À minuit pile, nous nous transformons en...
Par Berlol, mercredi 5 décembre 2007 à 23:59 :: General :: #845 :: rss
« J'ai
4 fois
l'âge que vous aviez quand j'avais l'âge que vous
avez.
J'ai 40 ans. Quel âge
avez-vous ? »Tel est le problème que j'avais dicté à mes étudiants de 2e année la semaine dernière — avec la consigne de le résoudre. Sur une trentaine, cinq l'avaient résolu et l'étudiante appelée au tableau a pu parfaitement écrire la phrase, poser les équations et donner la solution. Mais elle a été dans l'incapacité de l'expliquer pas à pas en français, ou en japonais. Je lui ai donc demandé d'écrire le problème en japonais, avec l'aide de ses camarades. Il y a alors eu un quart d'heure une extraordinaire discussion d'une dizaine d'étudiantes qui cherchaient ensemble la meilleure formulation en japonais, en prenant à rebours, comme il se doit, la concaténation grammaticale française. Jusqu'à avoir au tableau, en japonais, un texte que ceux qui n'avaient pas compris (en français) commençaient à entendre enfin.
Interrogés au déjeuner, mes collègues ont donné leur langue au chat.
Et vous, vous connaissez la réponse ?
Après ça, repos. Et sport en milieu d'après-midi. À cet horaire, un mercredi, c'est un peu comme désobéir au diktat de l'entreprise qui, sans le dire, nous veut au bureau toute la journée quand on n'a pas cours.
Pourtant, pédalant sur place et dégouttant de toxines, je continue à me cultiver...
« Par exemple, en fin de nuit, il nous arrivait de répéter son nom et de passer un moment entre sommeil et réveil, un moment que nous espérions prolonger le plus possible, à évoquer son visage et son corps, son apparence de fille fatale et craquante, prête à tout. Certains parmi nous alors, surtout les mâles, surtout les plus jeunes, bandaient. Nous l'obligions donc aussi à errer dans les caniveaux bourbeux de nos consciences, associée à nos humidités préhistoriques, à nos appels génétiques rauques et à des poussées de sang qui dataient des premiers vertébrés, du crétacé ou d'avant encore. Ainsi aussi nous l'entraînions au milieu des brutes images animales de coït qu'on nous avait appris à ne juger ni désolantes ni honteuses, qu'on nous avait appris à humaniser, à civiliser en parlant d'érotisme ou même d'amour. Ainsi elle se retrouvait involontaire actrice dans nos représentations parfois très lyriques de l'acte sexuel, et parfois au contraire sans lyre, réduites à une brève agitation crue et sordide, surtout chez les mâles. Voilà pour la dimension affective et non exclusivement politique des relations entre nous. Pour ce qu'il y avait de sexué dans nos relations.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 58)
Soirée à quatre en deux temps. D'abord au
restaurant
italien Buco di Muro de Nadya Park, buffet
d'entrées, pâtes
à la tomate et pizzas, poisson et desserts, avec deux bonnes
bouteilles de vin et une brillante conversation dont j'ai tout
oublié présentement (il est 1h15 et, vin et
whisky n'aidant pas, c'est dur d'aligner
les mots...).Ah, si ! Par exemple, Sophie m'a dit qu'elle avait commencé René Leys, qu'elle en était enchantée, qu'elle comprenait pourquoi j'avais fait du chinois, il y a vingt ans...
Andreas avait bien préparé son coup pour nous entraîner ensuite dans un bar nommé le jazz modal de l'autre côté de Sakae. Sophie, Benoît et moi l'avons suivi sans difficulté. Dans un quartier de petits bars, de malfrats et de prostituées, nous avons trouvé l'endroit étonnamment branché : sièges clairs et cosy, lumières intelligemment réparties et masquées, écran avec un mash-up de films rétros et de jazz fusion. Et un jeune patron... qui parle français. Plus tard, nous apprendrons qu'il sort précisément de notre université (à Andreas et moi) et qu'il a ensuite vécu six mois à Paris et six mois à Lyon.
À minuit pile, nous nous transformons en... hommes qui rentrent chez eux en taxi, Sophie étant déjà partie depuis plus d'une demie-heure pour avoir son bus. Dans un message téléphonique, elle m'écrit qu'elle a passé une excellente soirée et que nous avions été magiques. Toi aussi, Sosso.
Sûrs et certains qu'on reviendra !
Commentaires
1. Le mercredi 5 décembre 2007 à 14:55, par christine :
le mieux pour les maths ce n'est ni le français ni le japonais c'est de poser l'équation, quelque chose comme :
40 / 4 = 10
40 - x = x - 10
2x = 40 + 10 = 50
x = 25 ans
2. Le mercredi 5 décembre 2007 à 15:00, par Berlol :
Bien joué !!! C'est exactement ce que mon étudiante a fait.
Mais comme on est en cours de langue, il faut expliquer à ceux qui ne comprennent pas... Et ça marche.
3. Le mercredi 5 décembre 2007 à 16:24, par christine :
qu'est-ce que je gagne ? (à part - et c'est déjà beaucoup - la satisfaction nostalgique d'être la bonne élève qui lève la première son ardoise avec la bonne réponse !)
4. Le mercredi 5 décembre 2007 à 18:33, par Berlol :
Je te paierai un pot en février... Ou tu préfères une carte de nouvel an au pinceau ?
5. Le mercredi 5 décembre 2007 à 20:54, par eric :
Ce problème est très curieux du point de vue de la logique énonciative : "je vais vous dire mon âge, ça vous aidera à trouver le vôtre : c'est les cinq huitièmes du mien".
Les fictions mathématiques sont bien les plus romanesques de toutes!
A samedi
6. Le mercredi 5 décembre 2007 à 23:55, par brigetoun :
le genre de problème devant lequel mon cerveau se transforme immédiatement en petit pois, allant jusqu'à refuser énergiquement de comprendre l'explication de la solution.
irrécupérable suis.
j'aime bien le bar branché dans le quartier excitant. Pas spécialement japonais non ?
7. Le jeudi 6 décembre 2007 à 00:17, par Berlol :
Ne vous inquiétez pas, Brigetoun, et sans doute pour la raison qu'Éric donne, une étudiante m'a répondu en disant : "Mais, Monsieur, j'ai 19 ans ! Je ne comprends pas..." Ce qui veut bien dire qu'en donnant son âge (réel), elle refusait d'entrer dans une stupide fiction logique...
8. Le vendredi 7 décembre 2007 à 08:07, par Stubborn :
J'étais CER-TAI-NE que la réponse était 10 ans ! Le premier qui m'explique, en japonais ou en français, comment mon cerveau gauche a fait son tour de passe-passe pour trouver une si jolie (j'y tiens) mauvaise réponse...
9. Le vendredi 7 décembre 2007 à 15:13, par Berlol :
Euh... là, vous exagérez un peu, non ? Il n'y a pas écrit : j'ai 40 ans et 4 fois l'âge que vous avez. Il y a des verbes à l'imparfait... Nobody's perfect !
10. Le samedi 8 décembre 2007 à 12:04, par Joël :
Le coup de "Mais, Monsieur, j'ai 19 ans..." me rappelle l'histoire d'un collègue de bureau à qui je demandais de me faire une synthèse rapide, en qq phrases, du projet sur lequel il travaillait depuis 10 jours.
Comme il était incapable de comprendre ma question, je lui dis : "Suppose que tu ais rencontré un copain hier et qu'il t'ait demandé de parler du projet sur lequel tu travailles. Que lui aurais-tu dit?"
Réponse: "J'ai pas rencontré de copain hier soir."
11. Le dimanche 9 décembre 2007 à 14:30, par Olivier :
Avec un peu de retard, car j'étais au colloque de Kyoto...
Ben moi aussi j'avais compris 10 ans... Les analphabètes des mathématiques en force!!! Et j'essaie encore de savoir si je suis sûr d'avoir tout à fait compris l'équation....
A une toute prochaine, ami!!
12. Le dimanche 9 décembre 2007 à 16:28, par christine :
c'est ce que je trouve très beau avec les équations : on n'est jamais sûr d'avoir bien compris (ceci dit depuis mon très très modeste niveau, car des maths je n'en ai plus fait depuis le lycée, c'est à dire depuis un certain temps !) ... quand est-ce que tu viens en février ?
13. Le lundi 10 décembre 2007 à 06:38, par Stubborn :
@Berlol. Vous—pouvez—pas—comprendre. L'imparfait appliqué aux mathématiques revêt pour moi (pour nous ; salut Olivier !) une faculté tout à fait fascinante : sa neutralisation. Alors que dans le même temps, si je puis dire, il s'avère indéniable que la moindre cellule grise de poésie voudrait que l'âge dont l'homme a la nostalgie, fut celui symbolique de l'enfance. Ah.
14. Le lundi 10 décembre 2007 à 06:41, par Berlol :
Ah, alors... Si la poésie s'en mêle ! Là, je n'y peux plus rien. Ceci dit, comme vous semblez déjà avoir eu tous deux le bac, vous n'avez plus rien à craindre...
15. Le lundi 10 décembre 2007 à 16:06, par Olivier :
mmm désolé d'en rajouter une louche...
Ce n'est certes pas grâce aux mathématiques que je l'ai obtenu ce bac... Option obligatoire... à l'oral!!!! Mais je suis frustré, aujourd'hui encore, de ne pouvoir suivre un raisonnement matheux (sauf en probabilités, allez savoir pourquoi)... En même temps, cela ne m'a jamais empêché de raisonner tout court... Notamment, par exemple, en suivant parfaitement la trajectoire qu'est en train de dessiner pour son pays un certain président de la république (pas besoin de majuscules pour ce naboléon!!) avec ses fréquentations plus que douteuses... Qui se multiplent de jour en jour... Pas besoin d'équation pour voir la trajectoire de la parabole et savoir où il veut l'entrainer...
Et merci Stubborn pour l'explication de texte!!! Je saisis mieux maintenant...
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