Journal LittéRéticulaire

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lundi 31 décembre 2007

Un escalator, ça avance tout seul

Levés très tard. J'ai fait beaucoup de ski, cette nuit. Sans bâtons. Au réveil, je m'en souvenais très bien. Il y avait Manu qui skiait aussi, et plus loin, Michaël. J'avais un peu mal à la tête. C'est resté toute la journée. Malgré le bain et l'entame d'Emaz.

« Et si c'était cela, aboutir ?
Le mur achèverait.
On ne voit pas bien quoi.» (Antoine Emaz, « Poème du mur », dans Caisse claire, Poèmes 1990-1997, Points Poésie, 2007, p.12)

On sort en début d'après-midi pour aller chercher du mochi, surtout histoire de marcher un peu dans le soleil d'Omote-sando. J'ai toujours en tête le décrochage de Mevlido lu et cité hier, et tout ce qui suit, le Bardo post-atomique. Une puissance d'évocation qui dépasse tout ce que j'ai l'habitude de lire et même mes meilleurs souvenirs de science-fiction.
On ne fait rien de spécial (on dit qu'on ne fait rien de spécial) pour passer d'une année à l'autre, c'est comme monter un escalator, ça avance tout seul et bientôt on sera sur le trottoir de l'avenue 2008.
Un bon nabe et une boîte de foie gras (du duty-free en septembre), pour encore sceller notre union franco-japonaise. T. regarde The Wind that shakes the Barley (Loach, 2006) qu'elle a emprunté à la fac, moi à moitié puisque je l'ai déjà vu, mais j'en retrouve toute la qualité, et T. en est très impressionnée aussi.
À minuit moins cinq, je lui demande si on ouvre du champagne. Elle dit oui. C'est aussi simple.

dimanche 30 décembre 2007

Déjà plongé dans l'oubli...

Choses dont je me suis désintéressé cette année :
  • l'idée d'un appartement à Paris ou de vivre en France (par ailleurs, gravement sarkosée)
  • l'envie de publier un livre (rejet du monde de l'édition, sauf quelques exceptions)
  • les cédés, la musique en général
  • les œuvres au programme des concours (depuis qu'Hubert de Phalèse ne prépare plus de Cap'Agreg)
  • les blogs consacrés à l'actualité politique française ou à l'actualité du web 2.0
  • l'université française — sa stagnation, sa réforme
  • les artichauts, désespérément absents du Japon (à mon grand regret)
  • la viande rouge
  • la notoriété
  • un nouveau costume
  • les congrès de professeurs (leur hypocrisie généralisée)
  • les mondanités, les fêtes, les réveillons
  • et les choses que le désintérêt a déjà plongées dans l'oubli...
On ne sort pas. On a tout ce qu'il faut. Tranquillité totale, dingue. Journée de rangement, pour T. Des semaines qu'elle se promettait ça ! Pour moi, ouverture de deux grandes fenêtres :
  1. enfin une solution pour la communication avec le groupe d'étudiants pour le stage de février (un plug-in permettant d'avoir une liste de distribution au sein d'un blog, ce qui permet d'éviter les pénibles solutions de groupes chez Yahoo, Google, etc.) ;
  2. établissement des textes des prochains cours sur cinq poèmes de Rimbaud (Merci à François, Athena et Gallica ! — Et pas merci à tous ceux qui mettent en ligne des versions fautives).
Plus d'une heure de lecture au cœur — bien accroché — de Mevlido...

« J'ai beau regarder, je ne vois toujours pas par quelle fenêtre... fanfaronna-t-il d'une voix livide.
— Et ça, c'est quoi ? dit quelqu'un.
Tatiana Outougaï se fit très lourde, elle s'emmêlait à ses jambes et lui tordait le poignet avec une férocité de plus en plus prononcée. Sergueïev avait une manière de lui écraser les phalanges l'une contre l'autre qui lui pétrifiait complètement le bras. Il déplaça d'un centimètre l'axe de sa saisie et tout le flanc droit de Mevlido fut, à son tour, paralysé.
La main gauche de Samiya Choong rampa dans les cheveux de Mevlido pour lui tirer la tête vers l'arrière, mais, comme leur longueur ne permettait pas une saisie efficace, elle poursuivit sa route le long du crâne, jusqu'au front, jusqu'à pouvoir crocheter du bout des doigts les arcades sourcilières. Alors il devint possible de redresser la tête de Mevlido, afin qu'il aperçoive l'invisible fenêtre.
[...] Au risque de lui briser la nuque et de lui abîmer les paupières, car c'était à partir de là qu'elle lui agrippait le crâne, Samiya Choong continuait à lui maintenir la tête levée. Et oui, c'était bien un rasoir qui.
Un rasoir-sabre.
C'était bien un rasoir qu'elle faisait aller sous le menton de Mevlido, au-dessus de la bonde de l'évier, comme un archet.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 234-235)

samedi 29 décembre 2007

Avant-après à la queue levée

Avec couple d'amis japonais, sushis chez Oojime, selon tradition d'Osaka, non pas avec du poisson cru mais avec du poisson mariné — méthode d'avant l'électricité et les techniques de conservation. Le talent résidait alors — réside toujours — dans l'effacement de l'acidité pour que le goût du poisson soit encore là. S'y ajoute la compression en moule et le plaisir de la géométrie. Et c'est tout à fait convaincant. Prix moyennement élevés, déco rétro et nombreux tableaux contemporains d'inspiration française ou italienne, grandes tables rustiques, service un poil hautain. Un endroit très tranquille, aussi.
Je me débrouille comme je peux pour entrer de temps en temps dans la conversation...
Et puis je fais des photos, comme cet avant-après à la queue levée. Finition des papilles à la fraise dans la maison voisine, chez Théobroma.
À Ginza (à deux) pour les mesures chez le bottier Ars Nova — T. n'aura pas des pantoufles de vair mais de kangourou, réputé à la fois chic et imperméable. On viendra les chercher le 3 février.
Diverses courses dans Matsuya Ginza.
Repos cosy avec café glacé au 6e étage. T. rédige son agenda 2008 pendant que je lis deux chapitres de Volodine.

« Je sais, fit-il. L'alerte est maximum depuis hier. Tout le monde a été prévenu.
— Deeplane m'a dit : Mingrelian restera ici, en soutien.
— Oui. C'est moi qui rédigerai le rapport sur ta mission.
Ils se trouvaient à présent dans le couloir. Mevlido eut un sourire approbateur.
— Au moins, avec toi, il y aura de l'adjectif, dit-il.
— Bah, dit Mingrelian. Pour ce qu'ils le remarquent.
— Ton style ne ressemble pas à celui des autres, dit Mevlido.
— Oh, dit Mingrelian. Mis à part toi, ici, personne n'apprécie mes efforts. Pour Deeplane ou Schumann, tous les rapports se valent. Ça atterrit sur leur bureau, et, une fois qu'ils l'ont résumé, ils l'archivent.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 219-220)

En dînant et après, nous visionnons Manon des sources (on a vu Jean de Florette il y a deux ou trois semaines). Je trouve le film mieux que la première fois que je l'ai vu, il doit y avoir une vingtaine d'années.
Dans la rencontre finale entre le papet et la vieille aveugle, on découvre la bifurcation heureuse que n'ont pas pu prendre les personnages quand ils étaient jeunes, la lettre que le papet n'a pas reçue parce que le courrier militaire ne marchait pas bien, celle par laquelle il n'a donc pas répondu, bref, la clé de voûte cachée de l'ensemble de l'histoire.
L'aveugle raconte que, si le jeune Soubeyran avait écrit cette lettre de promesse de mariage au père de la jeune femme enceinte (Florette), « on aurait pu montrer la lettre à tout le village et personne n'aurait songé à se moquer d'elle.»
T. s'aperçoit alors d'un énorme contresens ! Le sous-titre japonais signifie : « elle a montré la lettre dans le village et tout le monde était content » — ce qui rend absurde l'ensemble des deux films.

vendredi 28 décembre 2007

Saluer et déposer offrandes

Pour mémo. En vadrouille avec T. : banque à Ichigaya, c'est le dernier jour, il y a du monde, au temple pour saluer et déposer offrandes, au cimetière pour nettoyage du tombeau et renouveler les fleurs. On mange japonais à Aoyama-itchome.

Par deux, les employés déjeunent ;
soupir d'un jeune à son voisin,
déplorant, sur un ton de vieux :
c'est la dernière fois de l'année.

Magasins pour idées de meubles modulables, dont Bisley, près de la fac d'Aoyama, et HHStyle, à Gaien-mae. On a marché tout le temps qu'il y avait du soleil.

En soirée, T. effectue achat et réservation de billet d'avion en ligne, pour février.
Pas de littérature, pas de radio. Pas le temps.
Ah ! Je préviens tout de suite : je n'ouvrirai aucune carte postale électronique, à moins que l'identité de l'envoyeur ne soit clairement établie.

jeudi 27 décembre 2007

Calligraphe en matinée, tamponneur l'après-midi

C'est mon 46e annniversaire et ça ne me fait que moyennement plaisir — j'en aurais deux fois plus à avoir deux fois moins, par exemple. De plus, il faut que je bosse : c'est le jour de fabrication des cartes de nouvel an. Comme chaque année, on les a achetées vierges à la poste et j'exerce dessus mes petits talents : calligraphe en matinée, tamponneur l'après-midi.

Décision de taille, le JLR ne sera peut-être bientôt plus quotidien, ou plus posté quotidiennement. On verra. Mais j'ai envie de cette liberté-là, un peu. Qu'on se le dise.

Grâce aux catalogues prêtés par Yukie, je peux retrouver dans le web quelques œuvres anciennes de Takashi Murakami. Comme cette Wildoll de 1992. Mais le plus simple reste encore de rechercher les images avec son nom en japonais (村上隆); on trouvera par exemple un stimulant bus de Roppongi Hills, un fond d'écran et le dessin animé pour LV, et plein d'autres vidéos sur YouTube, comme la planète kawaii...
Puisse le monde en être apaisé (et consommer en pets).
Dîner d'anniversaire au Saint-Martin, justement. Je rapporte les catalogues. Recevons deux coupes de champagne des amis croisés ici même avant-hier ! Très séduisante caille farcie pour T. et excellente poêlée de chevreuil de mon côté. Et les cuisiniers — ils me donnent la boîte avant notre départ — nous ont confectionné six petits chaussons aux pommes, que j'en ai, de surprise, la larme à l'œil...

Amusant de revoir Fantomas (sur TV5 Monde). Sans prétention.

« Un grand nombre de films américains renouvellent totalement la poursuite en voiture et la bagarre finale, mais, bien souvent, de la même manière.» (Hubert Lucot, Grands mots d'ordre et petites phrases..., p. 135)

mercredi 26 décembre 2007

Ceux qu'on jette (peu)

Encore du beau soleil et dans les 10°C. Allons au centre de sport de Shibuya, T. pour la piscine, où elle nage 1000 mètres en améliorant son temps, moi pour le vélo statique où j'abats deux chapitres de Volodine avant d'aller soulever quelques dizaines de kilos de fonte.

« Ces dernières années, on avait introduit dans les bureaux tout un matériel à la technologie avancée, des moniteurs à haute définition visuelle et des ordinateurs, mais la greffe n'avait pas réellement pris et, en vérité, personne n'avait fait ses adieux au monde mille fois plus confortable des cahiers manuscrits, des coupures de presse et des classeurs colorés. Aussi les archives en papier s'entassaient-elles partout dans la pièce, obstruant l'accès à la plupart des claviers et ensevelissant l'imprimante que les chefs se partageaient.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 198)

De retour à la maison, reprise du grand rangement de livres, ceux qu'on jette (peu), ceux qu'on envoie à mon bureau de fac (peu utiles pour l'instant), ceux qui res(is)tent (nécessaires aux recherches actuelles).
Jusqu'à l'heure du coucher (tôt).

« C'est la jonction qui crée l'orgasme.» (Hubert Lucot, Grands Mots d'ordre et petites phrases..., p. 85)

mardi 25 décembre 2007

Sur le cuir des rennes

Presque un miracle,
la tranquillité continue.

Et, ce matin, accroché au montant de mon lit, un sac plastique. Il contient une petite boîte, grande comme deux plaquettes de beurre. Mais le Père Noël ne se déplace pas pour du beurre. Dans la boîte, il y a une Suunto X6. À nous, les montagnes !
Quant à T., elle a décidé de se servir largement sur le cuir des rennes et souhaite des chaussures sur mesure, pour lesquelles elle devra attendre encore quelques jours. Pour aujourd'hui, les roses lui suffisent...

Sournoisement, la fissure de notre baignoire s'était agrandie. Signalée aux propriétaires dès notre arrivée, qui jugèrent que c'était sans importance (sous-entendu que nous exagérions un peu). Hier, j'y ai remis du joint, un truc entre le mastic et la colle, qui met au moins deux jours à sécher. Obligé alors ce matin d'aller prendre un bain dans l'appartement dit du père de T. — parce qu'acheté pour qu'il y soit mieux qu'à l'hôpital. Immergé à sa place, un livre à la main, quelques minutes, je me souviens. Mais le présent reprend le dessus.

« Épargnez jusqu'à ce que mort s'ensuive.» (p.9)
« Ne restez pas sourd aux supplications de votre banquier, tendez l'oseille.» (Hubert Lucot, Grands Mots d'ordre et petites phrases pour gagner la présidentielle, Paris : P.O.L, 2007, p. 10)

Déjeuner au Saint-Martin. Yukie me passe des catalogues d'art contemporain des années 80 et 90 dans lesquelles Murakami est présent...

Radio : enregistrements de 4 émissions sur l'histoire du Japon (la fabrique de l'histoire), Une vie une œuvre sur Charles Perrault, des Vendredis de la philosophie où Roger Laporte parle de Maurice Blanchot. Pendant que, marchant dans les magasins et les rues, de Yurakucho à Ginza, j'écoute Didier Da Silva (qui cite beaucoup Akutagawa) et Buffon (Cf. site CNRS d'édition en ligne)...

« Les Lappons chassent les rennes sauvages de différentes façons suivant les différentes saisons ; ils se servent des femelles domestiques pour attirer les mâles sauvages dans le temps du rut ; ils les tuent à coups de mousquet, ou les tirent avec l'arc et décochent leurs flèches avec tant de roideur, que malgré la prodigieuse épaisseur du poil et la fermeté du cuir, il n’en faut souvent qu’une pour tuer la bête.» (Georges-Louis Buffon, Histoire naturelle, tome XIIe, p. 108-109)

En soirée. Dévédé loué : Babel (Iñarritu, 2006), bon film mais... sommes déçus. Pourquoi ? Difficile à dire...
Un problème de... point de vue. Certes, les liens de cause à effet entre les histoires sont compréhensibles et devraient suffire à mettre en cause des modes de vie, des comportements fautifs, quoiqu'à peu près normaux. Mais nous pensons que la plupart des spectateurs attribueront vite la faute à pas de chance, précisément parce qu'il manque un point de vue fédérateur, focalisateur, sans doute celui du réalisateur, resté en retrait.

lundi 24 décembre 2007

Ne refleurit que ces jours-ci

Presque rien.

La tranquillité.

Le matin, un agent immobilier nous apporte une estimation de la valeur de notre appartement. C'est intéressant, mais on ne vendra pas. Justement pour les conditions qui font que c'est intéressant : nous sommes en plein soleil, les plantes poussent sur le balcon (notamment, une plante récupérée presque morte sur le balcon de Bikun au moment de son déménagement et qui ne refleurit que ces jours-ci), c'est calme — en plein centre de Tokyo.
Dans l'après-midi, je fais un saut au Seijo Ishii de Korakuen pour quelques denrées alimentaires. Et des petites roses d'un très beau pastel marie-antoinettesque.
Les folies de notre réveillon seront très limitées : de la sole et du camembert. Pas d'alcool à cause des médicaments que T. prend. Elle va bien mieux, d'ailleurs, quand elle ne travaille pas — ce qui est la preuve que travailler fatigue et déprime...
Tout comme les programmes de TV5 Monde pour le réveillon !
Donc se couche avant minuit — un cadeau, pour nous.

Le père Noël passera-t-il ?
(On n'a ni neige ni cheminée.)

« Mais l'imagination fait de rien quelque chose, c'est sa nature, et l'histoire de cet œuf d'argent est peut-être celle de tous les biens matériels qui éveillent notre convoitise. Le désir est beaucoup, la possession peu de chose. Ma mère me chantait aussi une chanson de ce genre la veille de Noël ; mais comme cela ne revenait qu'une fois l'an, je ne me la rappelle pas. Ce que je n'ai pas oublié, c'est la croyance absolue que j'avais à la descente par le tuyau de la cheminée du petit père Noël, bon vieillard à barbe blanche, qui, à l'heure de minuit, devait venir déposer dans mon petit soulier un cadeau que j'y trouvais à mon réveil. Minuit ! Cette heure fantastique que les enfants ne connaissent pas et qu'on leur montre comme le terme impossible de leur veillée ! Quels efforts incroyables je faisais pour ne pas m'endormir avant l'apparition du petit vieux ! J'avais à la fois grande envie et grand'peur de le voir : mais jamais je ne pouvais me tenir éveillée jusque-là, et le lendemain, mon premier regard était pour mon soulier, au bord de l'âtre. Quelle émotion me causait l'enveloppe de papier blanc, car le père Noël était d'une propreté extrême, et ne manquait jamais d'empaqueter soigneusement son offrande. Je courais pieds nus m'emparer de mon trésor. Ce n'était jamais un don bien magnifique car nous n'étions pas riches.» (George Sand, Histoire de ma vie, 1855, p. 155, ou p. 80-81 selon l'édition)

dimanche 23 décembre 2007

Lui-même arrivé au Farghestan

C'est avec les mots de François que je comprends... Merci à toi d'y être allé à mots couverts.
Or, c'était déjà décidé, avril-juin à l'Institut franco-japonais de Tokyo, ce serait Le Rivage des Syrtes. Je l'ai dit hier midi à une des participantes assidues du cours qui me demandait ce qu'il y aurait après Rimbaud. Ce titre, fétiche pour moi, était dans la liste de mes prévisions de cours depuis quatre ans, je crois. C'était déjà l'œuvre choisie pour ma maîtrise, en 1986...
Maintenant, il est lui-même arrivé au Farghestan.

Alea jacta est.

Sens vers l'amont et sens vers l'aval. Ces mots latins seront aussi les trois pierres blanches de notre nouvelle vie. Aujourd'hui, T. et moi avons pris une grande décision, sur laquelle nous tergiversions depuis plus de six mois.

Sens vers l'amont et sens vers l'aval. Ces mots latins seront aussi les trois pierres blanches de notre nouvelle vie. Aujourd'hui, T. et moi avons pris une grande décision, sur laquelle nous tergiversions depuis plus de six mois. Encore invisible pendant des mois, elle se matérialisera d'ici un ou deux ans...

Yukie nous avait prévenus que le Saint-Martin serait exceptionnellement ouvert ce dimanche. En profitons.
Pas trop de clients. On discute un peu de mangas et par hasard je prononce le nom de Murakami. Et là, grosse surprise, Yukie connaît Murakami Takashi ! Plus précisément, par son frère qui est designer, qui faisait partie, il y a une quinzaine d'années, du groupe de jeunes artistes et d'étudiants dont Murakami faisait partie. Elle dit avoir chez elle plusieurs catalogues de ses expositions. Les amènera...

Le soir, au lit :
« Arracher les cheveux aux cadavres, je n'ignore pas en effet combien c'est vil. Mais crois-moi, tous ces morts le méritent bien. La femme par exemple, à qui je viens d'arracher les cheveux allait vendre au quartier des officiers de la chair séchée de serpent. Elle la coupait en des morceaux de quatre pouces de longueur, qu'elle faisait passer pour du poisson. Si elle n'avait succombé à l'épidémie, elle continuerait à en vendre. Il paraît que les officiers en achetaient toujours pour leur nourriture, disant que c'était bon. Mais, pour ma part, je ne crois pas que sa conduite ait été mauvaise. Elle ne pouvait faire autrement pour éviter de mourir de faim. Je ne crois pas que la mienne, elle aussi, soit répréhensible. Sinon, je mourrais de faim. Que veux-tu que je fasse ? Cette femme qui savait cela ne m'en voudra pas trop, j'en suis sûre.
La vieille femme parla à peu près en ces termes.» (Akutagawa Ryûnosuke, Rashômon et autres contes, « Rashômon » [septembre 1915], p. 81-82)

samedi 22 décembre 2007

Humer les chaussettes de Rimbaud

Pour expliquer ce qui se passe entre les mots « Aujourd'hui » et « haine », respectivement premier et dernier de L'Étranger de Camus, je dirais que l'on passe d'un athéisme involontaire (euphémiquement nommé « insensibilité ») à un athéisme accepté (poétiquement nommé « tendre indifférence du monde »). C'est le conte d'une prise de conscience qui nécessite : 1. un événement permettant de discriminer un individu (le meurtre), 2. une stigmatisation par laquelle l'institution se dévoie (ou se montre telle qu'elle est : le procès), 3. un révélateur quand quelque chose « a crevé en moi » (la colère contre l'aumônier). Aux fables qui recensent les diverses tentations que le Diable et ses sbires font subir à une âme (type Saint Antoine), Camus oppose, dans ce chapitre ultime, celle d'un homme presque quelconque qui doit subir et repousser les assauts d'un prêtre et de sa foi assujettissante. L'horizontale d'un homme qui se pense « comme tout le monde » vient se mettre en travers de la verticale des hiérarchies religieuse et étatique. Cette croix que forment le matérialisme et le catholicisme, c'est celle que Camus (ap)porte à notre édification.
N'oublions pas que le roman ne s'achève pas par l'exécution du condamné. Même si Meursault s'en fout, le pourvoi en grâce est peut-être arrivé le lendemain du point final...

La grisaille recouvre tout. Un froid humide de moins de 10 degrés, mais encore bien plus chaud que ce que je constate en France. Au Saint-Martin, je n'en prends pas moins de l'agneau. Ça réchauffe le corps...
Puis on reste à la maison. T. reçoit quelques étudiantes qui vont bientôt partir en France, pour leur donner des conseils de voyage, de sécurité et de savoir-vivre. Moi, je réponds à du courrier en retard, j'écoute la radio, je parcours yeux et oreilles la nouvelle formule de Jamendo — tout simplement époustouflante !

Le lapin qui fait du mochi dans la Lune...Dans le journal Asahi, deux pages sur Murakami Takashi ( 村上 隆さん), 45 ans, l'artiste créateur du groupe Kaikai Kiki dont nous avons déjà parlé et qui est composé de plusieurs artistes (ci-contre une œuvre de Takano Aya, avec le lapin qui fait du mochi dans la Lune).
T. m'en traduit une bonne part : les études d'art japonais classique, la recherche d'une voie personnelle et kawaii, les années de clochardisation par désintérêt du public, le voyage aux États-Unis où Murakami trouve sa voie et de l'aide, la nécessité d'être en même temps un homme d'affaire.
L'expression Kaikai Kiki trouve son origine étymologique dans un mouvement artistique de l'ère Momoyama (sur)nommé Kiki Kaikai (fin du XVIe siècle), par et autour de l'artiste Kanô Eitoku dont le style est apprécié pour la bizarrerie, l'excès de vitalité, et qui honore des commandes de grands seigneurs (comme Oda Nobunaga ou Toyotomi Hideyoshi, deux des acteurs d'une première unification du pays)...

Bonus pour Christine :
« Two monsters, one white with long ears and a smiling mouth (Kaikai), the other pink with short ears, three eyes and jagged teeth (Kiki), take their names from a 16 th Century ideology. In the late 1500s the work of the painter Kano Eitoku was criticized for its execessive liberty. Using Chinese characters (as on Murakami’s characters’ ears) his work was described as Kaikai Kiki (elegant) or Kiki Kaikai (supernatural and bizarre).  The adjective kikikaikai is used to describe strange things or phenomena, but the term kaikaikiki embraces several different notions — bravery and power with a keen sense of sensitivity. Kaikai and Kiki appear in sculptural form, in paintings together, alone and amongst other characters. When presented flanking Mr Oval, they can be seen as acolytes to Oval’s Buddha.  Murakami has applied the term Kaikai Kiki to the title of this exhibition as well as his corporation.» (Selon Murakami)

Entendu dans Jeux d'épreuves du 15 décembre : « Pour ma part, en tout cas, je préfère les chaussettes de Rimbaud aux autofictions de Christine Angot.» Je dois dire que j'en suis resté baba ! Après un quart d'heure de considérations raisonnables sur la Correspondance de Rimbaud, finir sur cette note ridicule, de la part de Joseph Macé-Scarron, c'est tout simplement indigne. On se demande parfois si les gens de radio s'écoutent !
Ceci dit, il va falloir que je retourne humer les chaussettes de Rimbaud, ça m'inspirera peut-être pour la prochaine session de cours de l'Institut.

vendredi 21 décembre 2007

Presque une (lit)thérapie

Réveillé en pleine nuit par un bon mal de tête — ça faisait un moment que ce n'était plus arrivé. Thé au jasmin de 4 à 5, ça passe, comme d'habitude, puis recouché une heure. Rédaction du JLR d'hier et d'un dernier rapport avant le petit déjeuner. Rangements en prévision du départ jusqu'à l'année prochaine.
Au sport, étirements en commençant le pédalage. La douleur musculaire ou tendinaire apparue dimanche ou lundi a presque disparu. T. craignait ce qu'elle appelle le frozen shoulder, en français je ne sais pas... Un truc qui peut durer six mois ou un an. Heureusement, ce n'est pas ça. Et puis avec tout ce qu'on a à faire en ce moment, j'ai dit à mon épaule que ce n'était pas le moment. Elle a compris, je crois.

« Mevlido avait commencé à mugir. C'était pour l'instant, le seul moyen qu'il avait trouvé pour se débattre. Les paroles se diluaient dans sa bouche, elles devenaient un beuglement sans articulation ni efficace. Ce n'est pas réel, pensa-t-il soudain. Je suis ailleurs que dans le réel. Sa peur augmenta. Il s'était rendu compte qu'il rêvait, mais il ne pouvait pas sortir de l'ailleurs ni en chasser Alban Glück. Il aurait fallu prononcer une formule conjuratoire quelconque. Mais sa langue avait désappris la parole et ne lui était plus d'aucun secours.
— Ne crie pas, dit quelqu'un. Ne crie pas, mon Yasar. Tu me fais peur.
Il avait la chair de poule. Il sentit sur lui la main de Maleeya Bayarlag. Un cauchemar, pensa-t-il. Rien de plus qu'un sale cauchemar de plus. Il était allongé, il lui semblait entendre encore l'écho des plaintes par lesquelles il exprimait son désir violent de changer de monde.»
(Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 166)

J'écrivais avant-hier que « l'univers plombé et torturé de Mevlido nous dit une chose tandis que l'écriture elle-même nous en dit une autre...» Mais je crois que ce n'est pas tout. Autre chose me rend chères les œuvres de Volodine, autre chose fait de sa littérature presque une (lit)thérapie contre la folie du monde actuel. En plaçant souvent l'humanité dans un futur imprécis, ou dans un hors temps quelconque, Volodine me (nous) soulage du poids de l'histoire sans l'oblitérer, me (nous) dégage des chaînes qui me (nous) rattachent aux œuvres littéraires contemporaines quand elles sont réalistes, ancrées, circonstanciées, quand elles ne font qu'aggraver notre emprise, mais dans le même temps Volodine n'essaye pas de me (nous) faire avaler un conte de fées où les problèmes, les angoisses, les frustrations n'existeraient plus, il ne tente pas de me (nous) fourguer les doses de calmant que les patrons de l'édition — copains des patrons de presse, copains des dirigeants politiques et des potentats financiaro-industriels — aiment à sélectionner pour ce qu'ils considèrent comme leur noble métier d'éditeur... et qui s'apparente le plus souvent à une distribution générale (payante) de bonbons farcis de tranquillisants.

Après le très agréable dernier déjeuner de l'année avec David (qui s'envole pour Cairns dans trois jours, le salaud !) et une dernière réunion, je m'en vais prendre le train, relire les dernières pages de L'Étranger, dormir, rêver, peut-être... Et rejoindre T., enfin, mais pas en rêve !

Lectures du soir. Pas le seul à avoir eu un petit coup de mou, on dirait !
Mais, François... ce que tu dis là — la concurrence des blogs où l'on trouve ce que l'on ne trouvait autrefois que dans des livres —, j'en suis convaincu depuis plusieurs années déjà. Je te demande bien pardon, je ne suis pas quelqu'un qui publie des livres, je n'ai pas le droit de pointer au catalogue des écrivains, mais je crois bien avoir dit dès le début qu'une partie de la nouvelle littérature était là — et que j'en étais, modestement.

jeudi 20 décembre 2007

Les grands écrivains sont une menace pour leur peuple

Tiens ! Je me demandais quand j'allais donner mon point de vue sur la chose, mûri depuis des semaines par les diverses invitations reçues. Mais voilà que je trouve très précisément l'opinion que je me suis faite dans un billet de Daniel Garcia. J'y renvoie donc, aussi pour ce qui précède et ce qui suit.
« Facebook par-ci, Facebook par-là : plus à la mode, tu meurs. Sauf que moi, Facebook, ça ne m’a pas un seul instant inspiré. Il y a trente ans, ou quelque chose comme ça, un truc aussi, avait été furieusement à la mode : la CB, ces radios dans les voitures. C’était formidable, paraît-il, pour se faire de nouveaux amis, engager le dialogue, créer du lien — ça a duré quoi ? un an ? Facebook, c’est un peu la même chose : l’illusion de créer du lien social, quand celui-ci se délite à tout va et que les gens n’ont jamais été aussi seuls qu’aujourd’hui. [...] »

Le billet de J.-M. de Montremy sur l'oreille droite est aussi très instructif et nous rend un grand service : faire l'économie de l'achat d'une revue faussement nouvelle nommée Service littéraire.

Nouvelles épiphanies du post-moderne.
Perpétuité sans preuves (Colonna) contre multi-récidiviste en liberté (Chirac). Loyer quatre fois moins cher pour serviteur de l'État contre décès d'un homme sans couverture, sur une palette, à la Concorde. La foi sauve le beau monde bien chaussé : Benoît XVI, Sarkozy et Bigard communient ; pendant ce temps, les artisans de la chaussure ont les foies (Jourdan). La garde des sceaux, qui ne voit plus ses fonctionnaires, garde un œil sur les grands couturiers (Dati).
Procès pour un carambolage ; le brouillard a été relaxé.

Journée continue : trois cours, un informaticien qui vient changer les proxy, des courriers, des rapports, etc. La check-list se barre.

Pour finir sur une vraiment belle note :
« Je constate que les écrivains que nous primons sont souvent des exilés, qu'ils aient fui hors de leur pays ou à l'intérieur d'eux-mêmes. En cela, ils sont plus des représentants de la "Weltliteratur" que de leur nation. C'est pourquoi, souvent, leurs concitoyens auraient préféré que nous ne les récompensions pas ou alors que nous couronnions quelqu'un d'autre à leur place ! Voyez Claude Simon : les Français nous ont dit : "Pourquoi pas Yourcenar ?" Pareil pour Imre Kertesz ou Günter Grass. Les grands écrivains sont une menace pour leur peuple. C'est seulement une fois morts qu'ils cessent d'être un problème. Alors l'opinion change et, d'enfants prodigues, il deviennent tout simplement des dieux.» (Horace Engdahl, secrétaire perpétuel de l'Académie Nobel, « Horace Engdahl : le faiseur de Nobel » / entretien avec Florence Noiville, Le Monde du 20/12/207)

mercredi 19 décembre 2007

Bouse fumante

« À L'AUBE: UNE TERRE IMMENSE, AU CRÉPUSCULE: UNE BOUSE FUMANTE! » (Maria Soudaïeva, Slogans, traduit du russe par Antoine Volodine, p. 52)

Un petit coup de mou, ce matin, entre deux cours. Cherchant où m'appuyer pour ne pas dormir, j'ouvre le livre au hasard et tombe sur ça. Éclat de rire. Propulsion maximum pour la journée. Puisse-t-elle (Maria) servir à quelqu'un d'autre !

Ça m'a propulsé, comme hier, à travailler au bureau jusqu'à près de 22 heures, avec une pause dans l'après-midi.
Après le déjeuner, en effet, David et moi sommes sortis du campus en voiture pour rendre visite — par politesse, à la japonaise — à un agent immobilier. Louer ou acheter, maison ou appartement, nous sommes, pour des raisons différentes, amenés tous deux à y réfléchir, et les conseils d'un spécialiste en qui on puisse avoir confiance sont les bienvenus. Or, T. et moi avons de bonnes raisons de penser que cet agent-là n'essaiera pas d'abuser de nous. Et puis tout le monde dit que le marché immobilier japonais commence à baisser...

Au bureau, correction de copies, préparation de sujets d'examen, constitution d'une liste de discussion des étudiants qui partiront en France en février, etc. La partie rouge de ma check-list doit être barrée avant vendredi (autant dire qu'une terre immense sera réduite à l'état de bouse fumante — sur le papier). Après, ce sera une autre histoire — pendant les congés, le chercheur prendra la place de l'enseignant.

« Comme toujours, on entendait une basse continue faite de cris, de froissements d'ailes, de cognements, de chutes, de brisures, avec, là-dessus, des voix humaines qui se croisaient. Partout dans Poulailler Quatre, les résidents, toutes espèces confondues, continuaient à bougonner ou à se taire par petits groupes. Du côté des restaurants, les tintements de vaisselle n'avaient pas cessé.
Quelqu'un avait allumé une bougie dans une maison près du carrefour.
La flamme n'éclairait rien.
La lune à présent se cachait. Les étoiles avaient déclaré forfait, des montagnes de vapeur goudronneuse se rassemblaient au cœur du ciel. L'obscurité se renforçait.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 156)

mardi 18 décembre 2007

Notre part de naïveté

Ton petit nid douillet
et ses barreaux dorés
m'ont paru ce matin
plus qu'à l'accoutumé
difficiles à quitter

C'est qu'il fait froid dehors
que je sors sans mon cœur
resté entre tes mains
mieux qu'en tout autre lieu
heureux et dorloté

Des trains et des métros
de nous m'ont arraché
pour m'emporter là-bas
vers un travail ardu
puis une couche austère

Encore trois jours sans toi
dans une vie si courte
qu'encore je me demande
pourquoi je suis sorti
de notre douillet nid.

Et ce n'est peut-être que ça, le noyau de la vie, cet amour, quand on l'a. Les arts et les lettres ne font que l'embellir à nos sens et le sublimer en notre orgueil. Les journaux, la politique, les grandes causes tentent bien de nous détourner, de nous circonscrire et de nous appréhender ; on s'exalte et on se scandalise, on s'extasie et on se mobilise... Mais je me demande parfois si tout cela ce n'est pas des histoires, et ce que c'est d'autre que des histoires qu'on nous raconte. Des catastrophes, des questions et des hontes nous entourent effectivement, oui, c'est l'évidence. Mais elles nous parviennent toujours prises dans des réseaux d'intérêts cachés et de conflits rapportés ; et c'est notre part de naïveté, à chaque fois sollicitée, qui nourrit le monstre des actualités.
Et ce ne sont pas les propos sur le storytelling politique sous Blair et Sarkozy, tel qu'il est savamment débattu dans Ce soir ou Jamais d'hier qui m'enlèveront ça de la tête. Bien au contraire ! Et en ces matières je suis plus enclin à suivre les idées de Bernard Stiegler — revenu chez Taddeï, ce n'est pas rien — ou de Christian Salmon, que celles d'Alastair Campbell ou d'Yves Jégo. Ce dernier nous prend pour des cons — décidément, c'est monnaie courante dans son parti — et voudrait encore nous faire croire qu'on va chercher trop loin quand on interprète l'avènement de la claire Carla comme un moyen de bouter la noire semaine lybienne hors de l'agenda. C'est qu'il ne peut pas reconnaître (Jégo qui n'est pas plus convaincant que l'avocat de Meursault) que les audiences des médias sont maintenant réduites à des mémoires flash qu'on débarrasse d'une mauvaise nouvelle en y mettant une bonne — il y a peu de place dans le buffer.

lundi 17 décembre 2007

Pour revenir à mes moutons réticulaires

— Comment vous trouvez le président, après le soleil de Lybie ?
— Il a bruni.

« Et alors ? Pourquoi ces airs surpris ? Quoi de plus banal pourtant qu’un manipulateur tenant un mannequin par le bras dans une parade de Mickey ? » (Éric Chevillard, post n°80)

Mais ça ne vaut pas (Léo) Scheer. Tout le monde ne va pas en rire, de son cours de journalisme ! Au-delà du mouvement d'humeur, qui peut s'expliquer dans le cadre d'une concurrence sans véritables bornes morales, je me demande quel intérêt LS peut envisager tirer d'un foutage de gueule public sur le dos de François Bon. Surtout que LS doit toucher beaucoup plus de thunes dans l'édition que FB !... Noircir son voisin permettrait-il de se donner les mains blanches ?
Enfin, ce que j'en dis, moi, hein !...

Lu quelques pages d'Akutagawa, eu un rendez-vous à la banque, déjeuné au Saint-Martin avec T. (en remplacement de samedi), pris le thé chez nous avec l'employée d'une société de numérisation de documents qui était aussi étudiante de français au Lys blanc il y a quelques années. On connaît ses profs, elle s'intéresse aux Contes de Perrault, je laisse les deux dames après les tartes aux pommes ramenées du Saint-Martin pour revenir à mes moutons réticulaires.
Comme enregistrer les 5 causeries d'Antoine Compagnon dans les Nouveaux Chemins de la connaissance de la semaine dernière.
Comme lire L'Huma, dont je tire l'article ci-dessous. Le même jour, se trouve également un article au titre réjouissant et qui se passe de commentaire : Al Dante sort de l'enfer.

Michon dans le texte
« Les livres de Pierre Michon n’occupent pas deux décimètres sur les rayonnages de nos bibliothèques. Une œuvre matériellement de peu de poids, mais dont on sait qu’elle constitue l’une des références de l’actuel paysage littéraire. En partage avec les grands textes de Pierre Bergounioux, François Bon, Patrick Chamoiseau, Jean Echenoz, Pascal Quignard, Jean Rouaud, Jean-Philippe Toussaint, Marie N’Diaye ou encore, de plus en plus, François Taillandier. Si Pierre Michon publie donc peu, douze maigres volumes en vingt-trois ans, il se trouve continûment habité par la littérature, ainsi qu’en témoigne la trentaine d’entretiens aujourd’hui réunis. Face à des interlocuteurs souvent pertinents, mais quelquefois aussi d’une stupéfiante cuistrerie, quand ils ne tombent pas carrément dans l’amphigouri, l’écrivain fait en effet valoir une constance dans ses convictions et une profondeur de réflexion tout à fait remarquables. La littérature comme on aimerait la voir plus fréquemment pensée et défendue. Pierre Michon n’assène pas ici des sentences obscures et définitives. S’il théorise, beaucoup, c’est toujours à partir de son expérience concrète d’écriture. D’où la prodigieuse force de conviction de son propos. Écrire consiste pour lui d’abord à lire. L’idée pourrait paraître banale, si elle ne signifiait chez lui une connaissance intime de tout ce que l’on peut considérer comme essentiel, depuis l’origine jusqu’à nos jours. Tels les compagnons qui ont fait leur tour de France, il a effectué son tour de la littérature, observant au travail les maîtres anciens et plus récents, repérant leurs tours de main, approchant leurs secrets de fabrication. Auprès d’eux il s’est forgé la conviction que l’écriture était une affaire qui se jouait, de bout en bout, dans les détails du mot et de la phrase. Dans leur justesse, leur équilibre et leur rythme. On peut ainsi l’observer retrouver à partir de son expérience propre la leçon de Claude Simon, qui voyait dans la création littéraire une somme d’« arrangements, permutations, combinaisons ». Car cet écrivain, en lequel certains exégètes voudraient distinguer l’une des figures phares d’un rigoureux classicisme, ne s’est pas tenu à l’écart des grandes interrogations et innovations des dernières décennies. Alors que la pensée néoconservatrice a également diffusé sur le terrain de la littérature et de l’esthétique — avec pêle-mêle la sanctification du récit, les accusations de formalisme et de solipsisme, ou encore les injonctions à s’inscrire dans une pratique pré-flaubertienne —, on peut voir ici combien Michon lui-même se réfère à ce qui a bouleversé le champ de l’écriture depuis un siècle et demi. Flaubert, Rimbaud, Lautréamont, Melville, Faulkner, Artaud, Céline, les générations successives du « soupçon » (Beckett, le nouveau roman, Tel Quel) : « Je suis sûr que les avant-gardes ont tenu pour moi le rôle exigeant et inquiet d’un surmoi littéraire.» Pour tous ceux-là, comme pour lui, la langue en effet placée au centre du travail d’écriture. À l’exact opposé d’un médium neutre et transparent. À plusieurs reprises il revient sur sa « scène primitive », une fin d’après-midi dans son village de la Creuse. L’instituteur lisant à sa classe l’ouverture de Salammbô et la sidération devant ce défilement de mots inconnus et étranges, cette profusion de sons inouïs. Plus tard, dans les longs intervalles de mûrissement de l’écriture, Madame Bovary arpentée en tous sens, les images qui s’y cachent débusquées et mises au jour, l’énorme signifié poussé hors de ses tanières. Une littérature en bouleversement. Celle-là même hors de laquelle Michon ne conçoit pas de produire rien de valable, à des années-lumière de l’académisme. Il se trouve que ce recueil d’entretiens nous parvient juste après les Carnets de notes de Pierre Bergounioux. Le Creusois et le Corrézien, voisins d’enfance du désert central, nous offrant ainsi, dans une simultanéité qui relève du plus pur « hasard romanesque », c’est-à-dire de la nécessité, deux approches fines du besoin et de la douleur d’écrire. Quand tout paraît avoir été dit. Mais quand demeure l’irrépressible désir de nommer, de faire sonner ensemble des mots, d’ouvrir des portes nouvelles dans le réel.»
Le roi vient quand il veut. Propos sur la littérature, de Pierre Michon. Éditions Albin Michel, 400 pages.
Article de Jean-Claude Lebrun, dans L'Humanité du 6 décembre 2007.

dimanche 16 décembre 2007

Dangereux si contredit

Ménage dans la maison et ménage dans les têtes. Et assez de soleil et de vent pour faire tourner une machine.
Un plan de bataille est adopté : j'irai à la réunion pour y dire que nous refuserons désormais de participer au syndic, au moins tant qu'on ne recourra pas à une gestion externe. Je prépare mon texte, court, en dix points. Le président du syndic, qui parle bien français, devrait accepter de me traduire.

Après le bain et le déjeuner au French Dining, devant un immeuble où nous reviendrons en fin d'après-midi, nous voyons ce président et son épouse. Et puis je vais à cette fameuse réunion, qui durera près de trois heures, dans un local minuscule et à peine chauffé. Où l'on croira m'amollir au point d'accepter la vice-présidence que je suis venu refuser. Mais c'est compter sans mes 20 % de compréhension du japonais (tout de même) et ma longue pratique des réunions de faculté (on y apprend notamment à ne pas s'énerver et à ne pas s'endormir). J'y vois clairement fonctionner un système rôdé depuis longtemps, avec le teigneux dévoué 24 heures sur 24 pour l'immeuble depuis plus de trente ans, au point de s'en croire le chef, qui coupe la parole à tout le monde et dirige la réunion, avec l'assentiment du débonnaire président, respecté, lui, pour sa célébrité (je pense que personne ici n'a lu ses livres) et qui en profite bien. Le teigneux toujours là et le débonnaire qui habite ailleurs, sans le savoir, peut-être, se complètent, et les autres, présents ou absents, sont bien obligés de s'incliner devant ce capitaine bicéphale.
Sauf que moi — pour une fois dans le rôle d'Antigone — je refuse toujours, et quand on parle des problèmes avec le nouveau bâtiment (mur de séparation de trois mètres en fer et autres broutilles), le teigneux se met ostensiblement à discuter d'autre chose avec son voisin. C'est alors qu'on entend ma voix, assez fort, deux fois, pour lui demander, en japonais, d'écouter. Stupéfaction. Plus tard, en aparté, je dirai au président, par ailleurs psychiatre, que le teigneux est un fou — certes utile à la collectivité, plus que moi peut-être, mais fou, donc dangereux si contredit. Maintenant, je sais qu'il sait que je sais ce qui se passe ici.
[Le lendemain, une voisine qui assistait à cette réunion téléphone à T. et lui dit combien elle avait été surprise et contente que quelqu'un lui cloue le bec, pour une fois.]

T. m'offre un thé. Sortons visiter un appartement. Oui, on cherche tout de même à s'enfuir. Investir et s'enfuir. Ce qu'on visite est très récent, trop petit pour nous, mais intéressant pour notre expérience. Une sorte de bunker zen en rez-de-chaussée, au pied d'un mur en béton creusé dans la colline. Dans l'appartement, toutes les fonctions modernes pour vivre en autarcie après un conflit atomique. On s'en amuse avec l'agent qui nous fait visiter.

On réussit enfin à entrer au restaurant Zio, dans une ruelle de Kagurazaka, qui nous a attiré maintes fois mais toujours complet. Pas ce soir. Même plutôt calme. Et c'est très bon. On fait simple : salade de rucola, pizza avec parme et mortadelle, spaghettis sauce de légumes.

« 69. Un immense dessin fait d'un fil rouge collé au mur représente un paysage urbain contemporain. À l'issue de l'exposition, le dessin est effacé en tirant sur le fil : le film de sa réalisation se délite à l'envers.» (Édouard Levé, Œuvres, p. 36)

samedi 15 décembre 2007

Combattre cette puérile maladie de l'imagination

Journée difficile. La vue depuis le dimanche soir est plus calme.

Cours sur L'Étranger. Les plaidoiries, le délibéré et le verdict. Rien de plus simple, sauf que la première page du chapitre est diablement synthétique. Enfin, diablement, je ne devrais pas utiliser ce mot-là... Le narrateur résume et compare les deux plaidoiries, celle du procureur et celle de son avocat, pour dire qu'il n'y a peut-être guère de différence, sinon que l'un est meilleur que l'autre, que l'un plaide la préméditation et l'autre pas. En mettant de la sorte les deux parties du même côté, et qu'elles le tiennent toutes deux pour irresponsable, il met en procès l'institution elle-même. C'est alors un peu Camus qui parle, derrière Meursault. Et c'est pour cette raison qu'il n'évoque pas le verdict à ce moment, qu'il le garde pour la fin anecdotique du chapitre.
Le second point vraiment intéressant, pour ce matin, c'est de voir comment le procureur fait rhétoriquement la preuve de la préméditation (en réalité, il n'a aucune preuve, et si l'avocat de Meursault était vraiment là pour le défendre, il aurait facilement pu objecter, voire faire annuler la procédure pour vice de forme, ou quelque chose dans ce genre). Son projet de fournir « la psychologie de cette âme » (152), en mêlant les registres du matérialisme à prétention scientifique (psychologie) et du religieux alors encore dominant (âme), montre déjà où il va déboucher, trois pages plus loin en se penchant sur cette âme, avec force tropes dont des lycéens font chaque année la liste — pour n'y voir que du vide, c'est-à-dire le diable menaçant la pyramide sociale, et finalement demander la tête de Meursault comme auteur des meurtres d'un Arabe, de sa mère, et même du parricide à juger le lendemain ! Ah, si Meursault avait eu un bon avocat ! (C'est aussi ce qui sépare le roman-conte philosophique de Camus d'un vrai roman réaliste...)

Quand je reviens à la maison, T. n'y est plus. Excèdée par la copropriété, oppressée par le dégoût que cela lui inspire, en vue de la réunion de demain, elle est partie sans me prévenir. Nager un kilomètre. Marcher dans les rues. M'appeler pour me dire de ne pas l'attendre. Se dépenser pour dormir mieux, s'abrutir presque. Fatiguée aussi d'avoir à me parler en français, ça se comprend. C'est en tout cas ce qu'elle m'expliquera après son retour, le soir. Entre temps, sans manger, j'aurai oscillé mille fois entre la confiance que je lui dois et la crainte d'un stupide accident de la circulation, quand même plus probable quand on a l'esprit occupé.
Mais il me faut surtout apprendre à combattre cette puérile maladie de l'imagination.
Celle qui fait les écrivains ? — Je n'y crois pas.

Chaque jour qui passe est perdu.
Mais aucune journée n'est vraiment perdue.

vendredi 14 décembre 2007

Que risque-t-on à vouloir se débarrasser de ses tares ?

Sport, séance courte (pas été depuis deux semaines, ne m'en étais même pas rendu compte...). J'y reprends tout de même Volodine qu'heureusement j'avais continué entre temps.

« Maggie Yeung se représente Mevlido tenant un couteau ou un sabre.
— Attendez, Mevlido, Mais pourquoi...
— Pardon ?
— Mais qu'est-ce qui vous a pris, Mevlido ? Pourquoi est-ce que vous l'avez...
Une pause. La phrase reste en suspens.
— Il pleuvait, raconte Mevlido. C'était le début de l'orage. On ne voyait pas à dix mètres. Le tramway a surgi à pleine vitesse. Elle a disparu dessous.
— Ah, je préfère ça. Comme ça, c'est mieux.
— Pardon ?
— Non, rien, je croyais que... J'ai cru que c'était vous qui...
Maggie Yeung se ressaisit. Elle s'éclaircit la voix que l'émotion avait enrouée et elle retrouve une intonation professionnelle.
— Et cette femme, vous la connaissiez ? » (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 138)

J'aime beaucoup ce malentendu rapidement et elliptiquement rectifié, tout le non-dit entre les deux « Pardon ? ». Les dialogues ont souvent, chez Volodine, ce phrasé simple de tout le monde. Non sans humour. Ce dialogue au téléphone finit un peu après parce que la ligne est coupée. Après que Mevlido a demandé à plusieurs occasions s'il pouvait appeler Maggie « Maggie », c'est le vautour Alban Glück qui prend d'autorité le combiné pour vérifier si ça marche en appelant plusieurs fois Maggie par son prénom — ce sont les derniers mots du chapitre.

« Puis il se tourne vers Mevlido.
— Je peux l'appeler Maggie ? demande-t-il.» (p. 140)

Après le déjeuner avec David, je marche jusqu'à l'université de Nagoya pour la première séance du colloque Balzac, Flaubert. La genèse de l'œuvre et la question de l' interprétation.
Ouverte mais polémique entrée en matière d'Éric Bordas qui se demande si toute génétique n'est pas — par essence, culture et étymologie — une herméneutique et si les défenses téléologiques de certains généticiens de la littérature ne sont pas quelque peu... erronées, voire hypocrites, voulant rattacher de force au continent scientifique et matérialiste (et athée) des études dont l'herméneutique est consubstantielle à son origine chrétienne...
Suite avec Philippe Dufour qui se focalise sur la notion de roman démocratique, où, partant de Tocqueville, la valeur et l'existence de l'humain dans le roman sont finement questionnées chez Balzac et Flaubert, ainsi que chez Victor Hugo (ce qui me rappelle agréablement une communication que j'ai proposée en 2004 à la Société des études hugoliennes du Japon, dans laquelle j'étudiais l'ensemble des occurrences de l'adjectif humain, humaine, etc., dans Quatrevingt-Treize).
Dommage de devoir quitter cette belle compagnie !

Dans le shinkansen, lecture de L'Étranger, encore, pour préparer la séance de demain, l'avant-dernière. Ayant bien réussi à gérer son traitement médical et ses cours de la semaine, T. est assez fatiguée. Aussi les récents problèmes de la copropriété lui font-ils renoncer à participer au syndic à compter de demain. Enfin !
Plus tard, accueil de Sophie que nous hebergeons pour la nuit. Elle aussi est fatiguée. On en est tous là, à la fin de l'année (surtout celle-ci, je trouve...).
Avant de m'endormir, sur le conseil de T., je lis la nouvelle d'Akutagawa intitulée Le Nez... Ou que risque-t-on à vouloir se débarrasser de ses tares ?

« À la hâte, il porta la main à son nez. Il le tâta ; ce n'était plus le nez court de la veille. C'était le vieux et long nez qui pendait de la lèvre supérieure au bas du menton sur un espace de cinq à six pouces. Zenchi comprit qu'en une nuit son nez s'était rallongé et, dans le même temps, il sentit revenir dans son cœur, il ne savait d'où, cette même sensation de sérénité qu'il avait une fois éprouvée lorsque son nez avait été raccourci.» (Akutagawa Ryûnosuke, Rashômon et autres contes / traduction et introduction d'Arimasa Mori, Paris : Gallimard, 1986, rééd. de 1965, coll. Unesco, p. 75, le texte original date de 1916)

jeudi 13 décembre 2007

Une heure de défoulement et de chocolat

Marathon de cours : les trois habituels, à quoi s'ajoute une séance préparatoire au stage d'Orléans (15 février-14 mars). Chacun des trente-deux étudiants veut savoir où habite sa famille d'accueil, ils viennent me voir pour que je leur montre sur le plan. Certains seront près du centre-ville, d'autres près de la fac, d'autres loin de tout. Une chose est sûre : on fera beaucoup de photos.

Après les cours — ayant survécu — j'invite Andreas et David à prendre un thé. S'ensuit une heure de défoulement et de chocolat qui vaut mieux qu'une sieste (pour cette fois). Je note que David a dit qu'il se joindrait de temps en temps à nos mercredîners (ça vient de sortir).

En dînant, un Ce soir ou Jamais et demi. D'abord la fin de celui de lundi (10 décembre) entamé ce matin. Dire à T. qu'à la 51e minute, il est question de la sauce Robert (elle en a besoin, confère Perrault). Puis celui du 11, tout à fait passionnant sur les turpitudes présidentielles, sa diplomatie très personnelle qui consiste à honorer tous les dictateurs vivants — même si l'hypocrite Kouchner refuse de dire oui quand on lui demande si Kadhafi-des-droits-de-l'homme en est un... C'est fou ce que la vanité de rester en place oblige à se contorsionner. N'est-ce pas, Mme Yade ?
Je ne ferai qu'une brève citation, ce qui m'a le plus emballé :
« Nous avons affaire à deux stratèges politiques extrêmement forts. D'un côté, nous avons affaire à un homme politique, Kadhafi, qui est une star du cinéma égyptien, et qui se comporte comme un acteur égyptien de la grande époque, qui porte des beaux costumes et qui est beau, et qui est là, et relifté et tout ça. Et on a affaire à une star du cinéma américain ringard, Sarkozy,  qui se comporte comme une star un peu..., enfin médiocre [...] » (extrait d'une des prises de parole de Djamel Bensalah).

mercredi 12 décembre 2007

Toujours à la fois un pensum et une thérapie

Sténo pour rédac. ult. (demain chargé aussi).

Matin, 2 cours dont lecture. Pb de trou à creuser trop facile. Autre pour le 19, avec compte d'humains et d'animaux allant à la plage.
Fête org. par étudiants, invit. étud. français (3), très bonne ambiance.
Prise de tête pour savoir où a lieu la conférence de Pierre-Louis Rey. En fait, pas à l'univ. voisine mais au Centre International de Nagoya, près de la gare centrale. Quà cela ne tienne, faudra partir un peu + tôt de la...
Réunion de faculté. Jour d'élection du chef de la fac. des langues, comme de juste.
Esquive à 17h15. En vélo tt de suite, légère pluie, métro à 17h23. Changement à Marunouchi vers 17h40 (éviter : couloirs trop longs). Sortie 2 à 18h50, entrée directe dans la tour du Nagoya Kokusai Center (Centre international de Nag., où il y a aussi des bureaux d'aide aux étrangers), direction 15e étage.
J'ouvre une porte et derrière : Pierre-Louis Rey, Kazuhiro Matsuzawa, Takayuki Kamada, Éric Bordas, Philippe Dufour et d'autres personnes que je ne connais pas (encore). Les Français descendent d'un avion en déb. d'aprem, sauf Rey tout frais pour parler des Trois Contes de Flaubert (enregistrement). Des gens arrivent, je reconnais des têtes, salutations. Salle bien remplie, finalement (30 pers.). Pas mémorable si on connaît déjà un peu Flaubert. À retenir que pour lui (Fl.), écrire est toujours à la fois un pensum et une thérapie. Après, pot. Puis restaurant cuisine tradi. mais service hypermod.
Discussions nombreuses (Pléiade Flaubert en cours, tourisme au Japon, carrières, sujets de recherches, etc.).
Métro retour seul avec lecture extraits Volodine (animaux). Journée bien remplie !

Le lendemain.
Bon, bah, nan ! Là, je vais laisser l'aspect décoffré. D'abord parce que je n'ai pas trop le temps de fignoler. Ensuite parce que ce n'était vraiment pas du formalisme. On est dans une période de dingues, tous, à la fac, avec des charrettes pleines à trimballer encore une semaine, en gros — et à vider d'ici là, si possible.
Pour les passionnés de calcul, le problème du trou, c'est qu'on creuse en une heure un trou de deux mètres de côté (en long, en large, en profondeur) et qu'on veut savoir combien d'heures il faudra pour un trou de quatre mètres de côté. Cette fois tout le monde l'a fait (je pense qu'Olivier et Stubborn devraient également y arriver) mais ce qui était intéressant, pédagogiquement parlant, c'est qu'il vaut mieux faire un petit dessin et prononcer trois phrases que de poser les opérations. Donc, l'étudiant apprend l'intérêt d'adapter ses moyens aux problèmes qu'il a à résoudre...
On l'aura compris, le dîner m'a fait plus d'effet — et de bien — que la conférence. Ce ne sera pas la première fois. J'ai d'abord eu l'occasion de remercier celui qui avait, en mars, diffusé l'annonce de mon cours sur Madame Bovary à l'ensemble des chercheurs flaubertiens du Japon, ce qui est un honneur quand on sait que l'Institut n'est pas un lieu particulièrement admiré des universitaires japonais (même si beaucoup d'entre eux y ont appris le français, ou justement à cause de cela...). J'ai ensuite pu féliciter Philippe Dufour pour son Flaubert et le pignouf, lu et apprécié il y a fort longtemps (1993), un peu honteusement parce que je ne savais ce qu'il avait publié après.
Éric Bordas n'était plus à côté de moi, il devait être à un mètre vingt, on s'était émus de conserve au souvenir de Cerisy en septembre, alors qu'à Paris, ce même jour, Antonia Fonyi et Scott Carpenter avaient aussi rendez-vous pour évoquer les derniers développements de notre équipée mériméenne.
Ces joies ! Aussi le retour à la maison en métro avec aux oreilles le passage des Anges mineurs où l'on accouche des ourses blanches en compagnie de Sophie Gironde avait-il fini de m'ensoleiller de littérature, de comment je vis et danse en elle, m'en soigne de presque tout — à dix mille kilomètres des déconvenues et des interrogations éditoriales germanopratines de François, à qui je comprends que ça pèse (on notera au passage — sa vengeance — qu'il laisse entendre que le Littell a été réécrit).
Et donc : pour rien au monde je ne retirerai un seul mot de tout le mal que j'ai écrit des éditeurs... Nonobstant le petit nombre auxquels je tire mon chapeau.

mardi 11 décembre 2007

Un train, deux cours, trois lettres

Voilà bien une journée tout à fait sans intérêt (un train, deux cours, trois lettres), qui ne mérite même pas d'entrer dans le JLR...
Une bonne occasion pour partir en plongée verticale vers les 11 décembres précédents. En 2006, quand je lisais Virginie Despentes et quand, ironie du temps, j'écrivais que L'Étranger m'avait peu remué alors que je ferai un cours dessus moins d'un an après (et sans regrets). En 2005, je me baladais, j'écoutais Christine Angot en découvrant le quartier de Tsukishima, les sensations de cette marche sont à peine émoussées. En 2004, j'étais sur la fin de La Mare au diable et, par dix-huit degrés sur le balcon, je rempotais un sapin devant le père de T., ça aussi je m'en souviens plutôt bien. Enfin, en 2003, puisque mon journal n'est pas plus ancien, quelques propos sans grand intérêt sur Savigneau, Sollers, Meschonnic.

Au dîner, je réécoute avec grand profit le Ce soir ou Jamais du 12 novembre sur les privilèges. Assurément un des meilleurs de la saison. À réécouter sans modération.
Puis finalisation d'une commande de livres (avec du Mauche, du Volodine et deux films de Woody Allen).

lundi 10 décembre 2007

Les droites de l'homme

Ordre du jour de Sarkozy : faire (Kadha)fi des droits de l'homme !
(Ce sont les droites de l'homme qui triomphent.)

Article 13, alinéa 2 :
« 2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.»

Au bain matinal, une onction d'anti-doxa :
« 49. Une revue de décoration, au lieu de présenter de riches et élégantes demeures, montre des maisons modestes et banales. Le support est luxueux : photographes spécialisés, beau tirage, papier glacé. Les articles décrivent l'histoire des lieux, la genèse de leur aménagement, la manière dont les idées de décoration sont venues à leurs occupants. Des légendes donnent les noms des magasins où les objets furent achetés, et à la fin, une rubrique indique les adresses.» (Édouard Levé, Œuvres, p. 24)

À Ichigaya, avec T., à la banque pour opérations sur son compte. Quant à moi, j'essaie de relocaliser ici un compte de l'agence de Waseda vieux de 15 ans, inutilisé depuis 5, où mon nom s'écrivait selon une autre prononciation, et en donnant mon adresse de Nagoya. Ça fait beaucoup, pour le chef de la section. Mais bon, on y arrive, tout de même...
Puis on déjeune d'un teishoku du quartier. C'est bon, mais ce n'est pas un endroit pour un café.
En revanche, l'Institut, oui. Double expresso, avec un bout de far breton. Et une petite heure de lecture de revues. Et je trouve enfin Rashômon et autres contes, d'Akutagawa Ryûnosuke, un bouquin qui d'habitude est toujours sorti...

« [...] et si un lecteur tousse, vous pouvez être à peu près certain qu'il y a au moins 300 ou 400 personnes qui se retournent en fronçant les sourcils.»
Dixit Pierre Assouline parlant des salles de lecture de la BnF (dans Envie(s) de voir, TV5 Monde). Je déteste cet homme. À chaque fois, je me dis que je vais passer l'éponge, que toute détestation est symptomatique... et il sort une connerie plus grosse que lui — et qui n'est même pas de l'humour. Je sais qu'il convient de vanter le calme et la discipline dans une bibliothèque, mais que vaut cette image de reproche collectif envers un pauve hère enrhumé ?

dimanche 9 décembre 2007

Entre les rainures d'une chaussure

Je démarre l'ordinateur, ce matin, comme un enfant qui espère qu'une horreur aura disparu avec la nuit. Mais non. Les pop-up indésirables sont toujours là. Je les laisse agir autour d'une fenêtre réduite de TV5 Monde pendant que nous prenons le petit déjeuner. Le nombre d'événements terroristes ou publicitaires se réduit finalement à 5 ou 6, qui se déclenchent l'un après l'autre à quelques secondes ou minutes d'intervalle, formant une ronde qui devient vite ridicule...
Mais il vaut mieux, puisqu'il fait beau, que je m'en occupe plutôt cet après-midi.

Le grand soleil — et le risque que c'en soit un des derniers jours — nous motive à sortir. Marcher. À Yoyogi-Koen, le grand parc derrière le sanctuaire Meiji-Jingu, à Harajuku. Y marchons, y marchons, T. et moi, une bonne heure, nous remémorant d'autres parcs arpentés, reprenant les éléments de nos actuelles combinaisons (travail, recherche, santé, ennuis de copropriété, etc.).
Entre des feuilles marron, beiges et brunes, une mante religieuse d'un vert printanier semble perdue, n'avance plus guère dans cet automne finissant. Vue de près, elle a perdu une de ses pattes arrières, sans doute écrasée par un passant qui regardait en l'air. Après l'avoir photographiée, je la fais monter sur un petit bâton pour la déposer au pied d'un arbre, où elle aura moins de risques de finir écrasée entre les rainures d'une chaussure.
Les feuilles des ginkgos sont tellement nombreuses à terre que toute la lumière est réorientée de bas en haut. Nombreux groupes de photographes amateurs, certains concentrés sur les feuilles quand elles se détachent des arbres, d'autres pointant leurs gros objectifs sur une ou deux jeunes aloue