Un long élastique fixé à l'appartement
Par Berlol, samedi 8 décembre 2007 à 23:59 :: General :: #848 :: rss
Encore un petit matin donné à L'Étranger
de
Camus, cette fois pour le chapitre III de la seconde partie, facile
à préparer puisqu'il narre
chronologiquement (ce qui tranche sur le
précédent) le
début du procès de Meursault — un
Meursault qui revient au
temps linéaire en société alors qu'il
a
plutôt un temps en bou(c)le en prison. Ça se
comprend. L'essentiel de ce chapitre réside dans l'ordre
d'appel des témoins à la barre. En effet, chaque
personne apportant un bout de l'histoire, coloré d'une
certaine façon par sa subjectivité propre et
recoloré par les éventuelles prises de parole de
l'avocat et du procureur, c'est l'ordre d'assemblage de ces
différents bouts qui formera en grande partie la conviction
intime des jurés. Or, cet ordre n'est pas laissé
au hasard... Laissant le crime et le mort arabe de
côté, les questions concernent l'attitude de
Meursault vis-à-vis de sa mère, le fait de
l'avoir mise à l'asile, d'avoir été
indifférent, en apparence, le jour de son enterrement,
d'être allé draguer Marie et se poiler avec un Fernandel
dès le lendemain. D'évasif au départ,
le procureur déploie son art oratoire et sa psychologie pour
resserrer l'étau de ses certitudes sur les jurés,
voulant qu'essentiellement Meursault soit le responsable impardonnable
de l'assassinat de sa mère.
À midi pile, je suis parti pour Kyoto, sac de voyage en main, pour assister au colloque de génétique littéraire signalé l'autre jour.
À midi cinq, arrivant presque en bas de Kagurazaka, je me suis... décidé à remonter, comme si j'étais mu par un long élastique fixé à l'appartement.
C'est qu'en descendant, j'étais de moins en moins sûr de faire le bon choix. L'idée de laisser T. jusqu'à vendredi prochain avec cette désagréable sensation de commencer seule un traitement médical (seule, Ménière...) pour aller me baguenauder à Kyoto, faire le beau à un colloque plus qu'à moitié fini et dans lequel je ne suis même pas intervenant. Sans compter la dépense, le temps... Mon seul regret étant pour la fin de soirée entre copains et l'hospitalité d'Éric pour la nuit. Et le fait que je m'étais engagé pour le dîner payant. Mais cela, objectivement, à mes yeux, ne faisait plus le poids.
Je prie ici instamment l'ami Éric de bien vouloir accepter mes excuses. Et je dois écrire à la personne qui s'occupait des réservations au restaurant.
Bon, me voilà à la maison. Je ne bulle pas longtemps...
À propos de Pascal Quignard, après le vandalisme de Lagrasse. « Au milieu du désastre, il a remarqué que les livres de Saint Augustin avaient été souillés, et pas ceux de Sade, comble d'ironie.» (chez Marc Pautrel)
Dire à T. qu'Alain Rey parle des mazarinades dans L'Amour du français, recensé par Bernard Cerquiglini. Merci, aussi, Professeur ! pour votre revue de 2006 en neuf mots (bienveillantes, boule (coup de), éléphants, indigène, Libé, Outreau, précarité, premier, tontonmania).
Merci à Christian Sauvage qui, sans le savoir, je pense, me rend hommage, nonobstant qu'il réinvente ce fil à couper le beurre de la critique littéraire qu'est le commentaire progressif tel que je le pratique depuis plus de quatre ans...
Sans ironie, cette fois, je suis heureux que Philippe De Jonckheere ait enfin, après une énième lettre de refus, accepté l'idée qu'il n'est pas nécessaire de s'échiner à trouver un éditeur si le but qu'on recherche est essentiellement d'avoir des lecteurs. (Alors qu'en effet, Philippe, il y a déjà dix ou cent fois plus de lecteurs de ton site qui ont assurément bien plus d'estime pour toi que s'il s'agissait de livre de papier — et je suis du nombre.)
Dans la soirée, subitement, des pop-up apparaissent à l'écran, m'informant de risques de virus, ouvrant des fenêtres d'Internet Explorer vers des propositions d'achat d'anti-virus, anti-spyware, etc. Je ne crois pas à tout cela, depuis longtemps. Je ferme toutes ces boîtes malfaisantes. Mais elles réapparaissent après quelques secondes, ou minutes. Et puis trois icones inconnues se sont incrustées dans le bureau... Tout ça m'a l'air d'être un sérieux coup monté ! Pendant que mon scanner anti-virus passe le contenu du disque dur au peigne fin, je commence les recherches sur le web, pour savoir quoi faire, du plus simple au plus efficace. Et je vais me coucher en sachant à peu près de quoi demain sera fait.
À midi pile, je suis parti pour Kyoto, sac de voyage en main, pour assister au colloque de génétique littéraire signalé l'autre jour.
À midi cinq, arrivant presque en bas de Kagurazaka, je me suis... décidé à remonter, comme si j'étais mu par un long élastique fixé à l'appartement.
C'est qu'en descendant, j'étais de moins en moins sûr de faire le bon choix. L'idée de laisser T. jusqu'à vendredi prochain avec cette désagréable sensation de commencer seule un traitement médical (seule, Ménière...) pour aller me baguenauder à Kyoto, faire le beau à un colloque plus qu'à moitié fini et dans lequel je ne suis même pas intervenant. Sans compter la dépense, le temps... Mon seul regret étant pour la fin de soirée entre copains et l'hospitalité d'Éric pour la nuit. Et le fait que je m'étais engagé pour le dîner payant. Mais cela, objectivement, à mes yeux, ne faisait plus le poids.
Je prie ici instamment l'ami Éric de bien vouloir accepter mes excuses. Et je dois écrire à la personne qui s'occupait des réservations au restaurant.
Bon, me voilà à la maison. Je ne bulle pas longtemps...
À propos de Pascal Quignard, après le vandalisme de Lagrasse. « Au milieu du désastre, il a remarqué que les livres de Saint Augustin avaient été souillés, et pas ceux de Sade, comble d'ironie.» (chez Marc Pautrel)
Dire à T. qu'Alain Rey parle des mazarinades dans L'Amour du français, recensé par Bernard Cerquiglini. Merci, aussi, Professeur ! pour votre revue de 2006 en neuf mots (bienveillantes, boule (coup de), éléphants, indigène, Libé, Outreau, précarité, premier, tontonmania).
Merci à Christian Sauvage qui, sans le savoir, je pense, me rend hommage, nonobstant qu'il réinvente ce fil à couper le beurre de la critique littéraire qu'est le commentaire progressif tel que je le pratique depuis plus de quatre ans...
Sans ironie, cette fois, je suis heureux que Philippe De Jonckheere ait enfin, après une énième lettre de refus, accepté l'idée qu'il n'est pas nécessaire de s'échiner à trouver un éditeur si le but qu'on recherche est essentiellement d'avoir des lecteurs. (Alors qu'en effet, Philippe, il y a déjà dix ou cent fois plus de lecteurs de ton site qui ont assurément bien plus d'estime pour toi que s'il s'agissait de livre de papier — et je suis du nombre.)
Dans la soirée, subitement, des pop-up apparaissent à l'écran, m'informant de risques de virus, ouvrant des fenêtres d'Internet Explorer vers des propositions d'achat d'anti-virus, anti-spyware, etc. Je ne crois pas à tout cela, depuis longtemps. Je ferme toutes ces boîtes malfaisantes. Mais elles réapparaissent après quelques secondes, ou minutes. Et puis trois icones inconnues se sont incrustées dans le bureau... Tout ça m'a l'air d'être un sérieux coup monté ! Pendant que mon scanner anti-virus passe le contenu du disque dur au peigne fin, je commence les recherches sur le web, pour savoir quoi faire, du plus simple au plus efficace. Et je vais me coucher en sachant à peu près de quoi demain sera fait.
Commentaires
1. Le dimanche 9 décembre 2007 à 03:47, par brigetoun :
l'art de savoir déterminer ce qui est important - une façon d'honorer l'humain en soi.
Pour les mots pour 2006 un regret : le ton immensément consensuel qui rend l'exercice assez inutile - pardon
pour Philippe De Jonckheere un souhait fervent : qu'il puisse trouver le temps de mettre en ligne son livre comme il l'envisage
2. Le dimanche 9 décembre 2007 à 04:09, par patapon :
Dommage, cher Berlol, et je comprends tes scrupules qui te font honneur - en souhaitant bien sûr à T. une bonne santé. J’ai vu Éric, et on a un peu parlé de toi... Ce colloque était vraiment très réussi, j’ai beaucoup appris. Les Actes seront de toute façon publiés, j’imagine, dans un assez proche avenir.
3. Le dimanche 9 décembre 2007 à 05:21, par eric :
Pas d'inquiétude : ce motif te fait honneur, je fais chorus avec patapon, dont je viens de faire la connaissance dans la vie réelle (je n'ai pas dit la vraie vie...); ou plutôt, son avatar électronique vient de coïncider avec un visage et une voix qui m'étaient familiers depuis longtemps... occasion de rendre grâce à ce blog pour procurer ce genre de réjouissantes expériences... j'en profite aussi pour saluer amicalement Olivier, s'il passe par ici, puisque, à distance, tu as, berlol, contribué à ce que nous liions sympathie.
Ce colloque a été pour moi un long exercice d'admiration (et la source d'une petite émotion personnelle : j'ai parlé le 8 décembre 2007 à 10 heures, j'avais pour la première fois de ma vie foulé le sol japonais le 8 décembre 1997 à 10 heures). Je n'entrerai pas dans le détail des commentaires éblouissants que j'ai entendus sur Flaubert, Stendhal, Camus, Proust, etc. Mais il y a eu cet après-midi une communication de Nathalie Mauriac sur le voyage à Venise du narrateur de la Recherche, qui ajoutait au brio intellectuel une vibration et une émotion très spéciales, montrant tout ce qui se joue d'humanité et de conscience civique dans la recherche en littérature : de quoi puiser de la motivation et de l'énergie au travail pour longtemps...
Sans attendre une publication d'actes qui suivra son train de sénateur, sans doute l'occasion de t'en dire plus à Tokyo en janvier...
D'ici là, tous mes voeux à T
A bientôt
4. Le dimanche 9 décembre 2007 à 06:17, par Berlol :
Je ne doutais pas que ce fût un excellent colloque et il me tarde de lire les Actes. Vous vous êtes rencontrés et c'est très bien (depuis le temps que je vous le disais); vous ne m'en voulez pas et c'est encore mieux.
Très étonnante, cette coïncidence de 10 ans ! J'espère qu'il ne se passera pas dix autres années avant que je puisse t'entendre !
5. Le dimanche 9 décembre 2007 à 08:25, par Philippe De Jonckheere :
Que veux-tu, je suis long à la détente.
Amicalement
Phil
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