Depuis des semaines, je ne sais pas si c'est la même, je vis avec une araignée. Elle apparaît sur le mur, le rideau ou passant d'un objet à l'autre de mon bureau quelque peu en fouillis. Parfois même je la trouve sur mon écran, sur le rebord noir, descendant, sautant sur une enceinte, sur une montre, sur le téléphone portable, etc. Je n'ai jamais tenté de la chasser. Je n'ai jamais eu peur d'elle. Elle n'a d'ailleurs jamais cherché à m'approcher ou à me mordre. Elle ne mesure que six ou sept millimètres. Elle n'a pas de longues pattes, sa surface est d'un noir mat et sans duvet apparent. Je la vois comme une sportive qui crapahute en calculant bien ses déplacements. Mais je ne sais pas si elle cherche quelque chose ou si nous pouvons communiquer. Peut-être, ce respect mutuel dans le partage d'un territoire est-il déjà une forme de communication. Ça n'a pas d'importance.

Après le courrier de mon cousin, j'ai pu appeler l'hôpital dans l'après-midi et avoir de bonnes nouvelles de mon père. Pas encore lui parler à lui mais avec un médecin rassurante.

Pendant que T. prépare ses cours à la maison, je vais travailler deux heures à la médiathèque de l'Institut, rouvert aujourd'hui. Accumulation de livres de et sur Rimbaud et Gracq autour de moi pour un premier survol des paysages à cartographier.
Demain, je dois rendre D'Attaque (avec 36 reproductions d'œuvres de Gaston Chaissac). Picoré depuis plus d'un mois dans les bains, les transports, sur l'oreiller, lu et relu en tous sens, admiré plus que certains de ses romans, je considère ce livre à l'égal du Femmes / sur 23 peintures de Joan Miró de Claude Simon pour la liberté d'invention que l'écrivain se donne pour illustrer l'œuvre d'un peintre.
Lisez plutôt (on n'est pas si loin du Rimbaud qui tend des « chaînes d'or d'étoile à étoile »... et qui danse) :

« Je peins ma tête sur le billot, je peins à la trompette, je peins à la moulinette, je peins l'escalier quatre à quatre, je peins le lendemain déjà bien entamé, je peins des gants fourrés pour mes mains nues, je peins à l'aveuglette un soleil de plus ou de moins, je peins la valse de l'amour sur les roses, je peins jusqu'à rouler sous la table, je peins en sursaut, je peins en flèche, je peins un à un tous les tableaux qui manquaient encore, je peins le diable dans ses quartiers d'été, je peins à travers champs, je peins sous les jupes, je peins des ponts entre les sphères, je peins des cloisons ignifugées entre les flammes, je peins un peu de compagnie aimable pour les monstres, je peins l'attelage sous-marin des hippocampes qui s'emballe, je peins la migration des crabes ébouillantés dans les nébuleuses, je peins la hâte de patients travaux de couture.» (Éric Chevillard, D'Attaque, Argol : 2005,  p. 39)

En dînant et après, regardons The Aviator (Scorsese, 2004). Howard Hughes n'était pour nous qu'un nom vaguement rattaché à la modernité du XXe siècle. Nous découvrons ce surprenant portrait et la quantité de ses entreprises. L'attention portée aux phobies nous paraît exceptionnelle, mêlant à certains moments à cette fresque monumentale une approche de cinéma intimiste — cocktail explosif.