Pour expliquer ce qui se passe entre les mots « Aujourd'hui » et « haine », respectivement premier et dernier de L'Étranger de Camus, je dirais que l'on passe d'un athéisme involontaire (euphémiquement nommé « insensibilité ») à un athéisme accepté (poétiquement nommé « tendre indifférence du monde »). C'est le conte d'une prise de conscience qui nécessite : 1. un événement permettant de discriminer un individu (le meurtre), 2. une stigmatisation par laquelle l'institution se dévoie (ou se montre telle qu'elle est : le procès), 3. un révélateur quand quelque chose « a crevé en moi » (la colère contre l'aumônier). Aux fables qui recensent les diverses tentations que le Diable et ses sbires font subir à une âme (type Saint Antoine), Camus oppose, dans ce chapitre ultime, celle d'un homme presque quelconque qui doit subir et repousser les assauts d'un prêtre et de sa foi assujettissante. L'horizontale d'un homme qui se pense « comme tout le monde » vient se mettre en travers de la verticale des hiérarchies religieuse et étatique. Cette croix que forment le matérialisme et le catholicisme, c'est celle que Camus (ap)porte à notre édification.
N'oublions pas que le roman ne s'achève pas par l'exécution du condamné. Même si Meursault s'en fout, le pourvoi en grâce est peut-être arrivé le lendemain du point final...

La grisaille recouvre tout. Un froid humide de moins de 10 degrés, mais encore bien plus chaud que ce que je constate en France. Au Saint-Martin, je n'en prends pas moins de l'agneau. Ça réchauffe le corps...
Puis on reste à la maison. T. reçoit quelques étudiantes qui vont bientôt partir en France, pour leur donner des conseils de voyage, de sécurité et de savoir-vivre. Moi, je réponds à du courrier en retard, j'écoute la radio, je parcours yeux et oreilles la nouvelle formule de Jamendo — tout simplement époustouflante !

Le lapin qui fait du mochi dans la Lune...Dans le journal Asahi, deux pages sur Murakami Takashi ( 村上 隆さん), 45 ans, l'artiste créateur du groupe Kaikai Kiki dont nous avons déjà parlé et qui est composé de plusieurs artistes (ci-contre une œuvre de Takano Aya, avec le lapin qui fait du mochi dans la Lune).
T. m'en traduit une bonne part : les études d'art japonais classique, la recherche d'une voie personnelle et kawaii, les années de clochardisation par désintérêt du public, le voyage aux États-Unis où Murakami trouve sa voie et de l'aide, la nécessité d'être en même temps un homme d'affaire.
L'expression Kaikai Kiki trouve son origine étymologique dans un mouvement artistique de l'ère Momoyama (sur)nommé Kiki Kaikai (fin du XVIe siècle), par et autour de l'artiste Kanô Eitoku dont le style est apprécié pour la bizarrerie, l'excès de vitalité, et qui honore des commandes de grands seigneurs (comme Oda Nobunaga ou Toyotomi Hideyoshi, deux des acteurs d'une première unification du pays)...

Bonus pour Christine :
« Two monsters, one white with long ears and a smiling mouth (Kaikai), the other pink with short ears, three eyes and jagged teeth (Kiki), take their names from a 16 th Century ideology. In the late 1500s the work of the painter Kano Eitoku was criticized for its execessive liberty. Using Chinese characters (as on Murakami’s characters’ ears) his work was described as Kaikai Kiki (elegant) or Kiki Kaikai (supernatural and bizarre).  The adjective kikikaikai is used to describe strange things or phenomena, but the term kaikaikiki embraces several different notions — bravery and power with a keen sense of sensitivity. Kaikai and Kiki appear in sculptural form, in paintings together, alone and amongst other characters. When presented flanking Mr Oval, they can be seen as acolytes to Oval’s Buddha.  Murakami has applied the term Kaikai Kiki to the title of this exhibition as well as his corporation.» (Selon Murakami)

Entendu dans Jeux d'épreuves du 15 décembre : « Pour ma part, en tout cas, je préfère les chaussettes de Rimbaud aux autofictions de Christine Angot.» Je dois dire que j'en suis resté baba ! Après un quart d'heure de considérations raisonnables sur la Correspondance de Rimbaud, finir sur cette note ridicule, de la part de Joseph Macé-Scarron, c'est tout simplement indigne. On se demande parfois si les gens de radio s'écoutent !
Ceci dit, il va falloir que je retourne humer les chaussettes de Rimbaud, ça m'inspirera peut-être pour la prochaine session de cours de l'Institut.