Réveillé en pleine nuit par un bon mal de tête — ça faisait un moment que ce n'était plus arrivé. Thé au jasmin de 4 à 5, ça passe, comme d'habitude, puis recouché une heure. Rédaction du JLR d'hier et d'un dernier rapport avant le petit déjeuner. Rangements en prévision du départ jusqu'à l'année prochaine.
Au sport, étirements en commençant le pédalage. La douleur musculaire ou tendinaire apparue dimanche ou lundi a presque disparu. T. craignait ce qu'elle appelle le frozen shoulder, en français je ne sais pas... Un truc qui peut durer six mois ou un an. Heureusement, ce n'est pas ça. Et puis avec tout ce qu'on a à faire en ce moment, j'ai dit à mon épaule que ce n'était pas le moment. Elle a compris, je crois.

« Mevlido avait commencé à mugir. C'était pour l'instant, le seul moyen qu'il avait trouvé pour se débattre. Les paroles se diluaient dans sa bouche, elles devenaient un beuglement sans articulation ni efficace. Ce n'est pas réel, pensa-t-il soudain. Je suis ailleurs que dans le réel. Sa peur augmenta. Il s'était rendu compte qu'il rêvait, mais il ne pouvait pas sortir de l'ailleurs ni en chasser Alban Glück. Il aurait fallu prononcer une formule conjuratoire quelconque. Mais sa langue avait désappris la parole et ne lui était plus d'aucun secours.
— Ne crie pas, dit quelqu'un. Ne crie pas, mon Yasar. Tu me fais peur.
Il avait la chair de poule. Il sentit sur lui la main de Maleeya Bayarlag. Un cauchemar, pensa-t-il. Rien de plus qu'un sale cauchemar de plus. Il était allongé, il lui semblait entendre encore l'écho des plaintes par lesquelles il exprimait son désir violent de changer de monde.»
(Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 166)

J'écrivais avant-hier que « l'univers plombé et torturé de Mevlido nous dit une chose tandis que l'écriture elle-même nous en dit une autre...» Mais je crois que ce n'est pas tout. Autre chose me rend chères les œuvres de Volodine, autre chose fait de sa littérature presque une (lit)thérapie contre la folie du monde actuel. En plaçant souvent l'humanité dans un futur imprécis, ou dans un hors temps quelconque, Volodine me (nous) soulage du poids de l'histoire sans l'oblitérer, me (nous) dégage des chaînes qui me (nous) rattachent aux œuvres littéraires contemporaines quand elles sont réalistes, ancrées, circonstanciées, quand elles ne font qu'aggraver notre emprise, mais dans le même temps Volodine n'essaye pas de me (nous) faire avaler un conte de fées où les problèmes, les angoisses, les frustrations n'existeraient plus, il ne tente pas de me (nous) fourguer les doses de calmant que les patrons de l'édition — copains des patrons de presse, copains des dirigeants politiques et des potentats financiaro-industriels — aiment à sélectionner pour ce qu'ils considèrent comme leur noble métier d'éditeur... et qui s'apparente le plus souvent à une distribution générale (payante) de bonbons farcis de tranquillisants.

Après le très agréable dernier déjeuner de l'année avec David (qui s'envole pour Cairns dans trois jours, le salaud !) et une dernière réunion, je m'en vais prendre le train, relire les dernières pages de L'Étranger, dormir, rêver, peut-être... Et rejoindre T., enfin, mais pas en rêve !

Lectures du soir. Pas le seul à avoir eu un petit coup de mou, on dirait !
Mais, François... ce que tu dis là — la concurrence des blogs où l'on trouve ce que l'on ne trouvait autrefois que dans des livres —, j'en suis convaincu depuis plusieurs années déjà. Je te demande bien pardon, je ne suis pas quelqu'un qui publie des livres, je n'ai pas le droit de pointer au catalogue des écrivains, mais je crois bien avoir dit dès le début qu'une partie de la nouvelle littérature était là — et que j'en étais, modestement.