Après avoir visionné les infos de France 2, mon petit délire en préparant le thé matinal :
En vérité, je vous le dis. C'était pas bien, la colonisation. Non, pas beau, pas beau, pas beau. Et même pas républicain. Mais bon, pas de ma faute, moi, j'avais 7 ans. Alors, vous pensez !...
Voilà, c'est dit. Allez, c'est bon ? les milliards, on les a ?
C'est... ? Quoi ? Contradictoire ? Avec la loi où on a dit qu'il y avait eu des bons côtés ? Et avec le discours de l'autre jour à Dakar ? Oh, mais y commencent à me courir, tous. Lagarde ! Ici ! Interdire de penser, c'est bien. Mais interdire de mémoriser, c'est mieux. Souvenez-vous-en !

Très belle surprise dans le shinkansen à l'écoute de Grande Entreprise, fiction de Nathalie Kuperman diffusée le 20 octobre (encore disponible à l'écoute ici). Variation sur trois objets de bureau qui expriment le harcèlement moral — étagères, cartons, rouleaux de scotch — comme une lente accumulation de sarrautesques petites phrases, jusqu'au basculement dans le symbolique. Et très bon choix des voix pour la mise en ondes.

Après deux cours et une réunion, je m'emmitoufle et rentre pour des courses et préparer le dîner. Pendant lequel je regarde Ce soir ou Jamais du 28 novembre, sur Hugo Chavez. Ah, c'est pas l'hiver, sur le plateau ! Ambiance d'Amérique centrale ! Quelles empoignades, quelle discorde ! Et pas inutile. Il se dit plein de choses très intéressantes. Juste que c'est le bordel, des dialogues de sourds, et on a l'impression à la fin de l'émission que certains vont à peine commencer à s'entendre.

Et, pour finir, en écoutant l'album Stranded de Roxy Music (1973, ici Psalm ou Mother of Pearl, par exemple), quelques pages du nouveau livre de Dominique Meens, reçu tout à l'heure (en le remerciant de son envoi gracieux) :

« Je décrirais aujourd'hui demain pour ventiler l'odeur d'égout, la mauvaise haleine, chassant l'un pour l'autre.
La route qui sort du village au nord s'écarte de la plage et la rejoint plus loin ; « Pacoa » nomme l'espace laissé par la courbe, quadrillé de pistes poussiéreuses. Au nord, à cinq minutes, tempêtes sur le devant, inondations sur l'arrière, ont détruit une maison. De même vers le sud, où de grands pans de béton gisent sur le sable, anciennes cuves où l'on élevait des larves de crevettes. Des gens vivent là, dans ce qui reste d'habitable. Deux immeubles, une baraque verte, au voisinage, ont été construit depuis, un peu plus en retrait de l'océan. Une famille, un couple, un type seul, viennent visiter les lieux, irrégulièrement. Personne ne se résout à s'installer. « Désolation », dit la voix de la chambre du fond.
— Tu ne dors pas ?
— Non.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Je me demandais... Qu'est-ce que tu en penses ?
— Quoi donc ?
— Le roman français...» (Dominique Meens, Aujourd'hui demain, Paris : P.O.L, 2007, p. 12-13)