« J'ai 4 fois l'âge que vous aviez quand j'avais l'âge que vous avez. J'ai 40 ans. Quel âge avez-vous ? »
Tel est le problème que j'avais dicté à mes étudiants de 2e année la semaine dernière — avec la consigne de le résoudre. Sur une trentaine, cinq l'avaient résolu et l'étudiante appelée au tableau a pu parfaitement écrire la phrase, poser les équations et donner la solution. Mais elle a été dans l'incapacité de l'expliquer pas à pas en français, ou en japonais. Je lui ai donc demandé d'écrire le problème en japonais, avec l'aide de ses camarades. Il y a alors eu un quart d'heure une extraordinaire discussion d'une dizaine d'étudiantes qui cherchaient ensemble la meilleure formulation en japonais, en prenant à rebours, comme il se doit, la concaténation grammaticale française. Jusqu'à avoir au tableau, en japonais, un texte que ceux qui n'avaient pas compris (en français) commençaient à entendre enfin.
Interrogés au déjeuner, mes collègues ont donné leur langue au chat.
Et vous, vous connaissez la réponse ?

Après ça, repos. Et sport en milieu d'après-midi. À cet horaire, un mercredi, c'est un peu comme désobéir au diktat de l'entreprise qui, sans le dire, nous veut au bureau toute la journée quand on n'a pas cours.
Pourtant, pédalant sur place et dégouttant de toxines, je continue à me cultiver...

« Par exemple, en fin de nuit, il nous arrivait de répéter son nom et de passer un moment entre sommeil et réveil, un moment que nous espérions prolonger le plus possible, à évoquer son visage et son corps, son apparence de fille fatale et craquante, prête à tout. Certains parmi nous alors, surtout les mâles, surtout les plus jeunes, bandaient. Nous l'obligions donc aussi à errer dans les caniveaux bourbeux de nos consciences, associée à nos humidités préhistoriques, à nos appels génétiques rauques et à des poussées de sang qui dataient des premiers vertébrés, du crétacé ou d'avant encore. Ainsi aussi nous l'entraînions au milieu des brutes images animales de coït qu'on nous avait appris à ne juger ni désolantes ni honteuses, qu'on nous avait appris à humaniser, à civiliser en parlant d'érotisme ou même d'amour. Ainsi elle se retrouvait involontaire actrice dans nos représentations parfois très lyriques de l'acte sexuel, et parfois au contraire sans lyre, réduites à une brève agitation crue et sordide, surtout chez les mâles. Voilà pour la dimension affective et non exclusivement politique des relations entre nous. Pour ce qu'il y avait de sexué dans nos relations.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 58)

Soirée à quatre en deux temps. D'abord au restaurant italien Buco di Muro de Nadya Park, buffet d'entrées, pâtes à la tomate et pizzas, poisson et desserts, avec deux bonnes bouteilles de vin et une brillante conversation dont j'ai tout oublié présentement (il est 1h15 et, vin et whisky n'aidant pas, c'est dur d'aligner les mots...).
Ah, si ! Par exemple, Sophie m'a dit qu'elle avait commencé René Leys, qu'elle en était enchantée, qu'elle comprenait pourquoi j'avais fait du chinois, il y a vingt ans...
Andreas avait bien préparé son coup pour nous entraîner ensuite dans un bar nommé le jazz modal de l'autre côté de Sakae. Sophie, Benoît et moi l'avons suivi sans difficulté. Dans un quartier de petits bars, de malfrats et de prostituées, nous avons trouvé l'endroit étonnamment branché : sièges clairs et cosy, lumières intelligemment réparties et masquées, écran avec un mash-up de films rétros et de jazz fusion. Et un jeune patron... qui parle français. Plus tard, nous apprendrons qu'il sort précisément de notre université (à Andreas et moi) et qu'il a ensuite vécu six mois à Paris et six mois à Lyon.
À minuit pile, nous nous transformons en... hommes qui rentrent chez eux en taxi, Sophie étant déjà partie depuis plus d'une demie-heure pour avoir son bus. Dans un message téléphonique, elle m'écrit qu'elle a passé une excellente soirée et que nous avions été magiques. Toi aussi, Sosso.
Sûrs et certains qu'on reviendra !