Je démarre l'ordinateur, ce matin, comme un enfant qui espère qu'une horreur aura disparu avec la nuit. Mais non. Les pop-up indésirables sont toujours là. Je les laisse agir autour d'une fenêtre réduite de TV5 Monde pendant que nous prenons le petit déjeuner. Le nombre d'événements terroristes ou publicitaires se réduit finalement à 5 ou 6, qui se déclenchent l'un après l'autre à quelques secondes ou minutes d'intervalle, formant une ronde qui devient vite ridicule...
Mais il vaut mieux, puisqu'il fait beau, que je m'en occupe plutôt cet après-midi.

Le grand soleil — et le risque que c'en soit un des derniers jours — nous motive à sortir. Marcher. À Yoyogi-Koen, le grand parc derrière le sanctuaire Meiji-Jingu, à Harajuku. Y marchons, y marchons, T. et moi, une bonne heure, nous remémorant d'autres parcs arpentés, reprenant les éléments de nos actuelles combinaisons (travail, recherche, santé, ennuis de copropriété, etc.).
Entre des feuilles marron, beiges et brunes, une mante religieuse d'un vert printanier semble perdue, n'avance plus guère dans cet automne finissant. Vue de près, elle a perdu une de ses pattes arrières, sans doute écrasée par un passant qui regardait en l'air. Après l'avoir photographiée, je la fais monter sur un petit bâton pour la déposer au pied d'un arbre, où elle aura moins de risques de finir écrasée entre les rainures d'une chaussure.
Les feuilles des ginkgos sont tellement nombreuses à terre que toute la lumière est réorientée de bas en haut. Nombreux groupes de photographes amateurs, certains concentrés sur les feuilles quand elles se détachent des arbres, d'autres pointant leurs gros objectifs sur une ou deux jeunes alouettes à courte jupe que rétro-éclairent des miroirs.
Dans un vallon ensoleillé du parc, nous trouvons un tronc allongé et sec sur lequel nous nous asseyons pour y lire une bonne quarantaine de minutes durant. Un moment d'éternité durant lequel Mevlido croit encore perdre Verena Becker...

« Elle portait une robe verte, de ce vert asiatique qu'autrefois on définissait sous le vocable de shocking green, à l'époque où l'Asie était exotique pour ceux qui accaparaient la parole, et où il se trouvait encore des anglophones qui déterminaient si une couleur était ou non choquante pour le goût occidental.
[...] Cette femme ressemblait à Verena Becker. Ce n'était pas vraiment la même manière de se tenir, ni la même coupe de cheveux, ni la même couleur de peau. Ni la même taille. Mais elle lui ressemblait énormément, par quelque chose qu'il aurait été incapable de définir. Le parfum non plus ne correspondait pas. Mais c'était elle.
[...]
[...] la tête de la femme en vert n'avait pas été joliment cisaillée, bien au contraire. Les roues en fer l'avaient broyée de façon ignoble après avoir traîné et mâchouillé son corps. Quant au conducteur, ce n'était pas, comme dans Le Maître et Marguerite, une fringante ouvrière en route pour l'avenir radieux. C'était un homme d'une cinquantaine d'années, et, s'il avait eu autrefois des sympathies pour les Komsomols, il ne s'en vantait plus en public depuis très, très, très longtemps.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 101-102 et 108)

Marche reprise jusqu'à Shibuya. Déjeuner au Panda (tu t'en souviendras, Éric). Puis retour en marchant jusqu'à Harajuku par le parc de la NHK et le complexe sportif Kenzo Tange. D'où je tire ce souriant lampadaire pour le dédier à Christine, qui semble apprécier les visages fortuits.
De retour à la maison, j'évacue la question des pop-up en moins d'une demie-heure (identification des fichiers à l'origine des icones surnuméraires, ouverture desdits fichiers avec Notepad pour en vider le contenu texte, les enregistrer à côté sous un autre nom, modifier les noms des documents en intervertissant nouveaux et anciens, redémarrer, enfin effacer les fichiers anciens et nouveaux puisque leurs programmes n'ont pas réussi à s'exécuter au démarrage — et hop ! ça marche !).
Puis me remets au travail.