Encore un petit matin donné à L'Étranger de Camus, cette fois pour le chapitre III de la seconde partie, facile à préparer puisqu'il narre chronologiquement (ce qui tranche sur le précédent) le début du procès de Meursault — un Meursault qui revient au temps linéaire en société alors qu'il a plutôt un temps en bou(c)le en prison. Ça se comprend. L'essentiel de ce chapitre réside dans l'ordre d'appel des témoins à la barre. En effet, chaque personne apportant un bout de l'histoire, coloré d'une certaine façon par sa subjectivité propre et recoloré par les éventuelles prises de parole de l'avocat et du procureur, c'est l'ordre d'assemblage de ces différents bouts qui formera en grande partie la conviction intime des jurés. Or, cet ordre n'est pas laissé au hasard... Laissant le crime et le mort arabe de côté, les questions concernent l'attitude de Meursault vis-à-vis de sa mère, le fait de l'avoir mise à l'asile, d'avoir été indifférent, en apparence, le jour de son enterrement, d'être allé draguer Marie et se poiler avec un Fernandel dès le lendemain. D'évasif au départ, le procureur déploie son art oratoire et sa psychologie pour resserrer l'étau de ses certitudes sur les jurés, voulant qu'essentiellement Meursault soit le responsable impardonnable de l'assassinat de sa mère.

À midi pile, je suis parti pour Kyoto, sac de voyage en main, pour assister au colloque de génétique littéraire signalé l'autre jour.
À midi cinq, arrivant presque en bas de Kagurazaka, je me suis... décidé à remonter, comme si j'étais mu par un long élastique fixé à l'appartement.
C'est qu'en descendant, j'étais de moins en moins sûr de faire le bon choix. L'idée de laisser T. jusqu'à vendredi prochain avec cette désagréable sensation de commencer seule un traitement médical (seule, Ménière...) pour aller me baguenauder à Kyoto, faire le beau à un colloque plus qu'à moitié fini et dans lequel je ne suis même pas intervenant. Sans compter la dépense, le temps... Mon seul regret étant pour la fin de soirée entre copains et l'hospitalité d'Éric pour la nuit. Et le fait que je m'étais engagé pour le dîner payant. Mais cela, objectivement, à mes yeux, ne faisait plus le poids.
Je prie ici instamment l'ami Éric de bien vouloir accepter mes excuses. Et je dois écrire à la personne qui s'occupait des réservations au restaurant.

Bon, me voilà à la maison. Je ne bulle pas longtemps...

À propos de Pascal Quignard, après le vandalisme de Lagrasse. « Au milieu du désastre, il a remarqué que les livres de Saint Augustin avaient été souillés, et pas ceux de Sade, comble d'ironie.» (chez Marc Pautrel)

Dire à T. qu'Alain Rey parle des mazarinades dans L'Amour du français, recensé par Bernard Cerquiglini. Merci, aussi, Professeur ! pour votre revue de 2006 en neuf mots (bienveillantes, boule (coup de), éléphants, indigène, Libé, Outreau, précarité, premier, tontonmania).

Merci à Christian Sauvage qui, sans le savoir, je pense, me rend hommage, nonobstant qu'il réinvente ce fil à couper le beurre de la critique littéraire qu'est le commentaire progressif tel que je le pratique depuis plus de quatre ans...

Sans ironie, cette fois, je suis heureux que Philippe De Jonckheere ait enfin, après une énième lettre de refus, accepté l'idée qu'il n'est pas nécessaire de s'échiner à trouver un éditeur si le but qu'on recherche est essentiellement d'avoir des lecteurs. (Alors qu'en effet, Philippe, il y a déjà dix ou cent fois plus de lecteurs de ton site qui ont assurément bien plus d'estime pour toi que s'il s'agissait de livre de papier — et je suis du nombre.)

Dans la soirée, subitement, des pop-up apparaissent à l'écran, m'informant de risques de virus, ouvrant des fenêtres d'Internet Explorer vers des propositions d'achat d'anti-virus, anti-spyware, etc. Je ne crois pas à tout cela, depuis longtemps. Je ferme toutes ces boîtes malfaisantes. Mais elles réapparaissent après quelques secondes, ou minutes. Et puis trois icones inconnues se sont incrustées dans le bureau... Tout ça m'a l'air d'être un sérieux coup monté ! Pendant que mon scanner anti-virus passe le contenu du disque dur au peigne fin, je commence les recherches sur le web, pour savoir quoi faire, du plus simple au plus efficace. Et je vais me coucher en sachant à peu près de quoi demain sera fait.