Avec couple d'amis japonais, sushis chez Oojime, selon tradition d'Osaka, non pas avec du poisson cru mais avec du poisson mariné — méthode d'avant l'électricité et les techniques de conservation. Le talent résidait alors — réside toujours — dans l'effacement de l'acidité pour que le goût du poisson soit encore là. S'y ajoute la compression en moule et le plaisir de la géométrie. Et c'est tout à fait convaincant. Prix moyennement élevés, déco rétro et nombreux tableaux contemporains d'inspiration française ou italienne, grandes tables rustiques, service un poil hautain. Un endroit très tranquille, aussi.
Je me débrouille comme je peux pour entrer de temps en temps dans la conversation...
Et puis je fais des photos, comme cet avant-après à la queue levée. Finition des papilles à la fraise dans la maison voisine, chez Théobroma.
À Ginza (à deux) pour les mesures chez le bottier Ars Nova — T. n'aura pas des pantoufles de vair mais de kangourou, réputé à la fois chic et imperméable. On viendra les chercher le 3 février.
Diverses courses dans Matsuya Ginza.
Repos cosy avec café glacé au 6e étage. T. rédige son agenda 2008 pendant que je lis deux chapitres de Volodine.

« Je sais, fit-il. L'alerte est maximum depuis hier. Tout le monde a été prévenu.
— Deeplane m'a dit : Mingrelian restera ici, en soutien.
— Oui. C'est moi qui rédigerai le rapport sur ta mission.
Ils se trouvaient à présent dans le couloir. Mevlido eut un sourire approbateur.
— Au moins, avec toi, il y aura de l'adjectif, dit-il.
— Bah, dit Mingrelian. Pour ce qu'ils le remarquent.
— Ton style ne ressemble pas à celui des autres, dit Mevlido.
— Oh, dit Mingrelian. Mis à part toi, ici, personne n'apprécie mes efforts. Pour Deeplane ou Schumann, tous les rapports se valent. Ça atterrit sur leur bureau, et, une fois qu'ils l'ont résumé, ils l'archivent.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 219-220)

En dînant et après, nous visionnons Manon des sources (on a vu Jean de Florette il y a deux ou trois semaines). Je trouve le film mieux que la première fois que je l'ai vu, il doit y avoir une vingtaine d'années.
Dans la rencontre finale entre le papet et la vieille aveugle, on découvre la bifurcation heureuse que n'ont pas pu prendre les personnages quand ils étaient jeunes, la lettre que le papet n'a pas reçue parce que le courrier militaire ne marchait pas bien, celle par laquelle il n'a donc pas répondu, bref, la clé de voûte cachée de l'ensemble de l'histoire.
L'aveugle raconte que, si le jeune Soubeyran avait écrit cette lettre de promesse de mariage au père de la jeune femme enceinte (Florette), « on aurait pu montrer la lettre à tout le village et personne n'aurait songé à se moquer d'elle.»
T. s'aperçoit alors d'un énorme contresens ! Le sous-titre japonais signifie : « elle a montré la lettre dans le village et tout le monde était content » — ce qui rend absurde l'ensemble des deux films.