées" d'hier - la chronique de Cyril Lemieux, je crois - qui m'a fait penser à votre entrée. ( www.radiofrance.fr/chaine... )
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