Dans toute action la vanité d'agir
Par Berlol, dimanche 6 janvier 2008 à 23:59 :: General :: #877 :: rss
Nouvelles du père, au matin. De ras-le-bol, il
arraché
ses fils et son masque. On lui a donné un
sédatif. S'il a
tant d'énergie, c'est qu'il est en bonne voie,
non ? Je lui fais
passer un courrier par mon cousin, l'exhortant au calme et à
nous
attendre en février.
Soleil toujours. Pour T., je lis à haute voix deux bons tiers du Racisme raconté à ma fille de Tahar Ben Jelloun afin qu'elle juge si elle peut le mettre au programme d'un de ses cours. Test positif. Se méfier tout de même de quelques raccourcis sur les religions, élargir un peu le panorama des racismes dans le monde, et ça va le faire.
Chez le coiffeur — enfin — de 15h30 à 16h02. Je commençais à avoir des ailerons derrière les oreilles...
Au cœur de l'après-midi, je me passe Alice ou la dernière fugue (Chabrol, 1977). Un beau conte fantastique qui flirte avec plusieurs genres sans entrer dans aucun — et une chute vraiment imprévue.
Un peu plus tard, j'écoute attentivement François Bon chez Auteurs.tv. L'entretien est très tranquille, sans contrechamp visuel ou sonore (contrairement à d'autres vidéastes du web), soigneusement monté, et l'ensemble du contenu intellectuel est impeccable. Ça m'a rappelé que moi aussi vers 14 ans j'avais une machine à écrire, des lettres et des poèmes, une Triumph, puis une machine qui permettait de vérifier les dernières lettres sur un minuscule écran avant de les imprimer sur la ligne, pour ma maîtrise, puis un premier ordinateur avec les allocations de recherche, puis l'internet en 1994 dans mon bureau de Waseda, etc.
« Car même les moins découragés d'entre nous, même les plus battants, déjà à cette époque ne prétendaient pas pouvoir infléchir le cours des choses. La pleine lune éclairait le dernier état de la barbarie humaine avant la fin, avant notre fin, et, quoi que nous eussions pu entreprendre, elle continuerait à baigner, de sa lumière ensorcelante, le final naufrage. Elle continuerait à illuminer les ghettos, les camps, les ruines, le capitalisme absolu, la mort, notre mort, la mort des nôtres. Même les plus décidés d'entre nous désormais flairaient dans toute action la vanité d'agir. Nous savions que l'épuisante modification du climat se poursuivait, que l'été bientôt s'élargirait encore, atteindrait douze mois par an et même plus, et que notre vie serait à jamais peuplée d'araignées et de décès et de moments d'inconscience ou de semi-conscience. Nous pressentions qu'il y avait bien peu de chances d'un jour connaître l'aube ou le réveil. Les attentats contre la lune ne nous apaisaient pas, ils ne contrariaient pas notre tendance à sombrer fous. Mais à nous, qui n'avions plus de ressort, plus de rigueur idéologique, plus d'intelligence et plus d'espoir, ils donnaient l'impression qu'à l'envers du décor, peut-être, l'existence avait gardé une ébauche de sens.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 277)
Soleil toujours. Pour T., je lis à haute voix deux bons tiers du Racisme raconté à ma fille de Tahar Ben Jelloun afin qu'elle juge si elle peut le mettre au programme d'un de ses cours. Test positif. Se méfier tout de même de quelques raccourcis sur les religions, élargir un peu le panorama des racismes dans le monde, et ça va le faire.
Chez le coiffeur — enfin — de 15h30 à 16h02. Je commençais à avoir des ailerons derrière les oreilles...
Au cœur de l'après-midi, je me passe Alice ou la dernière fugue (Chabrol, 1977). Un beau conte fantastique qui flirte avec plusieurs genres sans entrer dans aucun — et une chute vraiment imprévue.
Un peu plus tard, j'écoute attentivement François Bon chez Auteurs.tv. L'entretien est très tranquille, sans contrechamp visuel ou sonore (contrairement à d'autres vidéastes du web), soigneusement monté, et l'ensemble du contenu intellectuel est impeccable. Ça m'a rappelé que moi aussi vers 14 ans j'avais une machine à écrire, des lettres et des poèmes, une Triumph, puis une machine qui permettait de vérifier les dernières lettres sur un minuscule écran avant de les imprimer sur la ligne, pour ma maîtrise, puis un premier ordinateur avec les allocations de recherche, puis l'internet en 1994 dans mon bureau de Waseda, etc.
« Car même les moins découragés d'entre nous, même les plus battants, déjà à cette époque ne prétendaient pas pouvoir infléchir le cours des choses. La pleine lune éclairait le dernier état de la barbarie humaine avant la fin, avant notre fin, et, quoi que nous eussions pu entreprendre, elle continuerait à baigner, de sa lumière ensorcelante, le final naufrage. Elle continuerait à illuminer les ghettos, les camps, les ruines, le capitalisme absolu, la mort, notre mort, la mort des nôtres. Même les plus décidés d'entre nous désormais flairaient dans toute action la vanité d'agir. Nous savions que l'épuisante modification du climat se poursuivait, que l'été bientôt s'élargirait encore, atteindrait douze mois par an et même plus, et que notre vie serait à jamais peuplée d'araignées et de décès et de moments d'inconscience ou de semi-conscience. Nous pressentions qu'il y avait bien peu de chances d'un jour connaître l'aube ou le réveil. Les attentats contre la lune ne nous apaisaient pas, ils ne contrariaient pas notre tendance à sombrer fous. Mais à nous, qui n'avions plus de ressort, plus de rigueur idéologique, plus d'intelligence et plus d'espoir, ils donnaient l'impression qu'à l'envers du décor, peut-être, l'existence avait gardé une ébauche de sens.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 277)
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